Un dernier adieu qui vous va comme un gant

Véronique Chagnon

Madame Rusnac aimait les roses. Alors ses filles lui en ont acheté des douzaines et des douzaines, qu’elles ont séparées dans d’élégants bouquets. Madame Rusnac aimait la danse et la musique festive. Alors les convives ont esquissé quelques pas de cha-cha-cha, en pensant qu’elle aurait tant aimé les voir ainsi célébrer son départ.

PREMIER PRINCIPE : ADHÉSION VOLONTAIRE ET OUVERTE À TOUS

Les coopératives sont des organisations fondées sur le volontariat et ouvertes à toutes les personnes aptes à utiliser leurs services et déterminées à prendre leurs responsabilités en tant que membres, et ce, sans discrimination fondée sur le sexe, l’origine sociale, la race, l’allégeance politique ou la religion.

« Ma belle-mère m’avait bien avertie : elle n’était pas pratiquante de son vivant, donc il n’était pas question de lui faire un service religieux », se souvient Jeanne Rusnac, à qui madame Rusnac avait confié l’organisation de ses funérailles. Elle cherchait un endroit qui lui laisserait la liberté d’organiser un événement hors norme, à l’image de la rassembleuse qu’était madame Rusnac. Avec l’accord de sa belle-mère, Jeanne Rusnac a finalement choisi la Coopérative funéraire de l’Île de Montréal.

Cette coopérative en a mis du temps avant de naître ! Mais elle a enfin ouvert ses portes en 2009, 22 ans après la mise sur pied de la Fédération des coopératives funéraires du Québec (FCFQ ). Installée dans un bâtiment de la rue Notre-Dame rénové à neuf, la Coopérative funéraire de l’Île de Montréal affiche un décor chic, sobre et… laïque! « Évidemment, on est à Montréal, une ville très multiculturelle, et on souhaitait pouvoir accueillir toutes les communautés religieuses, explique Claire Lapointe, directrice de la coopérative. Et, par définition, une coopérative est areligieuse et ouverte à tous. »

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est rusnac-2.png.Dans le but de respecter les volontés de chaque famille, la Coopérative funéraire de l’Île de Montréal travaille sans relâche à bâtir un réseau de célébrants qui reflète les diverses croyances de la population bigarrée de l’île de Montréal. Chrétiens orthodoxes, bouddhistes, athées : personne n’est mis de côté. Ou presque ! « On a constaté, après quelques expériences plus ou moins heureuses, que les célébrants à qui on demande une cérémonie laïque sont difficilement capables de sortir du format religieux. Ils changent quelques mots, mais le cadre est le même », déplore Claire Lapointe.

Pour ceux qui, contrairement à la famille Rusnac, ne souhaitent pas ou ne savent pas monter une cérémonie de A à Z, la coopérative a pris la décision de développer un type de cérémonie adaptée aux familles québécoises, généralement de moins en moins religieuses. D’ici la fin de 2011, la coopérative espère qu’un nouveau cadre de cérémonie areligieuse verra le jour.

« On s’est rendu compte, en rencontrant les clients, que le paysage religieux est vraiment en train de changer, rapporte Maya Clermont, conseillère principale à la coopérative. Souvent, le défunt n’était pas croyant, la famille non plus… Les gens veulent des textes qui leur parlent. » L’équipe en est encore à l’étape de la concertation, mais elle pense, par exemple, à remplacer la prière qui a lieu avant la fermeture du cercueil par une minute de silence.

Après les funérailles de madame Rusnac, Jeanne recevait des coups de fil de la famille, encore ébahie par la belle cérémonie qu’elle avait organisée avec l’entière collaboration de la Coopérative funéraire de l’Île de Montréal. « Quand on respecte la personne qu’a été le défunt, il n’y a rien de plus beau », dit-elle, humblement.

C’est pourquoi, au-delà de la cérémonie laïque, la coopérative souhaite d’abord et avant tout respecter la volonté de toutes les familles. « Nous, on veut qu’ils aient ce qu’ils veulent; des funérailles, à la manière qui leur convient. Le respect, c’est un incontournable », assure Claire Lapointe.

Jeanne Rusnac est encore impressionnée du soutien qu’elle a reçu de la part de la coopérative. « Dès la première rencontre, je n’ai jamais senti de pression de la part du personnel pour me convaincre de changer certains éléments de la cérémonie », se souvient celle qui avait visité une autre maison funéraire dont les prix prohibitifs et l’accueil impersonnel l’avaient menée jusqu’à la coopérative.

Depuis, elle a aussi fait appel aux services de la coopérative pour le décès de son beau-père. Une fois encore, Jeanne Rusnac a apprécié la souplesse de la Coopérative funéraire de l’Île de Montréal. L’équipe a accepté sans problème de tenir les funérailles au Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), où réside toujours sa mère, qui ne pouvait se déplacer pour la cérémonie. Maya Clermont est fière de l’approche respectueuse de la coopérative funéraire. « C’est pour cette raison que je suis dans le funéraire, sinon, je n’aurais jamais été à l’aise dans ce monde un peu requin », soutient la conseillère.

www.coopfunerairemontreal.com

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