La coopérative prend la relève des baby-boomers

Jack Duhaime

Dans un article d’analyse, Alain Bridault, président de la Fédération canadienne des coopératives de travail, imagine les perspectives ouvertes par le rachat d’entreprises privées sans repreneurs: « Il s’agit d’un phénomène conjoncturel concernant les pays du Nord qui furent engagés dans la Deuxième Guerre mondiale. La génération de baby-boomers qui s’ensuivit fut la génération la plus large en nombre de l’histoire de ces pays. Nombre de ces baby-boomers furent des créateurs d’entreprises. Cette génération atteint maintenant l’âge de la retraite. Des centaines de milliers d’entreprises vont être vendues dans les dix prochaines années en Amérique du Nord et en Europe. Mais nous savons qu’il va manquer des dizaines de milliers de repreneurs individuels.»

Une étude du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI) démontre qu’avec le vieillis- sement de sa population, le Québec devrait compter en 2018 vingt-cinq mille entrepreneurs de moins qu’en 2008, soit une diminution de près de 15%. Selon les données les plus récentes, un tel scénario tend à se confirmer, puisqu’au cours des dernières années, le nombre d’entrepreneurs approchant de l’âge de la retraite n’a cessé d’augmenter, alors que l’arrivée de nouveaux entrepreneurs demeure relativement modeste.

« Dans ce contexte, il est à prévoir que, faute de relève, plusieurs entreprises se verront obligées de fermer leurs portes ou d’être scindées », analyse Alain Bridault. Pour faire face à cette crise annoncée, toutes les solutions doivent être envisagées, dont la reprise coopérative. « L’alternative de la reprise de ces entreprises par leurs employés sous forme de coopératives de travail sera la seule possible, hors de la fermeture de ces entreprises. Le paysage coopératif peut être profondément changé en un peu plus d’une décennie. L’expertise des fédérations est là pour encadrer efficacement ces transferts de propriété », conclut le président de la Fédération canadienne des coopératives de travail. Même son de cloche au MESI, dont la tournée d’information Reprise collective des entreprises: la solution coopérative au manque de relève entrepreneuriale a fait le grand tour des régions du Québec.

Un ministère québécois et une fédération coopérative utilisent les mêmes mots pour décrire un même processus démographique, imaginer ses conséquences économiques, et conclure sur une même note d’espoir: la solution coopérative. Dans les secteurs ambulanciers et funéraires, la reprise coopérative d’entreprises est une tendance partout au Québec.

Stéphane Gaudreault travaille au MESI et indique que les employés sont souvent les premiers concernés par les nuages s’amoncelant dans le ciel au-dessus de l’entreprise. « Des consommateurs, des fournisseurs, des clients commerciaux, et même des collectivités peuvent vouloir reprendre l’entreprise, puisqu’ils se sentent affectés. Mais c’est vrai que dans la plupart des cas, les employés sont les premiers concernés par la reprise [de l’entreprise] ».

Publié le 15 octobre 2017

Laisser un commentaire