Radio M105: un haut-parleur régional rentable

Anne-Gabrielle Ducharme

Radio M105, en ondes depuis 1997 à Granby, semble des plus conventionnelle: nouvelles météo, bulletins d’actualités régionales et contenu musical comparable à celui de ses homologues montréalais. Pourtant, son succès lui, n’est pas banal. Retour sur l’histoire et le mode de gestion de cette coopérative de solidarité aux retombées enviables.

« La crise du verglas a été une baguette magique pour le lancement de la station. C’est ce qui nous a permis de garder la tête hors de l’eau durant nos débuts », témoigne Gilles Dion, fondateur et animateur chez RadioM105, aujourd’hui retraité. « Le chef de police était sur nos ondes tous les jours, tout comme le maire, afin de donner les derniers détails sur la gestion de la crise. On nous remercie encore dans la région pour notre bon travail », poursuit le vétéran.

Les fonds étant rares, c’est le modèle coop qui a primé

« On est parti de zéro et avons réussi à amasser 500 000$ en prêts »

Les fondateurs ont, à une certaine époque, été simultanément animateurs, journalistes, gestionnaires et concierges.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est radio.png.Ensemble, manches retroussées

La création de la station découle de la fermeture de CHEF1450, en ondes durant presque cinquante ans. Sa fin subite a été décrétée aux bureaux de l’empire médiatique Gesca, établie à Montréal. « Six travailleurs ont donc décidé de mettre sur pied une nouvelle station, cette fois sur les ondes FM. Ils voulaient avant tout redonner des emplois aux gens de la région », raconte l’actuel directeur général, Guy Laporte. « Les fonds étant rares, c’est le modèle coop qui a primé », explique-t-il.

Les six instigateurs ont tout de même su mobiliser l’argent nécessaire à la naissance du projet. « On est parti de zéro et avons réussi à amasser 500 000 $ en prêts », se souvient tout haut Gilles Dion. Pour ce faire, l’appui des acteurs de la région a été très important : « Le constat était unanime, fermer CHEF1450 n’avait pas de bon sens. On s’est fait aider par le directeur de la Caisse Desjardins de Granby pour monter un plan d’affaires, puisque l’on n’avait pas d’expérience dans le domaine », illustre l’ancien animateur.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est m105.png.Les numéros un de la région

Les fondateurs ont, à une certaine époque, été simultanément animateurs, journalistes, gestionnaires et concierges. « J’ai même assisté les ouvriers pour poser l’antenne radio sur le Mont Shefford », confie Dion. Une telle anecdote est difficile à croire lorsque l’on s’attarde aux cotes d’écoute de la station. Elle possède en effet depuis environ cinq ans une majorité des parts de marché régionales: de quoi faire démentir ceux pour qui coopérative et profits ne vont pas de pair.

Maintenant, de quoi est constituée la recette de M105 ? « On s’assure de fournir un contenu professionnel et on sait s’adapter aux changements conjoncturels de l’univers médiatique », soutient le directeur général. La coop de Granby a notamment été la première radio indépendante à se prémunir d’une application mobile pour téléphones intelligents, et possède depuis ses débuts un équipement entièrement numérique.

Ses gestionnaires s’assurent également de rester connectés aux attentes de leurs auditeurs: « Nous sommes les haut-parleurs de la communauté et très proches des préoccupations de ses habitants. Des intérêts plus grands n’interfèrent pas dans le traitement de l’information», ajoute-t-il.

En évoquant de potentiels intérêts interférents, Guy Laporte fait allusion à l’indépendance de l station, anciennement chapeautée par Gesca. Fonder une coopérative radiophonique indépendante semble ainsi un pari gagné par ses fondateurs: M105 sait faire rimer rentabilité sociale et économique.

Coopérative de solidarité Radio M105

 

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