Un quartier, 80 coopératives!

Gaétan-Philippe Beaulière

Dans le quartier Sants, à Barcelone, la coopération a pignon sur rue. Pas moins de 80 entreprises y font du commerce dans le respect des principes coopératifs. Le quartier Sants n’a pourtant qu’une superficie d’un kilomètre carré… Une étonnante concentration, qu’une initiative récente, Barri Sants Cooperatiu, vise à consolider et à mettre à profit. Le Coopoint en a discuté avec madame Olga Ruiz, qui fait partie de l’équipe de communication de la Fédération des coopératives de travail de la Catalogne (FCTC), un organisme qui est intimement associé au projet.

Coopoint : Comment êtes-vous liée à Barri Sants Cooperatiu?

Olga Ruiz : Je fais partie de l’équipe de la FCTC. En plus, j’habite le quartier!

C. : Pourquoi a-t-on créé Barri Sants Cooperatiu?

O. R. : Barri Sants Cooperatiu a été lancée au début de 2009 par la FCTC et une librairie indépendante, La Ciutat Invisible, qui est elle- même une coopérative. Le projet a été créé avec l’objectif de « contaminer » de coopération le quartier où se trouve la FCTC, le quartier de Sants.

C’est en soi un quartier avec une tradition de luttes ouvrières au XIXe siècle et d’expériences communautaires importantes. Le quartier de Sants est l’une des zones de Barcelone comptant le plus grand nombre de coopératives.

Notre objectif, c’est de créer des liens entre les entreprises qui partagent des valeurs coopératives, ainsi que de répandre l’esprit coopératif dans une zone fertile qui a déjà montré sa réceptivité aux dynamiques collectives.

C. : Pouvez-vous décrire en quelques mots le projet Cooperatiu? J’ai cru comprendre qu’il s’agit d’abord de promouvoir la coopération.

O. R. : Barri Sants Cooperatiu est un projet qui veut promouvoir les valeurs et les expériences coopératives sur les plans local et communautaire. Le projet cherche à stimuler la création de coopératives dans la zone choisie, Sants, et à établir ou renforcer les liens entre les coopératives existantes.

Le projet cherche aussi à favoriser une complicité entre les coopératives qui existent sur le territoire d’implantation et établir des liens entre les entreprises et leur entourage social. Nous avons aussi un site d’information (www.sants.coop) qui répertorie les coopératives de Sants et quelques campagnes dans lesquelles nous sommes impliqués.

C. : Le site parle de la pertinence de la coopération en temps de crise. On sait que l’Espagne est assez durement touchée par la crise et que le taux de chômage y est assez élevé. Concrètement, comment la coopération a-t-elle aidé les résidents du quartier Sants à passer à travers la crise?

O. R. : Bien sûr, les coopératives n’échappent pas à la crise globale qui nous assaille. Par contre, à l’image de ce qui se passe dans le reste de la Catalogne et de l’Espagne, les coopératives du quartier ont mis en place des mécanismes qui leur permettent de résister et d’être plus fortes en temps de crise. Le nombre de coopératives créées a augmenté de 15 % en 2009 par rapport à 2008. On attribue cette formidable augmentation à la crise qui pousse les gens à s’unir et à coopérer en temps de difficulté. À Sants seulement, on a observé la création de cinq nouvelles coopératives en 2009.

C. : Quels sont les objectifs de Cooperatiu pour les prochaines années? Où sera Cooperatiu dans cinq ans?

O. R. : Nous espérons que dans cinq ans, on parlera d’un réseau de coopératives et de différentes collectivités locales, ou même d’institutions, qui partagent une vision sur les avantages de la coopération. Nous souhaitons transformer le quartier en haut lieu de la coopération, insuffler la dynamique participative et, bien sûr, créer davantage de coopératives dans le quartier. Ainsi, dans cinq ans, nous souhaitons non seulement que Sants ait bien développé son projet, mais aussi que d’autres zones de Barcelone ou même d’autres villes « copient » nos objectifs et élaborent des formes créatives pour promouvoir les valeurs et les pratiques coopératives dans leurs communautés.

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