Stocksy United: quand l’industrie de la photo se réinvente

Alexandra Lopis

Loin des agences de photographies standardisées, la coopérative Stocksy United, basée à Victoria, en Colombie-Britannique, sort définitivement des sentiers battus. Cette banque d’images libres de droits, fondée et gérée par des photographes, met un point d’honneur à allier qualité artistique des photos et traitement équitable de ses membres.

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Crédit : Carole Duhaime

C’est en observant l’uniformité du milieu de la photographie et la diminution des sommes versées aux photographes par les agences que l’idée de Stocksy est née. « En travaillant pendant des années dans l’industrie de la photo, nous avons vu des photographes perdre le contrôle de leur travail et de leur droit d’auteur. Nous avons voulu faire quelque chose de significatif, démarrer une nouvelle agence où les photographes pourraient reprendre le contrôle et renforcer leur carrière», raconte Brianna Wettlaufer, cofondatrice et présidente de Stocksy United.

En entreprenant la création de Stocksy en 2013, les fondateurs ont d’abord envisagé de créer un organisme, mais c’est finalement le modèle coopératif, adapté au numérique, qui s’est imposé comme une évidence: «Nous croyons à l’intégrité du produit, au partage équitable des profits, à la copropriété et que chaque voix soit entendue et représentée», peut-on lire sur le site web de Stocksy.

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Brianna Wettlaufer, Crédit : Stocksy

Chaque photographe détient une part de la coopérative. L’argent gagné par les ventes du travail de chacun leur appartient ou est réinvesti. Ils reçoivent directement au moins 50% du montant de l’achat d’une licence associée à l’une de leurs images. Quant aux profits, ils sont partagés entre chaque membre en fin d’année.

En quelques années à peine, Stocksy a approché plus de 1000 photographes membres, répartis dans plus de 65 pays, et soigneusement sélectionnés parmi plus de 15000 candidatures. La coopérative compte plus de 25 employés à plein temps. En 2015, trois ans seulement après sa création, elle a enregistré un chiffre d’affaires de plus de 7 millions de dollars américains.

Éthique et créativité

Parmi ses clients, on trouve de grands noms, des médias, des magazines de mode prestigieux, des start-ups mais aussi de plus petites entreprises. Ce qu’ils viennent chercher, ce sont des photographies qui sortent de l’ordinaire, colorées et inattendues. 

Les ambitions de la coopérative ne sont pas uniquement éthiques, mais également artistiques. «Nous voulions donner une nouvelle direction créative. Entrer dans une industrie déjà saturée était un risque à prendre, et encore plus de la façon dont nous voulions l’approcher. N’importe qui peut proposer sa candidature, mais nous recherchons des photographes avec un vrai regard et une esthétique forte. Les images que nous ajoutons à notre collection doivent surprendre et représenter les gens de manière réelle, vivant de vrais moments. À l’opposé de ces modèles qui posent et des clichés qui nous fatiguent», dit Brianna Wettlaufer.

Depuis deux ans, Stocksy compte parmi ses membres des vidéastes et a ajouté à sa collection de courtes vidéos ayant les mêmes exigences artistiques que celles de ses photographies.

Aujourd’hui, tous ont la sensation d’avoir réussi à créer une « collection forte et rigoureuse». L’objectif est de continuer à développer l’entreprise en restant fidèle à ses valeurs et en mettant de l’avant les noms des artistes de la coopérative. Les membres envisagent aussi « la possibilité, plus tard, d’avoir dans la banque d’images des illustrations et d’autres travaux créatifs. »

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Crédit : Carole Duhaime

Le numérique au service de la démocratie

Brianna Wettlaufer confie que le plus grand défi a été d’adapter le modèle traditionnel des coopératives au numérique : « Il n’y avait pas d’entreprises sur lesquelles nous pouvions nous inspirer. Nous avons dû adapter les règlements, réfléchir à la façon dont nous pouvions bâtir une gouvernance en ligne démocratique, mais aussi aux termes d’utilisation et de licences. »

Et comme les quelque 1000 membres et plus sont éparpillés un peu partout dans le monde, chaque réunion se fait en ligne. De nombreux outils numériques sont mis à la disposition des membres pour créer un lien affectif avec la coopérative, inciter les membres à participer activement à son développement et renforcer les liens entre les artistes, pour qu’ils soient « profondément impliqués dans l’entreprise au quotidien. »

Les communications par Skype, l’utilisation de logiciels ou encore d’une plateforme d’informatique décisionnelle leur permettent d’échanger, de partager, de s’exprimer et d’avoir accès à des annonces, des propositions de décisions et de votes. Lors des assemblées générales, tous les membres peuvent ainsi interagir en direct: « Nous faisons le point sur ce qu’il s’est passé au cours de l’année et ce qui a été accompli, par rapport à ce que nous avions prévu au début de l’année. Nous discutons de ce que nous avons ajouté à la collection et pourquoi. Les échanges avec nos membres sont constants et réguliers. C’est très important pour nous que tout le monde se sente entendu et représenté. C’était un de nos plus grands objectifs à nos débuts, nous voulions une transparence totale avec nos membres. »

Aujourd’hui citée comme exemple dans le monde des coopératives numériques, notamment en raison de son succès, Stocksy inspire tous ceux qui souhaitent développer des plateformes, avec la coopérative comme modèle économique et la mise en place d’une gouvernance sur mesure. Véritable énigme, un peu rebelle, dans le monde des agences de photographies, la coopérative prouve aussi qu’il est possible de prospérer aux côtés de grands concurrents.

Publié le 15 octobre 2017

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