Acheter son patron

Stéphane Desjardins
Mot du rédacteur en chef

Lorsque j’étais aux études, si vous m’aviez dit que de plus en plus de travailleurs allaient acheter leur employeur, ou que les populations de nombreuses petites localités se battraient pour relancer le dernier dépanneur de la place, j’aurais été dubitatif.

Digne membre de la génération X, je suis arrivé sur un marché du travail complètement différent de celui d’aujourd’hui. C’était alors la récession. L’inflation atteignait 11 %, les taux d’intérêt étaient à 23 %, le chômage chez les jeunes dépassait les 20 %, quatre Québécois sur dix vivaient de l’assurance chômage ou de l’aide sociale, des rues commerciales étaient placardées aux trois quarts, et les emplois étaient tellement rares que les patrons avaient le gros bout du bâton. Et le savaient.

C’était avant la micro-informatique, les téléphones intelligents, internet, les GES causant des catastrophes naturelles en série, les rénovictions, la chute du mur de Berlin qui a créé Vladimir Poutine, la Chine puissante et agressive, la mondialisation et Amazon, le djihadisme, ou les pandémies stimulées par la déforestation dans les pays en développement.

Les maux de notre époque, comme la pénurie de main-d’oeuvre, l’inflation galopante, la crise du logement ou les chaînes d’approvisionnement qui se détraquent sont alimentées par la pandémie, la démographie et la guerre en Ukraine.

N’ayez crainte, l’humanité s’en sortira. Elle s’en sort toujours. Ère glaciaire, catastrophes naturelles, épidémies, guerres : notre capacité d’adaptation est phénoménale, et nous devenons plus forts à chaque obstacle surmonté.

Le concept de coopération est justement issu de cette capacité d’adaptation. Face à l’adversité, les humains ont appris à mettre en commun ressources, talents, connaissances et force de bras pour se défendre contre le mauvais sort et prospérer.

Quand un groupe de travailleurs achète son patron, c’est pour éviter que leurs emplois disparaissent au Mexique. Quand ils relancent la dernière clinique ou le dernier marché d’alimentation, ils évitent que leur communauté devienne un désert alimentaire ou, pire, qu’elle tombe dans l’oubli. Quand une coop fait l’acquisition d’un employeur, le siège social demeure chez nous : nos communautés conservent ainsi toute leur capacité d’influence et de décision. On appelle ça le pouvoir.

Se prendre en main demande toutefois des efforts, de la mobilisation, de la persévérance, de la créativité. Les leaders d’un collectif de travailleurs ou d’une communauté doivent pousser un groupe d’humains à se dépasser. Ce n’est pas simple de stimuler les gens à sortir de leur zone de confort. Un salarié ne devient pas entrepreneur du jour au lendemain. Un citoyen n’est pas toujours prêt à sauver son village.

Mais des moyens existent pour y arriver avec un minimum d’efforts et de bonne volonté. Des chercheurs nous ont affirmé que nous avons le meilleur écosystème au monde pour accompagner les gens courageux qui s’embarquent dans une telle aventure. C’est ce qu’on raconte dans notre dossier sur la reprise en mode collectif. Bonne lecture !

Stéphane Desjardins

Crédit image mise à l’avant : https://unsplash.com/photos/MYbhN8KaaEc

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