Une source d’énergie renouvelable, locale et sous-estimée: la biomasse

Anne-Gabrielle Ducharme

La biomasse, ça vous dit quelque chose ? Cette source d’énergie renouvelable suscite de plus en plus l’attention des gouvernants québécois à l’heure du resserrement des normes environnementales. Mais, bien que cet intérêt contribue à l’expansion du secteur, son développement pourrait être plus important selon des acteurs du milieu. Portrait d’une industrie au potentiel social, économique et environnemental foisonnant, où les coopératives sont déjà largement implantées.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est energie.png.« La biomasse réfère à l’ensemble des matières organiques d’origine végétale ou animale, débute Amélie St-Laurent Samuel, co-porte-parole de Vision Biomasse Québec. Elles peuvent être utilisées comme combustible et donc, comme source d’énergie », ajoute-t-elle. Malgré qu’il en existe plusieurs types, son organisation se concentre sur la promotion de la filière forestière, en raison de son potentiel sur le territoire québécois.

« La biomasse forestière prend diverses formes: les résidus de parterres de coupes, que l’on trouve en forêt, des copeaux issus de la transformation, que l’on récupère dans les usines, et des restes de la construction, de la rénovation et de la démolition, que l’on se procure surtout dans les centres de tri », élabore la porte-parole. Il s’agit donc de recycler en énergie des pertes suscitées à différentes étapes du cycle de vie du matériau bois.

L’utilité de ces résidus repose surtout dans l’alimentation de systèmes de chauffage. Des hôpitaux, églises, écoles et des hôtels de ville se gardent déjà au chaud grâce à la biomasse forestière. Des industries ont également emboîté le pas: « Des entreprises minières, forestières et même agroalimentaires, comme des serres, s’en servent pour alimenter leurs chaudières », exemplifie la représentante de Vision Biomasse Québec.

Au secours de l’industrie forestière

En plus de ses avantages environnementaux, de par sa faible production de gaz à effet de serre (GES) en comparaison aux dérivés du pétrole, notamment le propane et le mazout, cette filière permet une diversification des activités de l’industrie forestière.

« Il y a eu des pertes d’emploi importantes dans le secteur de la foresterie depuis huit ou dix ans, notamment en raison du déclin de l’impression de la presse écrite », stipule Eugène Gagné, directeur adjoint et du développement de la Fédération des coopératives forestières du Québec (FCFQ).

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est machines.png.« On a donc cherché à œuvrer dans la sphère des ressources énergétiques, poursuit Gagné. Et la biomasse s’est présentée comme une option à privilégier. » En effet, pour ce qui est de répondre aux taux de chômage alarmant de certaines régions du Québec, son exploitation suscite plus de retombées que ses consoeurs, les industries de l’éolienne et de l’hydroélectricité. « Utiliser la biomasse implique de nombreuses activités, complexes et récurrentes. Il faut construire des chaufferies et assurer leur opération au quotidien ainsi que leur approvisionnement, explique-t-il. Cela demande nécessairement de la main-d’œuvre. »

La biomasse forestière fait ainsi graduellement ses preuves comme moteur économique régional. D’ailleurs, en Gaspésie, connue pour la précarité des emplois créés en son sein par des compagnies étrangères, un nouveau pôle de développement s’évertue à la création d’une expertise dans ce domaine.

Mais, comme l’ajoute Amélie Saint-Laurent Samuel, « l’autonomie se fait aussi au niveau énergétique ». En effet, grâce à l’exploitation de la biomasse forestière, les régions éloignées peuvent s’approvisionner en énergie locale et ne plus dépendre autant des aléas du marché du pétrole.

Atomes crochus

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est bois.png.Les coopératives québécoises se sont graduellement et naturellement présentées comme des acteurs centraux du développement de la filière de la bio-masse forestière. On peut penser à la coopérative forestière de la Matapédia qui a assuré, en 2009, le déploiement de la première initiative québécoise de chauffage à la biomasse d’une institution hospitalière, l’hôpital d’Amqui.

Amélie Saint-Laurent Samuel explique ce rapprochement, entre coopératives et secteur de la biomasse, par leur adhésion à des valeurs communes. « La promotion de longue date par les coopératives de l’esprit de communauté, de la production à échelle locale et du respect de l’environnement rend cette association naturelle », stipule-t-elle.

Du côté des coopératives, les efforts du milieu pour encourager cette source d’énergie locale se traduisent notamment par des recherches sur ses retombées économiques et environnementales potentielles. « Nous avons fait des études de marché sur la viabilité de systèmes de chauffage à la biomasse forestière dans les secteurs moins enclins à les utiliser, soit les secteurs commerciaux et institutionnels, mentionne le directeur adjoint. La biomasse est déjà passablement mise à profit dans les milieux industriels et résidentiels. »

À la recherche d’appuis

Documenter l’exploitation de la biomasse forestière a notamment comme but de faire connaître cette dernière, et plus encore, de répandre son usage. Or, un premier obstacle est le coût élevé des équipements requis. « Même si le consommateur va éventuellement économiser sur les frais de chauffage, compte tenu le faible coût du combustible, il est difficile de le convaincre de faire la transition vers la biomasse, les installations étant onéreuses », constate Saint-Laurent Samuel.

D’un autre côté, c’est la poule ou l’œuf comme le fait remarquer Eugène Gagné: « Plus il y aura d’utilisateurs, plus les craintes des investisseurs et les coûts qui y sont liés vont fondre ».

Le rôle du gouvernement en tant que bailleur de fonds est ainsi essentiel pour amorcer et assurer le changement vers des énergies plus propres. En ce sens, la politique énergétique adoptée en avril dernier laisse miroiter un avenir optimiste.

« La cible établie par le gouvernement dans sa nouvelle politique énergétique est très intéressante au niveau de la bioénergie. On parle d’une augmentation de 50% de la production totale de la province, c’est énorme », constate Gagné. En 2013, la bioénergie représentait 7,4% des parts de la consommation totale d’énergie au Québec. Si les objectifs de la nouvelle politique s’articulent bel et bien, la bioénergie participerait plutôt à hauteur de presque 12%.

« Plus il y aura d’utilisateurs, plus les craintes des investisseurs et les coûts qui y sont liés vont fondre »

La représentante de Vision Biomasse Québec conclut par contre avec une mise en garde : « La question demeure : comment cette politique va-t-elle se mettre en place ? » En effet, pour le moment, des mesures concrètes n’ont pas été dévoilées. Mais la présence du ministre du développement durable, de l’environnement et de la lutte aux changements climatiques, David Heurtel, à la conférence sur le chauffage à la biomasse forestière résiduelle de juin dernier, laisse espérer une volonté de passer de la parole aux actes.

Vision Biomasse Québec

Fédération québécoise des coopératives forestières

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