Une première coop dans l’industrie minière

Louis d’Or

Misant sur un modèle d’affaires jamais vu dans l’industrie minière, GéoCoop occupe un créneau très ciblé : les services géologiques pour l’exploration minérale offerts aux prospecteurs.

Christian Sasseville
                                   Christian Sasseville

« Les prospecteurs ont souvent de la difficulté à se payer les services de géologues, explique Christian Sasseville, président de GéoCoop, une coopérative de solidarité fondée en 2014 qui compte neuf membres. Surtout quand le secteur va bien et que les géologues coûtent cher, car ils sont accaparés par les minières, qui ont d’énormes moyens financiers. »

Pourquoi les prospecteurs ? « Parce qu’ils sont des entrepreneurs naturels… Ils prennent des risques, explique monsieur Sasseville. Mais ils n’ont pas l’expertise liée à la gestion des claims et aux dépenses d’exploration. Car pour conserver un claim, il faut entreprendre des dépenses d’exploration régulières et produire de l’information géologique et financière liée à ces travaux. Nous avons donc développé des outils pour les accompagner dans certaines campagnes d’analyses géochimiques et géophysiques. Ce sont des services spécialisés que seule la grande entreprise peut se payer la plupart du temps, car ils nécessitent la signature d’un géologue. »

GéoCoop réunit toutes les expertises nécessaires : géologie, gestion, finance, exploration, fiscalité, innovation… Sa clientèle se trouve dans les Laurentides, en Abitibi, à Baie-James et à l’étranger. Elle l’accompagne sur le terrain pour faire des prélèvements géochimiques, réaliser des stratégies d’exploration, développer des approches professionnelles ou préparer de la documentation pour « vendre » un projet. Aucun membre ne travaille encore à plein temps pour la coopérative, mais le chiffre d’affaires de cette dernière double chaque année.

Une expertise de pointe

GéoCoop a développé un champ d’expertise unique : celui de l’analyse des métaux lourds (or, diamant, gemme, cuivre, plomb, zinc, terres rares…).

« Chacun des gisements produit un cortège de métaux lourds, reprend le président. En mesurant les concentrés, on peut déterminer dans quel sens les glaciers, qui recouvraient autrefois une bonne part du continent, ont transporté le matériel lorsqu’ils se sont retirés. On trouve ainsi la source de l’anomalie, resserrant d’autant le terrain de jeu du point de vue de l’exploration minérale. Cela diminue le risque des prospecteurs. »

GéoCoop évolue. Elle s’est récemment recentrée en un pôle d’innovation pour soutenir ses membres professionnels. « On commence à travailler dans le domaine de la spectroscopie Raman, qui étudie la variation des bandes d’absorption : cette technique est devenue la méthode la plus efficace pour identifier les diamants. » GéoCoop s’est ainsi dotée d’une expertise en exploration des gemmes. Elle contribue également à l’enseignement au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM, notamment en techniques d’exploration minérale, précise Christian Sasseville, qui est aussi professeur associé à cette université. La coop supporte ainsi tout un réseau de géologues d’exploration. « Nos membres ont notamment développé des techniques d’échantillonnage, comme des foreuses portatives sur roues ou traîneaux », dit-il.

GéoCoop s’est aussi lancée dans des services de relevés topographiques par drones et en radiométrie. Elle développe des applications de biogéologie en mesurant le stress physiologique des plantes causé par la présence de gisements dans le sol. « On se fait plaisir, car nous sommes des scientifiques qui ont trouvé leur créneau d’action », commente monsieur Sasseville.

Un créneau sollicité

GéoCoop fut lancée un peu par hasard, confie son président. Ce dernier collaborait avec Photonic Knowledge, une société d’imagerie hyperspectrale pour carottes de forage. Or, la crise minière des années 2012-2013 a précipité sa faillite. « J’étais au bout de mes prestations d’assurance-emploi. On me disait que, comme j’étais géologue, je n’avais qu’à m’expatrier à Calgary ! On a plutôt lancé la coop, car je n’étais pas seul à vivre de l’insécurité financière. Lancer une société privée, dans notre domaine, ça coûte une fortune. Une coop, on peut l’administrer par soi-même et développer la clientèle lentement. C’était audacieux, et nous passons pour des originaux, mais nous sommes à la fine pointe de la technologie et nous offrons des services que tout le monde veut, dans notre domaine. »

Il mentionne que, dans son industrie, GéoCoop affronte les grosses boîtes d’ingénierie, qui raflent les contrats d’envergure. « La compétition a pratiquement disparu à cause de la consolidation, dit-il. Il s’est installé un véritable oligopole. Dans ce contexte, une coopérative est perçue comme une belle poignée de sable dans l’engrenage. Mais le fait que nous en soyons une stimule chacun de ses membres à faire sa part pour assurer la croissance du chiffre d’affaires. Notre but ultime est de créer des emplois et d’atteindre une notoriété suffisante pour prendre notre place dans le marché. »

Monsieur Sasseville constate que ses étudiants sont très intéressés par le modèle coopératif, qui colle à leurs valeurs. Comme professeur, il jouit d’un certain respect dans l’industrie, car il dispose d’une expertise de pointe, mais il évolue aussi sur le terrain, parmi les mouches! « Je ne suis pas un universitaire dans sa tour d’ivoire », conclut-il fièrement.

geocoop.ca

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