Des racines solides pour ceux qui sont prêts à s’envoler

Véronique Chagnon

« Quand on me demande combien de maisons j’ai construites en 26 ans avec Abri international, je réponds : Aucune », rigole Barry Pinsky, directeur général de la branche internationale des regroupements d’habitation coopérative du Canada. Parce qu’au lieu de construire des maisons en série, les collaborateurs d’Abri international accompagnent les communautés dans leur lente marche vers la propriété.

Parmi les Objectifs du millénaire, les Nations Unies ont fait la promesse de réduire de 100 millions le nombre de personnes vivant dans des conditions précaires d’ici 2020. Malgré tout, si la tendance se maintient, il y aura, d’ici 2030, deux milliards de personnes dans les bidonvilles du monde. Déjà, il y en a plus d’un milliard.

Or, si se loger fait partie des besoins fondamentaux de l’homme, c’est qu’il s’agit de bien plus qu’un simple toit sur la tête. « C’est fondamental! Si on n’a pas de maison décente, ça entraîne bien des problèmes tout aussi cruciaux », croit Barry Pinsky. Difficile accès à l’eau potable, à des soins de santé, à des conditions hygiéniques acceptables : ce ne sont que quelques-uns des dangers associés aux habitations précaires des bidonvilles grouillants qui ne comportent souvent qu’une toilette publique pour des centaines de milliers de personnes. « Une fois que les gens ont un toit et un petit terrain, ils peuvent aménager des jardins, acquérir quelques animaux et réaliser des activités de subsistance », signale Sylvain Belisle, administrateur d’Abri international et de la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du Montréal métropolitain (FECHIMM).

Pour attaquer le problème à bras-le-corps, Abri international dépêche des coopérants et des professionnels du milieu de l’habitation dans divers pays. À coup d’ateliers, démarches de planification et de rencontres, les intervenants mettent sur pied des projets d’habitation communautaire viables, en plus de travailler avec les gouvernements locaux pour établir des droits à la terre plus justes.

« La pérennité des communautés repose notamment sur la participation active de tous les citoyens. Les idées de chacun, leurs expériences, leurs ressources et leurs compétences sont nécessaires. Dans les quartiers, les citoyens sont souvent ignorés par leurs propres gouvernements. Dans le pire des cas, ils sont expulsés de leurs maisons et perdent leurs terres. Nous constatons cependant que des mouvements coopératifs d’habitation organisés dans des pays comme le Kenya et le Zimbabwe ont été en mesure de protéger les terres et d’autres ressources en se regroupant et en s’engageant auprès des gouvernements municipaux et nationaux. »

– Barry Pinsky, directeur général d’Abri international

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est ¸rooftop.png.Abri international a notamment lancé un projet de microcrédit pour des coopératives d’habitation, en collaboration avec la National Cooperative Housing Union (NACHU), au Kenya, dans le bidonville de Kibera, l’un des plus vastes du monde. « Grâce à ce programme, un habitant qui réussit à mettre 5 $ de côté peut emprunter 20 $ à la NACHU et se procurer les premiers sacs de béton qui serviront à construire la maison, et ainsi de suite », explique Sylvain Belisle.

Pour le bon fonctionnement du programme de microcrédit, il est essentiel que les communautés locales se regroupent pour bâtir le projet. « Ensemble, les membres d’un groupe ont accès à du matériel moins dispendieux », illustre Barry Pinsky. Le groupe sert entre autres à rassurer les créanciers. « Ils s’encouragent et se surveillent l’un et l’autre parce que le bon fonctionnement du projet dépend de tout le groupe. »

La petite communauté de la coopérative peut aussi servir de présence rassurante dans les villes où l’insécurité presque permanente ronge les troupes. Au Kenya, après les élections de 2008, certains projets d’habitation d’Abri international ont été complètement détruits par les violences. « Le style de coopérative que les habitants choisissent de construire là-bas ressemble à de petites forteresses. Les gens ont besoin de se protéger et la sécurité se situe au cœur des préoccupations », explique Sylvain Belisle.

L’impact sur les communautés locales, les envoyés d’Abri international le constatent dans toutes leurs missions. « Je me souviens de cette dame qui avait accumulé son capital de départ en vendant des tripes de poulet sur la rue, raconte Sylvain Belisle. Aujourd’hui, après plusieurs petits prêts en microcrédit, elle a acheté un terrain, construit sa maison, elle a son lopin de terre et fait ses petites affaires. […] Tout ce qu’il fallait pour la sortir du bidonville, c’est la coopérative, une occasion de s’enraciner. »

Pour sa part, Jacques Samson, consultant en développement international pour des projets d’habitation, a vu la force de caractère des communautés d’Afrique du Sud lors de ses missions pour Abri international. « Ça m’a impressionné de voir à quel point ces gens avaient foi au changement et l’exprimaient de façon tellement forte. Pendant les réunions pour bâtir les coopératives, les gens chantaient des hymnes qui faisaient vibrer les sous-bassement! »

Coopérant aguerri, Jacques Samson est resté quatre ans dans la pointe de l’Afrique pour mener à bien un projet avec Abri international. Après le tremblement de Terre à Haïti, en janvier 2010, il a été mandaté par l’organisme et Oxfam pour évaluer les besoins en termes de reconstruction. « Là-bas, j’ai constaté que ça devrait être fait quartier par quartier parce que c’est plus facile de mobiliser la communauté de cette façon. La participation des gens, c’est ça, le plus important. »

Et c’est pour ces gens qu’Abri international continue d’avancer, même si le nombre de personnes en manque d’un toit est vertigineux. « J’essaie de ne pas me décourager, et je me remémore souvent les visages, les petits succès personnels dans cette mare de gens qui ont besoin d’aide », confie Barry Pinsky.

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