Dans une clinique près de chez vous : la communauté se mobilise

Véronique Chagnon

« Pour moi, la clinique privée ne garantissait pas l’accès à un médecin pour toute la communauté. La santé doit interpeller tout le monde », dit Maurice Boivin, maire de Thurso depuis 2006. Fort de cette conception de l’accès aux soins de santé, il a milité en faveur de la mise sur pied d’une coopérative à la suite de l’annonce de la fermeture de la seule clinique de la ville.

SEPTIÈME PRINCIPE : ENGAGEMENT ENVERS LA COMMUNAUTÉ

Les coopératives contribuent au développement durable de leur communauté dans le cadre d’orientations approuvées par leurs membres.

Thurso, berceau du grand Guy Lafleur, a beau être la capitale du sport et de l’activité physique en Outaouais, les habitants de la ville ont eux aussi besoin des services d’un médecin de temps à autre. Même avec de saines habitudes de vie, la population vieillissante du fleuron de l’industrie du bois voit d’un bon œil la présence d’une clinique à proximité. La présence d’une clinique de santé rend aussi un fier service à la municipalité qui souhaite attirer de jeunes familles pour éviter le déclin.

Mais en 2006, la clinique qui avait pignon sur rue à Thurso depuis des années a dû fermer ses portes. L’un des deux médecins qui la possédaient a choisi de quitter Thurso. L’autre ne pouvait plus en assumer les coûts seul.

Dans un élan désespéré, la Ville a racheté le bâtiment pour tenter de conserver la clinique, seul établissement de santé dans un rayon de 25 minutes. Or, la loi ne permet pas aux municipalités d’agir en dehors des compétences qui leur sont attribuées. Et la santé revient au gouvernement provincial. Pour respecter ses obligations légales, la Ville devait prendre une décision : vendre le bâtiment à une clinique privée ou suggérer aux citoyens de démarrer une coopérative de santé. « Si on veut quelque chose qui nous reste dans le futur, il faut donner le droit aux gens de s’exprimer et de s’approprier le projet. […] Avec la coopérative de santé, j’imaginais tout le monde mettre l’épaule à la roue », plaide Maurice Boivin.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est docteurs.png.Et c’est bien ce qui est arrivé. Dès 2007, la Caisse populaire du Cœur-des- vallées s’est engagée à remettre 100 000 $ sur quatre ans à la coopérative de santé. Le comité chargé du projet a réussi en six mois à recruter 500 membres parmi les 2 300 âmes de la municipalité de Thurso et des alentours. « La population a fortement répondu à l’appel, se souvient Damien Raby, président de la coopérative. Dans la rue, les gens me demandaient des nouvelles, ils voulaient savoir comment le projet avançait.

Même Sylvain Parent, actuaire et homme d’affaires de la région, y a mis du sien. « J’avais de l’expérience en gestion immobilière, alors j’ai aidé les membres du comité en m’assurant qu’ils choisissent la structure d’affaires la plus simple à gérer pour la coopérative », avance humblement celui qui a entre autres négocié le bail avec la pharmacie qui occupe une partie des locaux. « Je voulais aider les gens qui allaient perdre leur médecin. Je sais ce que c’est que de courir après un médecin de famille : moi-même, je n’en ai toujours pas! »

Malgré tous les efforts déployés par le comité de démarrage devenu conseil d’administration, les médecins ont mis du temps à faire leur apparition. « Le médecin qui devait partir nous a donné deux ans de grâce pour démarrer la coopérative, se rappelle Damien Raby. Mais après cette période, on n’avait toujours pas réussi à recruter un autre médecin, malgré notre présence dans les foires de carrière à Montréal. » Depuis 2008, la coopérative pouvait donc compter sur un seul médecin pour desservir toute la population. Mais en janvier 2011, la coopérative de santé a annoncé en grande pompe l’arrivée de deux nouveaux médecins qui s’ajoutaient à la petite équipe aussi pourvue d’une infirmière praticienne depuis 2010.

Aujourd’hui, la clinique dessert 4 000 patients. « Là-dessus, seulement 1 050 sont membres de la coopérative… », lâche Damien Raby, visiblement déçu. La Loi sur la santé interdit d’exiger une contribution financière pour l’accès à un médecin payé par le Régime d’assurance maladie du Québec (RAMQ ). La coopérative reçoit donc tous les habitants de la région, qu’ils aient payé la part sociale de 100 $ ou non. « C’est un peu notre maillon faible, concède monsieur Raby. On a des efforts à faire pour le recrutement. […] Il faut expliquer aux gens que la clinique existe seulement grâce à la coopérative. » Un calcul rapide permet de constater que ce sont plus de 300 000 $ qui manquent ainsi dans les coffres de la clinique pour payer la multitude de frais, dont ceux d’entretien du bâtiment.

Pour le moment, la coopérative de santé de Thurso survit, entre autres, grâce aux parts sociales ainsi qu’à l’aide financière de la caisse populaire. « Mais on ne pourra pas toujours compter sur la caisse pour nous aider », reconnaît Damien Raby, qui entrevoit les efforts à fournir pour trouver du financement.

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