Contrer l’insécurité alimentaire des nouveaux immigrants

Coopérative de solidarité des Serres du Dos Blanc

Gaétan-Philippe Beaulière

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Sanou.png.Qui dit immigration dit adaptation et adoption de nouvelles mœurs. N’empêche, on change rarement toutes ses habitudes en changeant de pays. Partout à Montréal, les communautés culturelles restent friandes de fruits et de légumes communs dans leur pays d’origine, mais peu accessibles ici. Dans certains quartiers pauvres et multiculturels de Montréal, ce fait contribue à fragiliser une sécurité alimentaire déjà précaire. Une problématique à laquelle la coopérative émergente Les Serres du Dos Blanc a décidé de s’attaquer.

La solution préconisée est d’une admirable simplicité : cultiver des produits maraîchers en serre en plein cœur du quartier visé, soit Place Benoît, dans l’arrondissement de Saint-Laurent. C’est dans le cadre du programme Projet Quartier 21, financé entre autres par la Ville de Montréal et visant à promouvoir l’agriculture urbaine, que la coopérative a été mise sur pied.

« L’objectif principal de la coopérative est de produire des fruits et des légumes pour les membres. En quoi le projet consiste-t-il? Tout d’abord, il vise l’employabilité, parce que le secteur compte une majorité d’immigrants dont le taux de diplomation est très élevé, mais qui n’occupent souvent pas d’emploi. Ensuite, il vise à favoriser la sécurité alimentaire. Il faut permettre aux gens d’obtenir des aliments de qualité, à un très bas prix », expose Issiaka Sanou, chargé du Projet Quartier 21 et membre du conseil d’administration de la coopérative de solidarité. Au terme de la démarche, du poisson ainsi que des légumes prisés par les communautés culturelles, mais généralement importés, comme l’amarante, une plante dont on peut manger les feuilles, mais aussi les graines, qui sont riches en protéines et peuvent être transformées en farine.

La solution est simple, mais son application demande un travail de longue haleine. Officiellement créée en août 2009, la coopérative espère produire ses premiers légumes en 2012. D’ici là, il faudra élaborer un montage financier et construire des serres dont la superficie sera de près de 6 000 mètres carrés.

La recherche : un aspect central
Dans un premier temps, la coopérative produira principalement des tomates. Six serres seront consacrées à la culture de ce légume dont la vente est très rentable. « Mais l’objectif à long terme est de diversifier la production », précise monsieur Sanou, agronome de formation. Graduellement, la coopérative introduira « d’autres types de cultures qui ne sont pas généralement des cultures très connues ».

Pour y parvenir, la coopérative mise sur la recherche. Car ne produit pas l’amarante et le lalou qui veut. « Les agriculteurs ne vont pas s’engager dans la culture d’un produit tant qu’ils n’en connaissent pas la technique de production. Comme il n’y a pas de centre spécifiquement voué à ce type de recherche, ces produits demeurent marginaux », explique monsieur Sanou.

Le cégep de Saint-Laurent prendra donc en charge une « serre de recherche » pour expérimenter des techniques de production de « tout ce qui est consommé par les communautés culturelles et qui pourrait être implanté ici, mais qui n’est pas encore disponible sur le marché ». C’est par ailleurs sur les terrains du cégep que les serres seront bâties. Une seconde « serre de recherche » sera pilotée par un organisme affilié au cégep, le Centre de technologie de l’eau.

Défi
La recherche et l’innovation seront donc essentielles au succès du projet. Issiaka Sanou va jusqu’à dire que « toutes les facettes du projet reposent sur l’innovation, et c’est ce qui fait en sorte qu’on prend beaucoup de temps à mettre le projet sur pied ». Les Serres du Dos Blanc se proposent de profi ter pleinement des avantages de la coopérative de solidarité en tablant sur un « partenariat multisectoriel ». En d’autres mots un ensemble de partenaires diversifiés seront mobilisés. On pense au cégep de Saint-Laurent ou à l’arrondissement du même nom, qui interviennent comme membres de soutien de la coopérative. S’ajoutent aussi les membres utilisateurs et les membres travailleurs.

La structure particulière de l’entreprise exige par ailleurs que le montage financier soit élaboré avec soin. Issiaka Sanou reconnaît que cela constitue un défi , le plus important auquel la coopérative est actuellement confrontée. « Jusqu’à présent, tout fonctionne très bien, même au-delà de nos attentes, mais établir un montage financier solide est l’étape la plus difficile ». Ce qui ne semble pas le préoccuper outre mesure. Il semble plutôt y voir une confirmation de l’intérêt de la démarche entreprise par la coopérative : « Partout où il y a de l’innovation, il faut des gens qui sont capables de réfléchir, puis d’inventer et d’ajuster le tir. On ne fait pas du copier-coller; c’est un précédent qu’on est en train de créer. »

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