Packers de Green Bay : botté coop!

Félix Lacerte-Gauthier

Dans l’univers du sport professionnel nord-américain, l’équipe d’une petite ville peuplée d’irréductibles partisans résiste depuis toujours à l’idée d’appartenir à un milliardaire. Depuis un siècle, les Packers de Green Bay jouent en mode coopératif.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est p«ckers.png.Comptant 105 000 habitants en 2017 (selon le United States Census Bureau), Green Bay est la plus petite ville d’Amérique du Nord à posséder une franchise dans l’une des ligues majeures de sport professionnel. C’est initialement grâce au financement de l’Indian Packing Company qu’un dénommé Curly Lambeau a pu fonder les Packers, en 1919. « Après quatre saisons, l’équipe était profondément endettée, rappelle l’actuel directeur des affaires publiques de l’organisation, Aaron Popkey. Pour la sauver, des investisseurs locaux ont organisé une vente d’actions et créé la Green Bay Football Corporation [renommée Green Bay Packers Inc. en 1935], faisant des Packers un OSBL en mode coop. »

Aujourd’hui, les 5 009 562 actions de la franchise sont détenues par 361 169 personnes. Plusieurs mécanismes ont pour but d’empêcher une mainmise sur l’organisation. Il est d’abord interdit à quiconque de posséder plus de 200 000 actions. Leur revente est également interdite, sauf pour les rendre à l’équipe contre une fraction de leur prix d’origine (les actions peuvent toutefois être léguées en héritage). Enfin, en cas de vente de l’équipe, tous les surplus accumulés de l’organisation doivent être réinvestis dans la Green Bay Packers Foundation.

Aucun dividende n’est non plus accordé aux actionnaires de l’organisation. « Les bénéfices annuels sont réinvestis dans l’équipe, dans le stade Lambeau Field, dans l’expérience offerte aux fans, dans la communauté de Green Bay et du Wisconsin, ou encore dans un fonds devant assurer la viabilité de la franchise », explique le directeur. Les états financiers de l’organisation sont d’ailleurs publics et présentés à la rencontre annuelle des actionnaires, qui a lieu chaque été au Lambeau Field, peu avant le début des camps d’entraînement.

Le seul avantage accordé aux détenteurs d’actions de l’équipe : celui d’élire le conseil d’administration de l’organisation. Les membres de ce dernier, à leur tour, élisent un bureau de direction composé de sept personnes. Fait notable ; à l’exception du président, aucun d’eux n’est rémunéré.

Les Packers sont une exception dans le monde sportif nord-américain. Et ils sont assurés de rester seuls dans leur ligue. Dans ses statuts, qu’elle a adoptée en 1970, la NFL stipule en effet qu’aucune corporation ou aucun organisme public ne peut détenir d’intérêts dans l’une de ses équipes. Un amendement adopté en 1985 fait également en sorte qu’une équipe ne peut avoir plus de 24 actionnaires, et que l’un d’eux doit détenir au moins 30 % de toutes les actions.

Une exception a toutefois été accordée dans le cas de Green Bay. « Les Packers sont nés deux décennies avant que la NFL ne soit elle-même fondée, rappelle Rob Demovsky, le journaliste d’ESPN affecté à leur couverture. La ligue n’a pas vraiment eu d’autre choix que d’accepter leur mode de gestion. »

packers.com

D’inconditionnels supporters

(FLG) Malgré la faible population de Green Bay, l’engouement des partisans ne se dément pas, les Packers ayant joué tous leurs matchs à guichets fermés depuis 1960.

La liste d’attente pour obtenir des billets de saison est même devenue légendaire, puisqu’elle compte environ 135 000 personnes. « On ne peut pas prédire à combien d’années s’élève l’attente, dévoile Aaron Popkey. Cependant, les dernières personnes à avoir obtenu des billets de saison s’étaient inscrites dans les années 1970 et 1980. » Il révèle également que l’engouement est tel qu’il est courant que des parents inscrivent leur poupon à la liste. Les places sur celle-ci peuvent également être léguées en héritage.

« Il y a une raison pour laquelle les Packers forment la seule équipe de la NFL à ne pas avoir encore disputé de match à Londres [une ‘tradition‘ de la ligue], explique Rob Demovsky. Les dirigeants du club ne veulent pas se priver d’un match à domicile, parce qu’ils savent que la partie sera jouée à guichets fermés et qu’il s’agit là d’un avantage tactique. » Il signale que les partisans de l’équipe ne proviennent pas seulement de la ville de Green Bay, mais également de tout le Wisconsin et parfois des États voisins.

« Nous sommes conscients de la grande importance que nous avons sur l’économie locale, car chaque partie génère des retombées d’environ 15 millions de dollars, confie M. Popkey. Nous ne voulons pas y renoncer en jouant dans la capitale britannique. »

 

Une équipe mythique

(FLG) Ce n’est pas seulement leur structure coopérative qui a fait la renommée des Packers, mais également leurs exploits sportifs.

Les 13 titres de championnat qu’ils ont remportés constituent un record de la NFL. Le trophée remis au gagnant du Super Bowl est également décerné en l’honneur de l’ancien entraîneur des Packers, Vince Lombardi.

L’équipe a cependant connu une longue disette entre la fin des années 1960 et le début des années 1990. Elle était devenue la risée de la ligue, souligne Rob Demovsky. « Après son embauche en tant que directeur général des Packers en 1991, Ron Wolf disait souvent que Green Bay était considéré comme la Sibérie de la NFL et que des équipes menaçaient même leurs joueurs de les y envoyer s’ils ne s’amélioraient pas. »

Depuis, les Packers se sont repris en main, participant à 19 occasions aux séries éliminatoires entre 1993 et 2016, pour remporter en outre deux fois le Super Bowl au cours de cette période. « Leur succès des trois dernières décennies s’explique principalement par le travail de deux quarts-arrière – Brett Favre et Aaron Rodgers », résume Rob Demovsky.

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