Socodevi ou quand la comme est plus grande que toutes les parties

Véronique Chagnon

Colette Lebel a des centaines d’images dans ses bagages. Des polaroïds qu’elle a fixés dans sa mémoire à jamais. Elle parle avec passion de cet instant, en Bolivie, où elle était entourée de toutes petites Boliviennes qui riaient aux éclats, dans un décor alpin à 4 500 mètres d’altitude. Elle garde des souvenirs impérissables des liens qu’elle a tissés avec des habitants des quatre coins du monde. « Souvent, même s’il y a des barrières linguistiques et culturelles incroyables, je vois dans leur regard qu’il y a un échange, qu’on partage les mêmes valeurs de coopération », raconte-t-elle en portant les mains à son cœur.

La directrice des affaires coopératives de La Coop fédérée a déjà partagé ses connaissances avec des coopérateurs de cinq pays au cours de six missions de coopération internationale. Quand elle ne donne pas un atelier sur l’importance pour les coopératives du Sénégal de parler d’une seule voix, elle évalue des programmes de formation coopérative au Nigéria ou au Ghana.

« Pour moi, l’intercoopération est une formule de solidarité internationale qui donne des résultats positifs et concrets chez les populations les moins favorisées de la planète. De la rencontre entre le mouvement coopératif du Nord et celui du Sud jaillit une vision différente qui jette les bases pour construire un monde plus juste et plus équitable. »

– Réjean Lantagne, directeur général, SOCODEVI

Depuis 26 ans maintenant, la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) envoie des initiés du milieu coopératif, comme madame Lebel, échanger avec de nouveaux coopérants dans des pays en développement. Pour fouetter l’économie locale, l’organisme compte sur les compétences d’un solide réseau de coopératives québécoises. « À la base, l’idée est venue des coopératives qui se sont dit : Ça fonctionne bien ici, donc ça peut s’appliquer à l’international », rappelle Réjean Lantagne, l’actuel directeur général. Chacune des coopératives membres de SOCODEVI s’occupe ainsi de fournir la main-d’œuvre rémunérée à l’organisme qui assure à son tour le transport et l’élaboration des programmes. « C’est sûr que, quand je reviens, j’en ai épais sur le bureau, s’exclame Colette Lebel, mais c’est tellement enrichissant! »

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est lebel-2.png.Si les coopérants de SOCODEVI ont tellement l’impression de mettre une épaule utile à la roue du développement, c’est que la méthode de l’organisme détonne dans le bassin de l’aide internationale traditionnelle. « Quand on entre quelque part, on planifie déjà notre sortie », affirme Réjean Lantagne. L’organisme veut briser le cercle vicieux de l’aide internationale parachutée et mise sur l’indépendance. SOCODEVI se sert de la formation et de l’intercoopération pour accompagner les coopératives des pays en développement dans leur démarrage afin de les rendre autonomes le plus rapidement possible.

Et ça marche! En 26 ans, l’organisme a réussi à former des coopératives en bonne santé financière dans plus de 81 % de ses interventions. Et elle affiche quelques belles histoires à succès sur son tableau, dont cette coopérative guatémalienne qui, grâce à ses exportations de cardamome1, dégage un surplus de deux à trois millions de dollars par année à réinvestir dans la société.

Pour pousser un peu plus loin l’intercoopération, SOCODEVI encourage aussi les coopératives sur le terrain à se regrouper. « Ici, comme ailleurs, c’est pareil. Elles n’ont pas le choix de travailler ensemble pour avoir une influence auprès du gouvernement, ou pour avoir une chance de survivre », croit Réjean Lantagne. Spécialement dans des pays où les structures économiques et gouvernementales sont parfois fragiles.

Les coopératives du Sud ne sont pas les seules à tirer profit de ces partenariats intercoopératifs. Les coopérateurs québécois rentrent eux aussi avec les poches pleines d’une inspiration renouvelée par la créativité et l’expérience des gens d’ailleurs. Réjean Lantagne se souvient d’un coopérant revenu impressionné par la définition équitable de la démocratie d’une équipe du Sénégal. « Il partait pour leur expliquer l’importance du vote à majorité au sein d’une coopérative. Mais les Sénégalais lui ont vite signifié que, pour eux, une décision n’est pas démocratique tant qu’il n’y a pas consensus. Il est resté sans mots », dit-il en riant.

Mais, même si l’expertise et l’échange de savoir qui sont au cœur des programmes de SOCODEVI sont bon marché, il faut tout de même des sous pour financer les expéditions. SOCODEVI dépend beaucoup du financement de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), qui voit ses programmes remis en question depuis quelques années devant les interrogations sur la pertinence de l’aide internationale. « Mais on reste confiants, parce que cette idée d’autonomie et de croissance économique durable que les institutions commencent à appliquer du bout des doigts en constatant que ça fonctionne, nous, on le fait depuis 26 ans », assure Réjean Lantagne.

www.socodevi.org

  1. Épice utilisée dans les cuisines indienne et asiatique.

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