La recherche d’une alternative

HONNÊTETÉ, TRANSPARENCE, RESPONSABILITÉ SOCIALE ET ALTRUISME

Claude béland

Le monde est en feu ! Printemps arabe, émeutes à répétition à Londres, guerres fratricides en Syrie, en Libye, en Afghanistan, en Irak, crises financières récurrentes depuis les années 1970, faillite de grands pays, tels la Grèce, l’Espagne, le Portugal, etc. En conséquence, de fortes cohortes d’individus vivant le désespoir du chômage et de l’impuissance n’ont plus rien à perdre et risquent leur vie dans des manifestations désespérées. Ces populations se sentent ignorées et trahies par l’État, écrasées par un système économique dominant voué à l’enrichissement des seuls détenteurs des moyens de production et des capitaux. Et, comme l’écrit Serge Truffaut dans un éditorial récent paru dans le journal Le Devoir, « après 20 ans de politiques faites contre les classes moyennes et les foyers à revenu modeste, les riches ont encaissé, encaissé. De telle sorte qu’aujourd’hui, la concentration des richesses est revenue au niveau enregistré dans les années… 1930! »

Oui, le monde est en feu! La révolte anime l’immense cohorte des sans-noms et des sans-abri, des démunis et des exploités qui, de toute évidence, sont de plus en plus nombreux, pendant que la minorité des riches s’enrichissent à un rythme indécent. Directement causée par les grandes banques des pays développés, stimulées par leur appétit immodéré pour le profit et les bonis sans limite qui ont conduit à tous les excès1. La profonde crise de 2008, dont les effets se font encore sentir, se satisfait de remèdes qui ne sont que des cataplasmes, soit l’infusion de mille milliards de dollars dans le système financier et le gel des taux d’intérêt des banques centrales des grands pays, ce qui permet aux profiteurs de ce nouveau système d’en profiter, comme si rien ne s’était passé : profits records, augmentation de la rémunération des hauts dirigeants, domination du capital. Pourtant, il faut davantage. Le système a subi un infarctus libéral et, comme dans le cas d’un individu frappé par cette maladie, des cataplasmes ne suffisent pas, il faut carrément un changement de régime.

Pendant les mois qui ont suivi la fameuse crise financière de 2008, les grands chefs de ces pays ont déclaré haut et fort qu’il était urgent de réformer le système dominant. Qu’il fallait définitivement mieux réglementer ce libéralisme exacerbé, vu son incapacité à incarner, dans la vie quotidienne des populations, les engagements inscrits dans les grandes déclarations solennelles que sont les Déclarations des droits de l’homme et les constitutions de certains pays. Autant d’engagements à créer une société plus égalitaire, plus juste et plus démocratique.

Malgré ces déclarations faites à la suite de la dernière crise, trois ans plus tard, rien n’a vraiment changé. De toute évidence, les États n’ont pas réussi à se donner les institutions nécessaires à la création d’une société plus empathique et plus humaine. Alors que jadis, l’élément central du développement était la personne et alors que jadis, le système libéral proposait l’union pour la vie, aujourd’hui, l’ultralibéralisme propose plutôt la lutte pour la vie et les éléments centraux du développement sont plutôt le profit et le rendement sur le capital.

En conséquence, le pouvoir économique et financier domine. À un point tel, qu’on ne peut honnêtement déclarer que nous vivons actuellement dans des régimes démocratiques puisque désormais, ce n’est pas la volonté majoritaire des populations qui fixe les règles du jeu de la vie commune, mais les détenteurs de grands capitaux et des moyens de production. Nous vivons, de toute évidence, dans un régime où le capital domine, influence, et décide des grandes orientations. Le produit intérieur brut (PIB) est plus important que le bonheur intérieur brut (BIB).

Oui, des options s’imposent. Il suffit, en premier lieu, de regarder du côté du coopératisme. Pourquoi? Parce qu’on ne peut laisser le pouvoir décisionnel du « vivre ensemble » entre les mains des détenteurs de capitaux. Il faut plutôt miser sur le pouvoir de chaque individu de faire connaître sa vision des choses.

Pour ce faire, il faut l’information, le débat, mais aussi la décision; celle exprimée par la majorité de ces votants qui ont chacun un vote. Autrement dit, il suffit de regarder du côté de la démocratie. Une vraie démocratie, celle définie comme étant le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple2. Une démocratie largement participative. Une démocratie qui reconnaît l’égalité des droits et des chances pour tous. Et pour ce faire, il faut créer des coopératives à la base, pour la vie quotidienne des gens, des coopératives d’habitation, de consommation, d’éducation, de transport, de services financiers, bref, des cellules démocratiques propriété des citoyens, là où se vit la démocratie.

Car, si le monde est en feu, c’est que nous ne vivons plus dans des régimes démocratiques. Que voulez-vous, les êtres humains ne naissent pas démocrates; ils ne naissent pas coopérateurs. Ils le deviennent grâce à l’éducation. Or, le paradigme coopératif s’adresse principalement à la raison. Sans éducation aux valeurs démocratiques, l’être humain agit plutôt sous l’effet de ses instincts, de ses impulsions et de ses passions (il est, dit on, un animal raisonnable, mais un animal, tout de même!).

Autrement dit, la démocratie (donc, la coopération) est un rempart contre les excès de la cupidité, du désir de domination, d’exploitation des autres, d’enrichissement sans limite, d’un individualisme pervers. En misant sur l’égalité des droits et des chances et sur la solidarité à la décision majoritaire, la coopérative offre, comme alternative, les valeurs fondamentales à une société empathique : les valeurs d’honnêteté, de transparence, de responsabilité sociale (un pour tous, tous pour un!) et d’altruisme, d’empathie, de souci de l’autre. Dans une coopérative, ce qui est bon pour la collectivité est certainement bon pour moi!

Pour éteindre le feu dans le monde, il faut d’abord l’arrosage de nouvelles valeurs. Non pas des valeurs à inscrire en bourse, mais plutôt celles présentes dans le cœur des gens.

Né à Montréal, en 1932, Claude Béland est un avocat québécois devenu gestionnaire. Il a occupé le poste de président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000. Il a également siégé au sein de plusieurs organismes et commissions du gouvernement du Québec, dont la Commission Bélanger Campeau (1990–1991), le Sommet économique de 1995 ainsi que les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques (2003). Depuis 2009, monsieur Béland préside le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC).

  1. SANSFAÇON, Jean-Robert. « Marchés financiers – Une impression de déjà-vu», Le Devoir, Éditorial, 9 août 2011.
  2. Définition d’Abraham Lincoln, 16e président des États-Unis.

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