L’industrie forestière sort des sentiers battus

Gaétan-Philippe Beaulière

Lentement et patiemment, l’industrie forestière travaille à se redéfinir. La Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) se situe au cœur de ce repositionnement visant à changer la face d’un secteur durement éprouvé au cours des dernières années. Comment? En favorisant l’utilisation de résidus de coupe de bois pour le chauffage et la production d’épices à partir de plantes de la forêt boréale, notamment.

On ne compte plus les cimes, branches et troncs laissés derrière par les producteurs forestiers. Il est pourtant possible de donner une deuxième vie à ces résidus des activités de récolte en forêt, aussi appelés biomasse forestière résiduelle. Une solution de rechange aux combustibles fossiles de plus en plus promue par l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec. En effet, depuis 2009, l’Agence offre de l’aide financière pour favoriser la conversion de systèmes de chauffage des bâtiments institutionnels, commerciaux ou religieux.

« Au Québec, nous sommes une société forestière, mais comparativement aux autres sociétés, on n’a jamais utilisé la biomasse forestière pour chauffer des bâtiments », explique Jocelyn Lessard, directeur général de la FQCF. Pourtant, il est possible de mieux exploiter cette source d’énergie. À preuve, « les pays dans le nord de l’Europe comblent pratiquement 25 % de leurs besoins énergétiques à partir de la bio-masse forestière ».

Lorsque les coopératives membres de la FQCF récoltent du bois pour l’industrie forestière de transformation, plusieurs parties de l’arbre peuvent être converties en combustible de chauffage. Cela exige en  revanche le développement d’une « expertise pour le faire de façon efficace ». Un comité de la FQCF a été mandaté pour se pencher spécifiquement sur cette question.

Les coopératives y trouvent leur compte lorsque leurs bâtiments sont chauffés à la biomasse forestière. « C’est un créneau qui complète la gamme d’activités déjà réalisées en forêt et qui permet de diminuer le coût des opérations courantes. Sans compter qu’il crée des emplois supplémentaires », révèle Jocelyn Lessard.

Lorsque l’approvisionnement peut être effectué sur de petites distances, ce type de chauffage est une option « très intéressante » pour l’organisme ou l’institution, puisque « même aux coûts actuels de l’électricité et du pétrole, nous sommes capables de réaliser des projets rentables pour les communautés, tout en réduisant leur insécurité énergétique et leurs coûts ».

Épices de la forêt boréale
Autre créneau que la FQCF développe depuis quelques années : les produits alimentaires issus de la forêt boréale. L’idée originale provient de la Coopérative forestière de Girardville et du biologiste Fabien Girard, qui ont lancé la marque d’Origina, Être Boréal. Aujourd’hui, « cinq coopératives différentes, réparties un peu partout dans la province, cueillent suffisamment pour qu’on puisse compter sur un approvisionnement stable », dit monsieur Lessard, qui précise que le développement de tels produits forestiers non-ligneux, c’est-à-dire autres que le bois, « ne se fait pas en claquant des doigts ». Selon lui, près de dix ans de travail ont été nécessaires avant que les épices ne gagnent une certaine popularité.

En matière de respect de l’environnement, les règles suivies sont effectivement strictes, ce qui a exigé une certaine adaptation de la part de l’industrie forestière. « Même les insecticides que les travailleurs forestiers emploient parfois pour se protéger ne peuvent être utilisés par les cueilleurs. La plante doit être exactement comme elle était à l’état naturel », dit Jocelyn Lessard.

Comme il s’agit d’un type de récolte inédit, des efforts considérables ont également été déployés par la FQCF pour « développer les procédés de prospection », c’est-à-dire de repérage, de cueillette et de transformation des plantes. Tous ces procédés se veulent « durables ». Tout comme l’engouement pour les épices boréales d’ailleurs, qui ne semble pas près de se tarir.

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