Un arbre magique, des femmes d’exception, un potentiel de milliers de coopératives féminines

Abderrahim Izirri

Depuis des siècles, les femmes amazighes (berbères) produisent et commercialisent collectivement l’huile d’argan. Ces activités leur permettent de gagner une part importante du revenu de leur famille.

L’arganier est un arbre très résistant aux rameaux épineux de 8 à 10 mètres de haut et qui peut vivre de 150 à 300 ans. Il est parfaitement adapté à l’aridité du sud-ouest marocain, où il pousse exclusivement depuis 80 millions d’années. On l’appelle aussi « arbre de fer » en raison de la dureté exceptionnelle de son bois, qui est essentiellement utilisé comme bois de chauffage. Ses feuilles et ses fruits servent quant à eux de fourrage pour les chèvres.

L’huile d’argan est utilisée par la population amazighe depuis des siècles. Reconnue pour ses vertus alimentaires et cosmétiques, elle se taille lentement une place parmi les produits de beauté occidentaux. L’huile d’argan, encore méconnue il y a quelques années en Occident, est devenue un produit phare des rayons cosmétiques. Appliquée pure, en soin de beauté à part entière, ou utilisée comme ingrédient dans des crèmes, des shampooings, des baumes ou des gels douche, elle fait beaucoup parler d’elle.

L’arganier a, outre l’avantage de fournir une huile précieuse, des atouts écologiques, car son système racinaire très développé contribue à fixer les sols et à les protéger de l’érosion. Cet arbre permet ainsi de limiter la désertification du Maroc, une région très sèche. Il a d’ailleurs été classé en 1998 au patrimoine mondial de l’UNESCO.

En chiffres, l’arganier, c’est :

  • 800 000 hectares plantés, soit 15 % de la forêt du Maroc;
  • de 10 à 30 kg de fruits par arbre annuellement. Il faut environ 38 kg de fruits pour produire un litre d’huile; une production annuelle de 2 500 à 4 000 tonnes d’huile, selon les températures;
  • une ressource qui fait vivre près de 3 millions de personnes.

L’arganeraie constitue le dernier rempart dans la région contre l’avancée du désert. Or, elle régresse en termes de superficie (en moyenne de 600 hectares par an depuis le début du siècle dernier) et surtout de densité. En effet, en moins d’un demi-siècle, la densité moyenne de l’arganeraie nationale est passée de 100 arbres à 30 arbres par hectare.

La docteure Zoubida Charrouf, professeure à l’Université Mohamed V de Rabat, au Maroc, et titulaire d’un doctorat sur l’étude de l’arganier, tente de lutter contre la déforestation de l’arganier. Estimant que l’arganier est une ressource vitale pour le Maroc et qu’il joue un rôle socioéconomique important, elle a consacré plus de 16 ans de sa vie à mettre en place les premières coopératives féminines de traitement de l’huile d’argan.

Ces coopératives marocaines féminines con- sacrées exclusivement à la production d’huile d’argan regroupent plus de 2 000 femmes des localités. Le regroupement de ces femmes sous forme de 400 coopératives leur garantit un revenu équitable, leur permet d’être mieux organisées et de perpétuer la tradition plus que millénaire de la fabrication de l’huile d’argan artisanale pressée à la main. La formule coopérative a permis de valoriser le savoir-faire des femmes rurales, de rompre un certain isolement, de stabiliser les populations des zones rurales et, par le fait même, de freiner l’exode rural. De plus, en étant regroupées, les femmes peuvent plus facilement suivre des formations et se prendre en charge.

Pour la docteure Zoubida Charrouf, la solution à la disparition de l’arganier passe par la valorisation de ses produits. C’est pourquoi, en plus de la création de nombreuses coopératives, elle fait campagne pour une meilleure gestion des produits de l’argan et pour obtenir une appellation d’origine contrôlée (AOC) pour l’huile d’argan. L’huile produite par les coopératives respecte les normes de santé internationales et est certifiée biologique. Le travail exceptionnel des membres de la coopérative a été reconnu lorsque la coopérative Amal de Tamanar a reçu le Prix pour la biodiversité 2001, accordé par le mouvement international Slow Food.

Pour d’autres, la solution passe aussi par l’assouplissement des procédures pour la mise sur pied des coopératives par et pour ces femmes et la création d’un fonds destiné uniquement aux coopératives féminines qui s’occupent de l’arganier. La multiplication du potentiel de coopératives féminines reste néanmoins timide.

Une nouvelle dynamique est en route grâce à l’essor du marché de l’huile d’argan, mais surtout en raison de la volonté des femmes qui pensent aux différentes avenues offertes par la coopération. Ces femmes jouent un rôle primordial par leur solidarité et leur volonté collective. Elles sont le point de rencontre des différentes pratiques de l’économie sociale et de la coopération à travers les générations. Aujourd’hui, elles jouent un rôle de changement sociétal, elles pensent autrement et revendiquent le droit de s’organiser autrement. Bref, elles revendiquent le droit d’être innovatrices…

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