Les consortiums : au service des coopératives sociales en Italie

Le développement prodigieux des coopératives sociales en Italie (plus de 14 000 en 2015) s’explique principalement sur le plan des stratégies de développement. Si le modèle dominant auprès de nombreuses coopératives dans le monde est celui de toujours grandir de l’intérieur, la majorité des coopératives sociales souhaitent généralement conserver une taille de développement à l’échelle humaine pour maintenir de bons rapports de proximité. C’est ce qu’ils nomment le principe du “champ de fraises”, par opposition à la concentration vers le haut et le développement à l’infini des champs d’activités ainsi que le nombre de travailleurs.

Les coopératives sociales sont rattachées à l’une ou l’autre des grandes familles coopératives italiennes, Confcooperative et la Lega. Cependant, en marge de cette affiliation institutionnelle, elles se sont aussi donné des mécanismes de travail en commun qui dépassent le simple regroupement d’achats ou de services que l’on retrouve souvent ajoutés à des structures classiques de représentation politique. On parle ici des consortiums.

Le consortium Gruppo Polis, à Padoue, propose des fruits et légumes biologiques.
Le consortium Gruppo Polis, à Padoue, propose des fruits et légumes biologiques.

Les consortiums permettent aux coopératives sociales de travailler en collégialité, de répondre à des appels d’offres publics, de partager des ressources, mais c’est aussi un outil nécessaire pour faire face à la concurrence du secteur privé qui est une résultante, dans une certaine mesure, à la construction et à l’ouverture du marché européen unique et son corollaire, les mécanismes d’appel d’offres public.

Si le sociétariat des consortiums est principalement celui de coopératives sociales, il arrive que cela inclue des associations, voir, un collectif regroupant des investisseurs. Sauf de rares exceptions, le consortium se caractérise par la proximité territoriale avec ses membres. 

Un des traits les plus originaux des consortiums est le fonctionnement à géométrie variable donc quelque chose de loin de la formule “mur à mur” ou encore “one size, fit all”. En terme concret, cela revient à dire que si une des coopératives sociales membres utilise le consortium pour gérer les paies de ses employés, rien ne force une autre à le faire. Dans le même sens, le consortium qui exerce une veille sur les appels d’offres peut déposer une offre n’associant pas nécessairement toutes ses coopératives membres. Il peut même lui-même être partie prenante d’une offre et aller chercher des partenaires en dehors de ses membres.

Lors d’une visite d’un groupe de Québécois en mai 2019 dans le nord de l’Italie, il a été possible de rencontrer les promoteurs d’une résidence pour personnes âgées Dei Tigli à Piosasco dans la région de Lombardie. Piloté par le consortium Social coop, la résidence accueille 120 aînés qu’accompagne un personnel de 90 travailleurs. La résidence est opérée par 4 coopératives sur les 6 membres du consortium. Ensemble, les coopératives offrent une variété de services (physiothérapie, entretien, alimentation, animation, etc.). L’intention est de travailler à l’horizontale de façon transversale (et non en silo) et en complémentarité pour développer un continuum de services, un “modèle ouvert” sur les besoins. La mise en commun de ses ressources a également permis de développer une clinique de santé et un service de radiologie accessible aux gens du quartier, et un centre de jour et des services de soins à domicile aux aînées du quartier.

 

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