Mont Orignal : La glisse du village

Stéphane Desjardins

Le Mont-Orignal a été sauvé par sa communauté. Portrait d’une coop à succès.

Mont-Orignal célébrait ses 45 ans cette année, car la station de ski a ouvert en 1974, après l’achat par la famille Bégin et six investisseurs de la remontée mécanique d’une station qui venait de fermer dans le Maine. Or, en 1981, la crise des caisses d’entraide économique cause la perte des propriétaires. Une première coop d’utilisateurs prend le relais, mais jette l’éponge en 1994, car la concurrence s’est intensifiée depuis l’ouverture de la Grande Coulée, de la Crapaudière et du Massif du Sud, financés grâce à une vague de subventions gouvernementales destinées à mousser l’industrie du ski (seul le Massif du Sud a survécu).

Michel Biron, propriétaire de Sogetel, une compagnie téléphonique régionale, et cinq autres investisseurs, rachètent les actifs de la Caisse populaire du Lac-Etchemin et investissent dans de nouvelles pistes. Michel Biron rachète plus tard les parts de ses associés. Cependant, il ferme la station en 2012, faute de relève.

C’est alors le branle-bas de combat. Marc Lacroix est appelé à la rescousse et forme un comité de relance, qui scrute toutes les options. Après des échanges avec la Coopérative de développement régional du Québec (CDRQ), la formule de coop de solidarité s’impose. « On a eu un appui extraordinaire des gens de la CDRQ, commente M. Lacroix. On a formé la coop avec le personnel et les résidents du coin. On a rapidement vendu des parts privilégiées de 25 000 $ n’offrant aucun intérêt aux membres de soutien : 60 investisseurs, dont 33 propriétaires de chalet sur 53, ont répondu à l’appel. On a récolté 1,2 million de dollars en 11 semaines ! »

Le montage financier de 2 M$ est sécurisé en quatre mois (juste à temps pour la saison de ski 2012-2013), lorsque la municipalité de Lac-Etchemin achète le chalet et le stationnement pour 400 000 $ et injecte 200 000 $ dans son projet de parc rural. Québec verse aussi une subvention de 300 000 $, à quelques semaines des élections.

Des leaders

« Une telle opération de relance ne s’improvise pas, reprend Marc Lacroix, ex-chef de patrouille de ski et résident de Lévis, qui a déménagé sur place. Ça prend des leaders. Éric Lachance (comptable chez Lemieux Nolet) et moi, nous avons créé un comité de relance. N’empêche qu’un tel comité doit être composé de gens influents. On a aussi convaincu les propriétaires de chalet en leur disant que la fermeture définitive de la station allait lourdement réduire la valeur de leur propriété. Il reste que, on a beau avoir un bon comité de direction, le milieu doit se mobiliser. Et les responsables de la relance doivent être très persuasifs. »

Parmi les arguments brandis par le comité de relance : un effondrement des valeurs foncières pourrait aggraver la situation financière de la municipalité. Et la fermeture pourrait faire très mal à l’économie du village.

« On a fait une intense campagne médiatique, reprend M. Lacroix. On a recruté des investisseurs jusqu’à Montréal et Havre-Saint-Pierre. Ce fut, en fait, un vote de confiance en notre capacité d’exploiter adéquatement la station de ski. »

Heureusement, Mont-Orignal disposait d’un personnel expérimenté et déterminé. Par contre, l’appui financier de l’État s’accompagnait d’une obligation non négligeable : l’interdiction d’accorder une augmentation de salaire durant deux ans. « On n’est pas comme Bombardier, souligne Marc Lacroix avec un clin d’œil. Mais on a tout de même sauvé 88 emplois. »

La relance est un succès éclatant, car la station a dégagé un surplus durant six des sept années subséquentes.

Pas de tout repos

Faire fonctionner une entreprise touristique, pire, une station de ski, ce n’est pas de tout repos. Dame Nature impose sa loi. Quand il fait beau, c’est bondé. Quand il pleut, il faut fermer. Et les Fêtes ou la relâche scolaire représentent 20 % de l’achalandage.

Bon an, mal an, Mont-Orignal vend 500 abonnements saisonniers. Son chiffre d’affaires avoisine les 2 M $, et les trop-perçus s’élèvent à environ 100 000 $. La coop a réinvesti 700 000 $ dans la montagne depuis la relance, notamment dans l’équipement et l’infrastructure. L’an dernier, la station a investi 500 000 $ supplémentaires dans la réfection de ses blocs sanitaires, l’achat d’équipement, ainsi que l’ajout de pistes et de sous-bois, ce qui a nécessité du dynamitage.

Gérer une coop n’est pas toujours une sinécure. Les membres de la direction doivent faire preuve d’humilité : « Au quotidien, je suis le patron, dit Marc Lacroix. Mais au conseil d’administration, j’ai quatre employés qui sont mes boss! Il faut que tout le monde ait la priorité à la bonne place, soit l’avenir de la station. » M. Lacroix et chacun de ses directeurs doivent composer avec un comité de gestion qui respecte pleinement la chaîne de commandement.

Le directeur général préfère la formule d’une coop de solidarité, où la hiérarchie décisionnelle est plus avantageuse que dans le cas d’une coop d’utilisateurs « où, souvent, tout le monde se prend pour le patron ». Il se réjouit aussi d’avoir la pleine confiance de ses 60 investisseurs.

La clientèle de la station provient à 80 % du village et de la région. Bon nombre de clients viennent aussi de la capitale nationale, et plusieurs de Drummondville et de Trois-Rivières. Le Mont-Orignal est avant tout une station familiale et une pépinière de skieurs pour les grands centres de ski. Elle se positionne comme station complémentaire au Massif du Sud, qui est davantage une destination. Certains clients venant d’aussi loin que de Montréal skient au Massif du Sud le samedi et à Mont-Orignal le dimanche.

Mont-Orignal se démarque toutefois par sa remontée débrayable à six places installée en 1991, une première mondiale, d’une capacité de 2500 skieurs à l’heure. Seizième dénivelé québécois (300 mètres), la station entend se doter d’une deuxième remontée vers le sommet, ce qui constituerait une assurance en cas de panne de la première. Voilà un projet d’au moins un million de dollars.

montorignal.com

Laisser un commentaire