L’électricité verte au secours de la France

Coopérative Enercoop

Alexandre Couture

Les nouveaux compteurs intelligents imposés par Hydro-Québec ont semé la controverse depuis leur arrivée dans les foyers québécois. Mais qu’arriverait-il si le marché de l’électricité devenait ouvert à la concurrence comme en France ? Depuis quelques années, toutes les entreprises peuvent offrir leur service à la population et une coopérative se démarque particulièrement. Enercoop est le seul opérateur à fournir de l’électricité 100% renouvelable.

Regard sur une compagnie qui tente de révolutionner le milieu énergétique

Revenons au 1er juillet 2005, la France ouvre le marché de l’électricité à la concurrence. Les grands opérateurs perdent leur monopole, toute compagnie peut alors proposer de l’électricité à des entreprises. On bascule ainsi d’un modèle réglementé dans lequel le service énergétique est assuré par une entreprise publique, vers un modèle libéral où des entreprises privées se partagent la fourniture d’électricité.

Fondée en septembre 2005, la coopérative Enercoop propose une troisième option, de forme privée, mais d’intérêt public. «Le contexte énergétique n’était pas très serein à l’époque, le programme nucléaire allait bon train alors que les ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) diminuaient de plus en plus rapidement», explique la chargée de projets, Maëlle Guillou. Dans ce contexte, une alternative plus écologique semble essentielle au marché français de l’électricité.

Quand coopérative rime avec développement durable

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est enercoop2.png.Face à l’urgence de la situation et à la libéralisation inéluctable du secteur de l’électricité, des acteurs de l’économie sociale et solidaire et des énergies renouvelables se réunissent au printemps 2004, à la veille de l’ouverture du marché pour ensemble réinventer un modèle éthique et responsable. « Au-delà de commercialiser l’électricité, nous avions des ambitions précises, explique Mme Guillou. Nous voulions promouvoir les énergies renouvelables, défendre la maîtrise de la consommation d’énergie, décentraliser la production et offrir à chaque citoyen la possibilité de s’approprier l’accès à l’énergie ».

Adoptant la forme de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), Enercoop choisit la formule coopérative pour sa transparence. «Autour de nos projets, nous réunissons des acteurs pouvant avoir des intérêts divergents (producteurs, consommateurs, associations, collectivités locales et salariés de la SCIC), selon un fonctionnement démocratique et transparent répondant à la règle 1 personne = 1 voix », poursuit-elle. De plus, la quasi-totalité des bénéfices est réinvestie dans de nouveaux moyens de production au profit des énergies renouvelables et de la maîtrise de la consommation d’énergie.

« L’objectif ultime était de décentraliser non seulement la production, mais les décisions aussi et éventuellement répéter ce modèle au niveau local en réunissant les élus, les consommateurs et les producteurs », observe la chargée de projets. Les personnes à l’origine du projet ont ainsi inventé un nouveau concept politique, dans la lignée de l’économie sociale et solidaire, à mi-chemin entre le capitalisme et le socialisme. En septembre 2006, Enercoop reçoit l’agrément «entreprise solidaire».

Une expansion muselée par un marché difficile

Enercoop reçoit alors ses premiers contrats professionnels et la coopérative accepte les contrats de 433 militants un peu plus tard en juillet 2007. «Au- delà d’un acte de « consom’action », ces personnes choisissaient en grande majorité d’aller plus loin dans leur engagement et d’adhérer au capital Enercoop, en devenant des sociétaires pouvant faire entendre leur voix, prendre position et influer les décisions au sein de la coopérative », dénote Maelle Guillou.

Basée à Paris, la coopérative s’est étendue dans plusieurs régions françaises. Enercoop a développé  des relais régionaux, dans une démarche de décentralisation et de réappropriation citoyenne de l’énergie. « Nous avons 9 instances régionales en France, chacune d’elle répond aux mêmes valeurs de la mission coopérative », lance Mme Guillou.

En 2014, Enercoop montrait une belle progression avec 22 000 consommateurs et 15 sociétaires. Un bémol cependant: le prix de l’électricité plus élevée puisque la coopérative veut assurer un prix équitable pour les producteurs. «Nous sommes les plus chers du marché », consent-elle. Une différence de prix qui effraie plusieurs consommateurs.

Une loi qui changera tout

Adoptée à l’Assemblée nationale de France en mai 2015, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte changera le portrait énergétique de l’Hexagone.

Ce projet de loi a des objectifs ambitieux:
 
• Réduire la consommation énergétique finale de 50% en 2050 par rapport à 2012
 
• Diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050

• Réduire la consommation d’énergies fossiles de 30% en 2030 par rapport à 2012

• Porter la part des énergies renouvelables à 23% de notre consommation énergétique finale brute en 2020 et à 32% en 2030 (elle était de 13,7% en 2012)

• Faire revenir la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025.

«C’est une excellente nouvelle pour les gens comme nous qui croient à l’utilisation des énergies renouvelables », s’exclame Maelle Guillou. Le projet prévoit également la création de sociétés d’économie mixte (public-privé) hydroélectriques. C’est donc des millions de dollars qui seront investis dans des entreprises collectives comme Enercoop, une bénédiction pour les acteurs du développement durable, longtemps tenus à l’écart.

Avec la Conférence de Paris sur les changements climatiques prévue pour décembre 2015, plusieurs croient que ce projet de loi est une preuve de bonne foi de la part du gouvernement français. Dans tous les cas, nos cousins français semblent prêts pour une révolution écologique, une bonne nouvelle pour Enercoop, mais aussi un exemple pour le Québec. 

Coopérative Enercoop

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