Travailler l’été… Pourquoi pas ?

Coopératives jeunesse de services

François Léveillé

À l’été 1988, c’est dans la ville de Hull qu’une quinzaine de jeunes se sont rassemblés pour la première fois pour former leur coopérative et ainsi mettre leurs efforts en commun afin de se donner une première expérience de travail. Inspirés par une initiative semblable qui avait bien fonctionné l’année précédente à Hearst, en Ontario, les jeunes qui ont alors pris part au projet de la coopérative jeunesse de services (CJS) de Hull ne se doutaient pas que plusieurs milliers d’autres coopérants de 13 à 17 ans les imiteraient au fil des ans! L’été 2012 marquait la 24e saison des CJS au Québec. Et ce sont 145 projets qui ont animé des communautés de partout au Québec, rassemblant un peu plus de 1 500 coopérants et quelque 250 animateurs embauchés pour aider les jeunes à mener leurs projets à terme.

Une CJS, c’est quoi?
Une CJS, ça commence par une communauté qui se mobilise pour offrir un projet valorisant et motivant à ses jeunes pour l’été. Divers acteurs de la communauté se rassemblent pour former un comité local et mettre le projet en branle : budget de fonctionnement, partenariats, logistique, etc. Le comité local est aussi responsable de l’embauche de deux animateurs, qui se lanceront à leur tour dans une phase de recrutement des coopérants vers la fin de l’année scolaire. L’objectif : recruter une quinzaine de jeunes d’âge secondaire qui veulent profiter de leur été pour acquérir une expérience de travail, apprendre à gérer une entreprise coopérative, développer leur autonomie, rencontrer des gens et, bien sûr, faire un peu d’argent de poche, bien que cela ne soit pas l’objectif fondamental du projet.

Guidés par leurs animateurs, les coopérants mettent donc sur pied un projet calqué sur le modèle de la coopérative de travail : formation des membres, élection d’un conseil d’administration, formation des comités de travail. Ensuite, les jeunes décident ensemble, de manière démocratique et la plus autonome possible, quels services ils veulent offrir à la communauté, à quels prix, quels moyens seront pris pour en faire la promotion, etc. Dès le début juillet, les CJS lancent officiellement leurs activités et s’activent à décrocher des contrats dans leur communauté, à organiser des activités d’autofinancement ou à s’engager bénévolement. La saison de la CJS se termine habituellement autour de la mi-août.

Guillaume Goulet, qui en est à sa deuxième année à la CJS Ado-Coop de Saint-Augustin et qui agit cette année à titre de président, résume ainsi le projet : « Ce sont des jeunes qui travaillent et qui apprennent à gérer une mini-entreprise coopérative. Tu développes tes aptitudes dans le plaisir! »

Un peu d’argent, beaucoup d’apprentissages!
Qu’on se le dise : un adolescent qui prend part à la CJS n’en retirera pas autant d’argent que son voisin qui se fait engager au dépanneur du coin. Mais l’expérience promet d’être riche en apprentissages variés! L’objectif fondamental de la CJS est d’offrir aux coopérants une première expérience de travail, une occasion de développer leur autonomie, leur confiance en eux et une foule d’autres caractéristiques liées à l’un des trois aspects du projet : l’entreprise, la coopérative et le travail, soit la réalisation des contrats.

Force est de constater que le modèle fonctionne, parce que plusieurs coopérants reviennent d’année en année! Jérémie Poirier, qui en est à sa deuxième participation à la CJS de Buckingham, décrit ainsi ses apprentissages : « J’ai aimé ça, l’année dernière. Ce projet m’est bénéfique pour les années à venir. J’ai acquis de l’expérience de travail, j’ai travaillé en groupe et administré une entreprise. J’ai adoré la dynamique du groupe. Tout au long de l’été, on s’est encouragés et motivés. Tout le monde participait! J’ai appris beaucoup de choses! J’ai surtout appris à travailler. Par exemple, pour une tonte de gazon, j’ai appris comment bien la faire et comment aborder les clients. »

Nul doute que les apprentissages sont multiples et diversifiés. D’ailleurs, en 1997, un groupe de recherche de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se penchait sur la nature multidimensionnelle de l’apprentissage CJS et la complémentarité de l’apprentissage CJS à l’environnement scolaire1.

Des partenariats solides
C’est le Réseau de la coopération du travail du Québec qui assure la coordination du projet CJS à l’échelle du Québec, en collaboration avec des organismes régionaux qui font le pont avec les comités locaux un peu partout sur le territoire. L’organisme régional de développement (ORD) accompagne notamment les comités locaux dans l’organisation, l’embauche, la formation et le soutien aux animateurs, tout ça, bien sûr, en étroite collaboration avec le Réseau.

Sur le plan financier, les projets CJS ont la chance, depuis maintenant plus de 10 ans, de pouvoir compter sur le soutien national du Fonds étudiant de solidarité travail Québec II, qui regroupe trois partenaires financiers majeurs : la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ ), le Fonds de solidarité FTQ et le gouvernement du Québec. Le Fonds II assume annuellement les salaires d’environ 150 animatrices et animateurs, en plus de contribuer grandement au volet formation. Et si le projet CJS est une formidable source d’apprentissages pour les coopérants, il offre aussi un emploi d’été très stimulant aux étudiants de niveau collégial ou universitaire qui seront embauchés à titre d’animateurs auprès des coopérants!

Marie-Katryn Dagenais-Martel, animatrice à la CJS Actions-Jeunesse de Stanstead, en Estrie, résume sa saison 2012 en disant que : « Lors de la formation initiale des animateurs, on nous répétait constamment combien les jeunes sortiraient grandis de cette expérience et que nous aussi, nous en ressortirions changés. Eh bien… c’est vrai! J’ai appris beaucoup de choses sur le côté humain qui me serviront grandement dans ma future carrière! Je crois que le projet CJS est un projet extraordinaire qui sème une graine d’entrepreneur chez les coopérants et qui les aidera peu à peu dans le cheminement de leur vie. Les adolescents ont besoin de projets auxquels s’accrocher, et celui-ci en est un exceptionnel! »

Ajoutons à cela un nombre important de partenaires locaux qui œuvrent pour offrir aux jeunes de leur coin la possibilité de joindre une CJS. Pas de doute que le projet continuera à rayonner pour les 20 prochaines années partout au Québec… et ailleurs dans le monde! Parce que, depuis quelques années, le Réseau travaille avec plusieurs organisations à l’extérieur du Québec pour exporter le modèle CJS. Deux CJS sont en activité au Nouveau Brunswick et trois au Manitoba. Il semble que l’Alberta manifesterait également de l’intérêt.

Ça ne s’arrête pas là! Des expériences sont aussi en cours de l’autre côté de l’Atlantique, notamment en France, dans la région du Poitou- Charentes, et même au Burkina Faso! Si la structure à l’étranger n’est pas toujours identique en tous points à celle des CJS du Québec, l’objectif de fond reste bien le même : rassembler des jeunes dégourdis et leur donner la possibilité d’agir dans leur communauté et d’apprendre!

  1. BOUCHARD, Marie et J-M. FONTAN, 1997. Les coopératives jeunesse de services : apprentissage multidimensionnel, impact éducatif et complémentarité à l’environnement scolaire, Chaire de coopération Guy Bernier, École des sciences de la gestion – Université du Québec à Montréal (UQAM), p. i.

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