Voyages AGCNQ : Vendre le Grand Nord et les traditions inuites

Stéphane Desjardins

Le bout du monde, c’est chez nous. Et ils viennent de partout pour vivre une aventure en terre inuite.

Séjourner dans un camp de pêche, admirer les ours polaires, chasser les caribous, passer une nuit en igloo, écouter des légendes narrées par des anciens, découvrir les plus anciennes formations rocheuses sur terre, apprécier le mode de vie inuit, se déplacer en traîneau à chiens ou en motoneige dans les espaces infinis… C’est ce que propose Voyages AGCNQ, une agence rattachée à la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec (FCNQ), un mouvement implanté au sein des 14 villages inuits du Nunavik, le Grand Nord québécois.

Comptant 400 employés, la FCNQ est le plus important employeur de la région. Elle emploie aussi 160 personnes à Montréal et 140 autres de façon saisonnière. Son chiffre d’affaires s’élève à 294 M$. La FCNQ gère magasins généraux, hôtels, services de télécommunication et de développement économique, entreprises en construction, distributeurs de produits pétroliers, transporteurs et… agences de voyages.

« Aujourd’hui, tu peux séjourner une semaine à la Riviera Maya pour 2000 $, billet d’avion inclus. Nous offrons aussi du tout-inclus, mais on parle de forfaits à 1000 $ par jour. C’est certain que nous sommes dans un marché de créneau. Notre clientèle est aisée, elle provient d’un peu partout dans le monde et souhaite passer au travers de sa bucket list. La culture inuite et les vastes espaces du Nord en font partie », explique Sean McDonagh, gérant d’Aventures Inuit/Aventures Arctiques. Ces deux composantes de la coopérative exploitent notamment deux camps de pêche et offrent une série d’activités dans le Grand Nord, de mars à fin avril, et de juillet à septembre.

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Crédit : AGCNQ

Un des produits les plus populaires : côtoyer de près bœufs musqués, caribous et ours polaires. Deux séjours de sept jours sont pour cela organisés chaque année. Anglais, Français, Suisses, Allemands et Américains en sont particulièrement friands. Les Américains raffolent aussi des voyages de pêche. Un fait demeure : les Québécois sont largement minoritaires au sein de la clientèle.

« On se positionne comme destination de tourisme d’aventure, ou exotique, commente Sokchiveneath Taing Chhoan, directeur principal, développement socioéconomique à la FCNQ. Nous avons développé cette année une nouvelle activité : la visite de la plus vieille formation rocheuse au monde, à Inukjuak, sur la côte de la baie d’Hudson. La formation s’étend sur quatre milles carrés et remonte à 4,3 milliards d’années, à une époque où la Terre n’avait pas d’atmosphère.

Les difficultés du Nord

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Crédit : AGCNQ

L’exploitation d’une agence touristique dans le Grand Nord n’est pas simple. Aucune route ne relie les villages : les déplacements se font obligatoirement par avion. Et la météo est capricieuse un jour sur cinq. Sur le plancher des vaches, l’agence dépend de ses guides inuits, qui connaissent le terrain, très difficile, comme le fond de leur poche. Mais il faut garantir leur disponibilité, car plusieurs ont un autre emploi. Et ils sont plus dispendieux qu’un guide « dans le Sud » (expression utilisée pour désigner le Québec méridional, où sont situées les grandes villes), car le coût de la vie est très cher dans le Nunavik.

Par contre, la FCNQ est dotée d’un avantage indéniable : elle dispose d’une infrastructure complète, avec hébergement, restauration et approvisionnement. « Notre réseau, c’est notre force », ajoute M. Chhoan.

Les activités touristiques sont en croissance, confirme Linda Alman, directrice adjointe à Voyages AGCNQ. L’agence déplace environ 2000 personnes chaque année, mais toutes ne sont pas des touristes. Plusieurs sont à l’emploi de la Fédération ou des résidents qui font la navette vers le Sud pour obtenir des services médicaux ou effectuer une visite. Beaucoup vont en vacances à Cuba, en République dominicaine ou au Mexique, voire s’y marient !

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Crédit : AGCNQ

L’agence attire chaque année une centaine de pêcheurs et une quarantaine de touristes d’aventure. À ce lot s’ajoutent environ 350 chasseurs de caribou et une quarantaine de visiteurs des parcs nordiques administrés conjointement par les autorités inuites et la Sépaq, ceux des Pingaluit (où est situé le fameux cratère du Nouveau-Québec aux eaux cristallines), de la Kuururjuak (où se trouve le mont D’Iberville, plus haut sommet québécois), d’Ulittaniujalik (baigné par la majestueuse rivière George) et de Tursujuq (et son lac éponyme, où vivent bélugas et phoques, entourés de fabuleuses cuestas).

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Crédit : AGCNQ

L’agence doit composer avec le taux d’occupation hôtelière le plus élevé au pays. « On agrandit nos hôtels continuellement, révèle M. Chhoan. On pilote actuellement un agrandissement de 30 à 40 chambres, qui doublera la capacité de notre hôtel de Kuujjuaq Et on vient d’ouvrir un centre de conférences doté d’un restaurant coop à Povonituk, au coût de 5,7 M$. »

Quand on contemple les photos de certains des territoires desservis par l’agence, on se croit en plein reportage de la National Geographic. Le Grand Nord a ceci de particulier : vous êtes souvent seul au monde dans un territoire démesuré, où les légendes inuites prennent rapidement le dessus. On en revient transformé, conquis, avec des images qui ne nous quittent plus.

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Publié en juin 2019