Laiterie de l’Outaouais : Une dose de créativité menant à une mémoire collective

Gaétan-Philippe Beaulière

Le 16 juin dernier, dans l’usine de la nouvelle Laiterie de l’Outaouais, les félicitations fusaient de toutes parts et les vœux de succès ne tarissaient pas. L’ouverture officielle, enfin! Après trois années et demie de péripéties, le comité de relance atteignait son but. On trinquait avec des verres remplis de lait produit en Outaouais.

La fébrilité des acteurs du milieu rassemblés pour l’occasion n’était pas feinte. En soi, maintenir la production laitière régionale était un accomplissement digne de ces célébrations. Car se substituer à la laiterie Château, fermée en 2007, n’a pas été une mince affaire. Il a fallu notamment construire une usine d’une superficie de 13 500 pieds carrés, au coût de trois millions de dollars.

L’élaboration du montage financier a par ailleurs été particulièrement complexe. Les huit futurs travailleurs de la Laiterie de l’Outaouais, réunis en coopérative de travailleurs actionnaire, ont investi 3 000 $ chacun dans le projet. Dix autres partenaires financiers, dont quelques ministères provinciaux et fédéraux, ont contribué pour que soient obtenus les 2,6 millions de dollars que nécessitait la mise sur pied de la laiterie.

L’établissement de la structure de l’entreprise proprement dite a aussi exigé une bonne dose de créativité. « Lorsque nous avons lancé la campagne de mobilisation auprès du public, nous cherchions un modèle juridique simple et efficace, sans lourdeur structurelle, comme les anciennes sociétés de placement en entreprise du Québec (SPEC) », explique Antoine Normand, membre du comité de relance et du conseil d’administration de la laiterie. La solution retenue prévoyait la création de deux coopératives distinctes. Dans un premier temps, « le modèle de coopérative de consommateurs s’est imposé sans aucune question ». Puis, cette coopérative a été « associée à la coopérative des travailleurs actionnaire dans une société à capital-actions fermée. Nous avons maintenant une structure souple, imaginative et, surtout, inclusive », résume monsieur Normand.

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Une région « mature »
Lors de l’ouverture de la Laiterie de l’Outaouais, tous s’entendaient pour dire que la relance revêtait également un caractère particulier pour la région. L’ouverture officielle marquait bien plus qu’une simple réussite entrepreneuriale. « Je pense qu’aujourd’hui nous voyons un exemple de ce qu’on peut faire quand on travaille ensemble. […] Nous avons démontré que nous sommes des bâtisseurs, en Outaouais », a déclaré triomphalement madame Paulette Lalande, mairesse de Plaisance et présidente de la Conférence régionale des élus (CRÉ) de l’Outaouais. Cela a en outre contribué, selon elle, à faire en sorte que les gens de l’Outaouais ont retrouvé « cette identité qu’on recherche souvent ».

La consolidation d’une certaine fierté régionale serait donc à compter au nombre des effets intangibles de la création de la Laiterie de l’Outaouais. Le président de la coopérative de consommateurs, monsieur Maxime Pedneaud-Jobin, partage ce point de vue. « L’arrivée de ce lait marque le début d’une nouvelle ère dans le développement de la région. Comme région, nous nous affirmons politiquement, socialement et économiquement depuis longtemps. Mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, nous accédons à un niveau de maturité jamais atteint […] », a-t-il déclaré lors de l’ouverture officielle, rappelant du même souffle que « sans l’engagement de toute les forces vives de l’Outaouais, rien n’aurait été possible ».

… et mobilisée
Cette maturité, en partie liée à la mobilisation que le comité de relance de la laiterie a patiemment stimulée, est un succès indéniable. En effet, 5 000 familles, citoyens et entreprises, ainsi que 25 centres de la petite enfance (CPE), se sont engagés à boire le lait de la laiterie en s’inscrivant sur le site Internet : laiterieoutaouais.ca. Tous les détaillants indépendants de la région ont promis de lui faire une place sur leurs tablettes. La coopérative de consommateurs a recruté 700 membres, qui se sont tous procuré des parts sociales au coût de 200 $. Chose rare, les médias ont également donné leur appui en libérant l’équivalent de 125 000 $ en publicité afin de promouvoir la relance de la laiterie. Dans de telles circonstances, qui s’étonnera du fait que la réussite de la relance soit présentée comme une victoire collective?

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