L’architecture comme mode de partage

Stéphane Desjardins

Le Québec compte une première coopérative en architecture : Pivot. Ses membres n’y voient que des avantages.

Pivot est une coop de travailleurs qui a officiellement décollé en novembre 2017. Mais elle fut en gestation durant une bonne décennie, le projet ayant été réfléchi et porté par sa membre fondatrice, l’architecte Colleen Lashuk. Celle-ci a fait connaître ses intentions en 2015 et lancé un appel à une soirée d’information sur les réseaux d’architectes de Montréal, qui a attiré une centaine de personnes. De fil en aiguille, le projet a mûri et, après deux ans, huit personnes se sont rendues au bout du processus.

Cette démarche fut assez complexe, car la profession d’architecte est régie par un ordre professionnel. Il a fallu démêler plusieurs choses sur le plan des assurances et de la responsabilité. Cet écheveau dénoué, les coopérateurs se sont lancés dans la chasse au local.

« Nous étions tous travailleurs autonomes ; on a mis nos projets en commun, explique Egest Jinali, designer chez Pivot. Plusieurs de nos membres ont beaucoup travaillé sur des projets sociaux, construit des coops d’habitation et des projets communautaires. Ils voulaient appliquer à leur propre entreprise ce mode de fonctionnement, où tous les membres prennent les décisions et partagent leurs revenus en commun. »

Rassurant pour les clients

Cette expertise fut payante pour la coopérative, qui recrute rapidement des clients, notamment dans le monde communautaire et coopératif. « C’est rassurant pour eux, car on partage la même culture, poursuit-il. On a désormais des projets très intéressants, que nous ne pouvions auparavant obtenir individuellement. De plus, on a un spectre assez élargi de projets commerciaux et résidentiels. »

La première coopérative québécoise en architecture suscite beaucoup d’intérêt dans les milieux communautaires. Le modèle coopératif a la cote, et même le grand public s’intéresse à Pivot. Avant même qu’il ne se dote d’un site Web, le cabinet recrutait des clients. « Certains n’avaient même pas vu nos réalisations », ajoute-t-il.

Le mode de fonctionnement coopératif n’est cependant pas fait pour tout le monde. « Si votre but, c’est de diriger une entreprise et de dire aux autres quoi faire, si vous n’aimez pas débattre, la coop, ce n’est pas pour vous, poursuit M. Jinali. Au contraire, si vous aimez partager une vision, répartir les revenus de manière égalitaire selon le travail réalisé, et si faire de l’argent à tout prix, ce n’est pas votre truc, vous êtes au bon endroit ! Au sein d’une coop, on peut défendre ses convictions, mais il faut aussi écouter, faire passer ses intérêts personnels après ceux de la collectivité. Je trouve ce mode de fonctionnement agréable et ça reflète qui je suis. »

Pour M. Jinali, le mode coopératif entraîne de sains défis d’apprentissage et permet de se dépasser du point de vue créatif. « En architecture, la création est issue d’un partage de connaissances entre plusieurs personnes de divers horizons ; une coop s’adapte à merveille à cette réalité, dit-il. Certains de nos membres travaillent en solo à un projet, mais les discussions se font spontanément à tout bout de champ. »

Lente croissance

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est mira-bay.png.Pivot ne compte aucun employé salarié. Les membres sont payés au prorata des heures qu’ils ont consacrées à chacun des projets. Un pourcentage de chaque facture envoyée aux clients est versé à la coopérative. Il est prévu d’instaurer éventuellement une part de salariat, mais la situation actuelle convient aux membres, dont certains veulent travailler à temps partiel et d’autres, profiter de congés sabbatiques. Les membres entendent ainsi concilier les objectifs de la coopérative et leurs choix de vie personnels.

Pivot a aussi adopté une démarche pluridisciplinaire. « On vise à regrouper des urbanistes, des techniciens, des technologues, des ingénieurs ou des architectes du paysage », confie M. Jinali.

La coop implique également sa clientèle, et ses usagers, dans les projets qu’ils commandent. « On est à l’écoute des gens qui vont habiter le bâtiment qu’on prépare. Ça fait une grande différence dans le résultat final. L’architecte doit être au service de la collectivité. Il ne peut pas s’isoler dans une tour d’ivoire », conclut Egest Jinali.

pivot.coop

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