Une auberge pour tisser des liens

Naomie Gelper

La coopérative de solidarité Les Mains tissées offre un service d’auberge abordable à La Baie, au Saguenay, tout en soutenant des jeunes adultes de 30 ans et moins.

Lors de son retour en région, la fondatrice, coordinatrice générale et membre de la coop, Véronic Gagnon, a constaté qu’il n’était pas si simple de se trouver un emploi. « On voulait faciliter la vie des jeunes et les aider à se trouver un travail dans la région, explique-t-elle. Ça leur permettait d’avoir une première expérience dans leur CV pour débuter leur carrière. »

En 2009, la coopérative a donc été créée et, un an plus tard, le volet auberge a vu le jour. Puis, en 2011, la coop s’est tournée vers la clientèle jeunesse régionale en créant des projets d’employabilité jumelant apprentissage, expérience de travail et stage de coopération internationale.

De coop de travailleurs à coop de solidarité

Lorsqu’est venu le temps de concrétiser son projet, Véronic Gagnon a choisi le modèle coopératif, car il est plus proche de ses valeurs. « C’est une question d’égalité, indique-t-elle. On pensait qu’il serait mieux d’avoir plusieurs personnes qui gèrent un organisme pour avoir des visions différentes. » La coopérative Les Mains tissées compte aujourd’hui six membres travailleurs, 83 membres utilisateurs et 38 personnes ou organismes de soutien.

Le projet a donc débuté en tant que coopérative de travailleurs, mais il s’est par la suite mué en coopérative de solidarité. « On voulait avoir de jeunes adultes qui participent aux conseils d’administration et aux assemblées générales, afin d’avoir leur vision des choses, étant donné que c’est eux qui participaient à nos projets », exprime madame Gagnon.

Véronic Gagnon tient à préciser que l’auberge de jeunesse est avant tout un endroit de détente. « Notre clientèle attire également des gens de 30 ans et plus, des familles, des couples âgés, majoritairement européens, informe-t-elle. À la différence d’une auberge conventionnelle, les clients ont accès à une cuisine et l’endroit est plus convivial. » En plus de servir de lieu de rencontres, l’auberge sert à financer la mission sociale.

Aider des jeunes, un atelier à la fois

Le projet de la mission sociale s’étend sur six mois et se divise en deux étapes, explique Véronic Gagnon. « On a la possibilité d’avoir huit jeunes adultes par groupe, continue-t-elle. Ce sont des personnes qui ont de la difficulté à se trouver un emploi ou qui ont des problèmes de santé mentale. »

Durant les trois premiers mois, les jeunes sont amenés à participer à des ateliers de travail de groupe stimulants, qui ont pour objectif premier d’augmenter leur employabilité. Ceux-ci se déroulent sur 30 heures par semaine, du lundi au vendredi, dans des locaux de la commission scolaire à La Baie. « Les participants assistent à des ateliers sur le développement personnel, le développement de soi, l’estime de soi, mais aussi sur la communication non-violente, illustre Véronic Gagnon. Il y a également des ateliers plus pratiques comme une formation RCR, apprendre à faire du pain, du savon, à gérer leur budget. »

Les jeunes ont également accès à un plateau de travail où ils peuvent pratiquer la marqueterie, une technique de l’ébénisterie qui consiste à dessiner sur le bois. « L’objectif est de travailler leur créativité, explique madame Gagnon. On les voit alors en action, donc on peut remarquer leurs forces et ce qu’ils peuvent améliorer. »

En plus des ateliers, les jeunes sont amenés à faire des corvées dans des organismes sans but lucratif du secteur, pour qu’ils puissent connaître le réseau d’organismes communautaires.

Veiller à l’employabilité des participants

Beaucoup de jeunes qui participent aux activités de l’auberge n’ont pas terminé leur secondaire, explique Véronic Gagnon. L’idée est principalement de les réinscrire à l’école. « Il y a beaucoup de jeunes qui ont été intimidés et ne veulent pas retourner à l’école, mais ils peuvent faire des livres d’exercices dans nos locaux, explique-t-elle. S’ils ne veulent pas continuer leur scolarité, le plan de match est qu’ils trouvent un emploi ou simplement qu’ils arrivent à être mieux avec eux-mêmes. »

La deuxième phase du projet donne l’opportunité aux participants d’avoir une véritable expérience sur le marché du travail. « Durant les trois premiers mois, ils font une recherche en emploi selon leurs intérêts et leurs compétences, développe Véronique Gagnon. Ils cherchent alors une entreprise régionale qui voudrait les accueillir chez eux et qui ont un besoin. »

Les jeunes travaillent alors durant 15 semaines, avec l’idée qu’ils puissent continuer à travailler à l’auberge par la suite. « On finance une bonne partie du salaire des premiers mois grâce à l’appui financier du gouvernement fédéral », indique Véronique Gagnon. Pour l’hiver, l’équipe des Mains tissées aimerait élargir le volet de service en développement personnel aux plus de 30 ans, afin d’aider encore plus de gens de la région.

https://www.lesmainstissees.ca/

 

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