Des milieux de vie où se côtoient créativité, échange et collaboration

La coopérative d’habitation Lezarts et la coopérative d’habitation Cercle Carré

Isabelle Godbout

« Il s’agit d’un grand bénéfice d’avoir accès à un logement moins cher. Avant, je travaillais à partir de chez moi. Maintenant, je partage un atelier avec un voisin et j’occupe un emploi à temps partiel, ce qui me laisse plus de temps pour travailler sur mes œuvres. Je ressens moins d’inquiétudes. »

Stéphanie Morissette, une jeune artiste qui se spécialise dans le papier, le dessin, le collage, le bricolage ainsi que la vidéo expérimentale, décrit ici une réalité que vivent quotidiennement bon nombre d’artistes québécois. En effet, plusieurs parmi eux doivent cumuler un emploi à temps partiel, voire à temps plein, en plus de trouver le temps, l’atelier et l’espace de diffusion pour travailler et exposer leurs œuvres.

Des études publiées au Québec révèlent effectivement que 33,4 % des artistes déclarent à la fois des revenus d’emploi et des revenus de travail autonome, et que près de la moitié d’entre eux ont des revenus inférieurs à 20 000 $1. Une situation d’insécurité et de précarité qui pourrait en décourager plus d’un!

Or, depuis quelques années, des coopératives d’habitation ont été mises sur pied afin de répondre aux besoins des artistes de la région métropolitaine de Montréal. L’une d’entre elles est la coopérative d’habitation Lezarts, qui a pour mission première d’offrir du logement abordable à des artistes en arts visuels et médiatiques.

Sise depuis 2002 dans une ancienne usine de textile recyclée du quartier Centre-Sud, à Montréal, la coopérative compte 32 logements et un espace de diffusion. Nommée la Chaufferie, cette salle communautaire permet aux artistes résidents d’expérimenter et de présenter leurs œuvres. « On agit comme un collectif d’artistes, on organise des expositions et on participe aux Journées de la culture. Chaque artiste offre son réseau. Si je n’habitais pas à la coopérative, je n’aurais pas autant de possibilités de diffuser mon travail », raconte avec enthousiasme madame Morissette, qui réside à la coopérative d’habitation Lezarts.

Gabriel Dharmoo, président de la coopérative d’habitation Cercle Carré, va dans le même sens. « Il s’agit d’une nouvelle façon de réseauter. Des gens collaborent, ils se complètent et le réseau naturel se fait par contacts interposés. Ça devient une grande toile de gens », explique le coproducteur des Bruissements du Cercle, une série de concerts qui proposent une alliance éclectique de musique contemporaine, électroacoustique et improvisée, présentés à l’Espace Cercle Carré, le lieu de diffusion pour les artistes résidents de la coopérative.

Cercle Carré, une coopérative d’habitation située en plein cœur de la Cité du multimédia, dans l’arrondissement Ville-Marie, à Montréal, regroupe, pour sa part, des artistes et travailleurs culturels. Elle offre 49 logements abordables ainsi qu’un lieu de création et de diffusion artistiques pluridisciplinaire.

Briser l’isolement

En plus d’offrir un logement abordable, un lieu de création et de diffusion ainsi que l’occasion de se créer un réseau de contacts, les coopératives d’habitation à vocation artistique permettent également à leurs membres résidents de briser leur isolement. « Nous œuvrons dans un domaine où les entrées d’argent ne sont pas stables; on est tous un peu dans la précarité. La coopérative offre aux artistes la possibilité de se rassembler dans un lieu avec des gens qui ont les mêmes préoccupations, les mêmes valeurs. Nous nous comprenons les uns et les autres », explique monsieur Dharmoo.

Mais cette belle collaboration et la bonne entente ne s’arrêtent pas là. Les artistes s’échangent des services, collaborent, mettent sur pied des projets artistiques collectifs et s’entraident. « Nous ne sommes pas juste des coopérants; nous nous côtoyons et nous organisons des rencontres pour discuter de nos arts », explique madame Morissette. « Nous organisons des activités de voisinage et un artiste présente son travail une fois par mois. Nous connaissons beaucoup la pratique des gens », renchérit-elle.

Selon monsieur Dharmoo, cette remarquable complicité réside dans le fait que les artistes ont choisi la formule coopérative : « Les individus qui choisissent d’habiter en coopérative ont un souci de vivre en communauté. » Il explique notamment que grâce au comité de sélection mis sur pied dans la plupart des coopératives d’habitation, le conseil d’administration s’assure que les membres qui habitent la coopérative adhèrent aux valeurs et à la mission de l’organisme. « Ce que j’aime le plus est d’habiter dans un immeuble où je connais tous mes voisins; nous formons une communauté », ajoute-t-il.

Retombées dans la communauté

Selon monsieur Dharmoo, les coopérants doivent consacrer beaucoup d’énergie afin d’investir l’endroit où ils habitent, mais « ces énergies circulent pour la collectivité, puis la collectivité nous le rend », expose-t-il. À cet effet, Espace Cercle Carré souhaite justement participer à la revitalisation culturelle du Vieux-Montréal et du secteur Griffintown en tentant de s’illustrer et de contribuer à l’identité et à l’essor artistique de ces secteurs de la ville.

Quant aux artistes de la coopérative d’habitation Lezarts, ils tentent de tisser des liens avec leur milieu. Ils sont notamment membres de Voies culturelles des faubourgs, un organisme qui a pour mission d’assurer la réflexion, la sensibilisation, la concertation et la coordination de la culture sous différentes formes dans l’arrondissement Ville-Marie, à Montréal. Dans le cadre du 10e anniversaire de la coopérative, ils ont également réalisé une œuvre extérieure d’art public nommée Rassemblement, qu’ils ont exposée dans la cour de la coopérative afin de faire connaître l’organisme auprès de la population locale et de contribuer à la revitalisation du quartier. Espérons que l’œuvre saura attirer les regards des passants!

  1. MINISTÈRE DE LA CULTURE DES COMMUNICATIONS ET DE LA CONDITION FÉMININE, 2004. Lancement d’un portrait socioéconomique des artistes, Secteurs d’intervention. [En ligne]. <http://www.mcccf.gouv.qc.ca/index.php?id=3835&tx_ttnews%5Btt_news%5D=1508&tx_ttnews%5BbackPid%5D=1630&cHash=581a50a7b969651785b7b21025488b47>. Consulté le 7 septembre 2012.

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