Loconomics

Une plateforme de San Francisco démocratise le partage

Alexandra Lopis

Contrairement à d’autres plateformes de services qui prônent un discours de partage tout en agrandissant l’écart de richesse, Loconomics est structurée comme une réelle coopérative, démocratiquement administrée et détenue par ses membres.

Massothérapeutes, promeneurs de chiens, peintres, professionnels du nettoyage, professeurs, mécaniciens, développeurs web, magiciens, photographes ou encore fleuristes… La plateforme de services locaux basée à San Francisco permet à des professionnels indépendants de divers secteurs de trouver des clients. De leur côté, ces derniers peuvent facilement avoir accès à des travailleurs qualifiés ou débutants, tout en soutenant l’économie locale.

« La structure coopérative garantit que la plateforme appartient entièrement aux personnes qui y proposent leurs services et qu’elle est dans leur intérêt. Ce qui m’intéressait, c’était de mettre les fournisseurs au premier plan, tandis que la plupart des plateformes mettent les clients et les investisseurs d’abord», explique Joshua Danielson, fondateur de Loconomics.

Son objectif, ajoute-t-il, est de «créer un impact social à long terme» avec l’espoir notamment, de réduire l’inégalité des salaires en supprimant totalement les intermédiaires.

Joshua Danielson a pris goût à l’économie du partage lorsqu’il était étudiant à l’école de commerce et qu’il utilisait Airbnb pour louer son appartement à San Francisco. «J’ai réalisé à quel point ces plateformes pouvaient être puissantes et qu’elles avaient la capacité de générer du travail. J’ai vu ces plateformes comme étant l’avenir. J’ai eu l’idée de Loconomics à ce moment-là. Je voulais qu’elle fonctionne comme celles qui existaient, mais avec une structure différente et sans inégalité entre ceux qui l’utilisent, la possèdent et la contrôlent.»

« Une structure différente et sans inégalité entre ceux qui l’utilisent, la possèdent et la contrôlent. »

Vers un modèle coopératif

Au départ, Loconomics a été créée sous forme de société à but lucratif, avec quelques personnes détenant des actions pour contribuer à la conception de la plateforme.

C’est en 2014, une fois que Loconomics est fonctionnelle et est utilisée par quelques indépendants, que Joshua Danielson s’est adressé au Centre de droit des Économies durables (SELC) à Oakland en Californie, afin d’obtenir l’aide juridique nécessaire pour convertir sa structure en une plateforme coopérative et créer un cadre juridique pour la régir.

Il aura fallu près de deux ans pour mettre en place ce modèle : «Ça nous a pris énormément de temps. Une structure juridique coopérative n’avait rien de nouveau, mais ce qui l’était, c’est que ça n’avait jamais été appliqué à une technologie de plateforme. J’ai eu beaucoup d’aide pour réussir à aller aussi loin que je le souhaitais, pour qu’elle appartienne totalement aux travailleurs et qu’ils aient le contrôle de leur travail.»

Pari réussi

Loconomics ne prend aucune commission sur ses revenus. Au lieu de cela, les professionnels paient un abonnement mensuel (pouvant aller de 19 dollars américains à 39 ou à 390 par an). Ce qui leur donne accès à différents services et fonctionnalités: outils de travail, de planification, synchronisation du calendrier, logiciels, participation à des événements de réseautage ou encore à des ateliers de perfectionnement.

« Il est possible de se créer un profil gratuitement et d’y proposer ses services, mais cette formule ne permet pas d’accéder à l’ensemble des services de la plateforme ni d’en être propriétaire.»

Ainsi, c’est ensemble qu’ils financent son fonctionnement. Tout bénéfice est réinvesti dans l’entreprise ou est partagé entre les travailleurs. «Une structure coopérative signifie que chaque membre a un vote égal dans l’élection du conseil d’administration pour régir Loconomics et d’autres décisions majeures. Cela signifie aussi que les profits sont rendus proportionnellement à leur participation aux bénéfices. La plateforme n’est pas faite pour qu’une seule personne s’enrichisse ».

La coopérative, qui n’a lancé son programme d’adhésion qu’en 2017, compte près de 500 personnes inscrites. Elle emploie deux personnes à temps plein et quelques collaborateurs à temps partiel.

« C’est petit, mais c’est un bon chiffre », dit Joshua Danielson. Il avoue qu’il faut être patient pour créer une entreprise comme celle-ci : « C’est un travail difficile, car il n’y en a pas beaucoup [d’entreprises de ce type]. La plupart commencent avec des millions de dollars d’investissement et peuvent embaucher cinq personnes pour y travailler pour les quatre prochaines années. Le coopérativisme de plateforme est quelque chose d’encore nouveau et c’est dur pour un professionnel de visualiser ce que ça va lui apporter. Le travail de communication est le plus difficile.»

Favoriser l’essor des coopératives

Le principal défi consiste à construire une communauté forte et à convaincre les professionnels que ce type de structure est une réelle alternative à leur travail. « Je pense qu’à long terme, les coopératives deviendront le seul système économique possible et avec un réel impact social. »

L’économie de partage, à l’échelle d’une plateforme, nécessite de réinventer la propriété, la gouvernance démocratique et la solidarité, afin que chacun puisse récolter les fruits de son propre travail. Les membres de Loconomics ont ont opté pour ce qu’ils appellent le coopérativisme de plateforme, pour construire un bien commun. Sur sa page d’accueil, la plateforme affiche fièrement sa vocation : « Être indépendant, ensemble ».

« La plateforme n’est pas faite pour qu’une seule personne s’enrichisse. »

Publié le 15 octobre 2017

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