Pour un Québec «coopératif»

Pierre-Alain Cotnoir

Dans un livre publié il y a tout juste un an et intitulé L’entraide: l’autre loi de la jungle[1], Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, deux biologistes, rappellent que la Nature présente un nombre nettement plus élevé de relations de coopération que de compétition.

Comme le soulignent les auteurs, « Depuis 3,8 milliards d’années, le vivant a développé mille et une manières de s’associer, de coopérer, d’être ensemble, ou carrément de fusionner. […] Des mutualismes (associations diffuses entre espèces) aux symbioses (associations obligatoires), de l’action collective ponctuelle à la coévolution fusionnelle, les services se donnent et se rendent dans tous les sens : protection contre nourriture, transport contre protection, nourriture contre soin, information ou déparasitage, etc. »

Pourquoi la coopération est-elle plus fréquente que la compétition? Parce que les avantages y sont fort plus nombreux : les coûts d’une lutte acharnée pour des ressources sont épuisants pour toutes les parties, alors que chacun peut profiter d’une plus grande coopération. Il en va de même pour l’espèce humaine.  Or, il est assez paradoxal que notre civilisation ait mis sur un piédestal la compétition, avec des parfums de prédation, alors que la forme la plus saine des relations humaines demeure l’entraide. Comme me le faisait remarquer un Beauceron, si mon voisin a du succès en affaires en fabriquant des chaises de jardin, je ne vais pas le concurrencer, mais proposer des housses de chaises de jardin en complément à ses produits! Je vais coopérer avec lui. »

Alors que nous entrons dans une période de l’Histoire qui sera marquée par des ruptures causées tant par des changements radicaux dans nos rapports avec l’énergie et la matière que par leurs impacts sur l’environnement, le capitalisme dans sa forme actuelle ne peut constituer une réponse à ces défis, sinon par une fuite en avant nous menant tout droit vers des sociétés de plus en plus inégalitaires et antagonistes. Le coopératisme offre une autre voie[2]. Cette revue vous en présente plusieurs facettes et révèle combien il est bien inscrit au plus profond de la culture et de l’histoire du Québec. Au fil des articles, vous en découvrirez les possibilités… en espérant qu’elles vous contaminent et vous donnent le goût de coopérer !

[1] L’entraide : l’autre loi de la jungle. Éditions Les liens qui libèrent; octobre 2017.

[2] Nous sommes donc rendus à une croisée des chemins : ou bien nous empruntons celui de l’accumulation de la richesse au profit de quelques-uns générant des inégalités croissantes et la destruction du bien commun, ou bien nous faisons route ensemble pour construire un Québec « coopératiste » .

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