Économie verte

Stéphane Desjardins

Dans pratiquement tous les pays du monde, 2018 est, jusqu’à maintenant, l’année la plus chaude depuis que l’on enregistre les températures.
Et 2017 avait établi son propre record historique… D’un côté, le président de la première superpuissance et la plupart des partis de droite dans
le monde professent leur foi climatosceptique. De l’autre, des citoyens ordinaires et de plus en plus de décideurs se relèvent les manches et ont décidé d’agir pour transformer les mentalités et, surtout, les habitudes.

Ce changement est profond et touche toutes les sphères de l’économie et de
la société. Ils sont plusieurs à considérer qu’il se fait trop lentement, que les
gouvernements se traînent les pieds, que nombre de décideurs publics et privés tiennent un double discours, que les pires scénarios imaginés par les écolos, dès les années 1960, vont quand même se réaliser. C’est mal connaître la formidable capacité d’adaptation du genre humain. Car le mouvement de renouveau est déjà commencé et, chaque jour, les initiatives pour verdir l’économie se succèdent à un rythme qui donne le vertige.

Coop = vert
Plus le temps passe, plus nous nous rapprochons du repositionnement d’une économie de marché mondialisée, qui ne tient pas compte des externalités vers un véritable développement durable. Et la coopération est au centre de ce mouvement.

« L’économie verte, le développement durable, c’est bien. Mais on échappe quelque chose de fondamental : le social. Le véritable changement ne pourra se faire sans lui », explique Léopold Beaulieu, PDG de Fondaction.

Les coopératives, les entreprises d’économie sociale et les OBNL sont particulièrement bien placés pour s’inscrire dans le mouvement de
l’économie verte, selon lui. « Leur nature les prédispose tout particulièrement à mieux intégrer les prérogatives environnementales que les entreprises à capital-actions, axées avant tout sur la maximisation du profit, dit-il. La gouvernance et la propriété collective amènent une autre vision d’entreprendre. Il n’est pas garanti que les coops se préoccupent d’environnement, mais c’est leur nature de se soucier des intérêts
communs. »

En fait, pour entrer dans la danse, il faut que les directions des coops soient sensibles à la cause environnementale. Et qu’elles implantent des stratégies de développement en conséquence. «Elles doivent être communiquées adéquatement pour que les membres comprennent que c’est dans leur intérêt de les intégrer à leurs habitudes », dit-il.

Ça avance
Selon Léopold Beaulieu, on a dépassé le stade des balbutiements. Mais il reste beaucoup de progrès à faire dans tous les secteurs de l’économie.
« Les spécialistes affirment tous que nous avons pris beaucoup de retard, dit-il. D’autant plus que, d’un point de vue financier, le risque environnemental n’est pas banal. Ça va se traduire par des coûts de plus en plus élevés pour toutes les entreprises. Les coops n’y échapperont pas.»

Le PDG rappelle que les coops, les entreprises d’économie sociale et les OBNL représentent 10% du PIB québécois, mais 30 % des investissements réalisés par Fondaction. « Avant d’investir, on regarde la dimension économique et financière, mais aussi sociale, culturelle et, évidemment, environnementale, reprend-il. On analyse le secteur dans lequel elles évoluent et on compare leurs externalités. C’est un autre rapport au temps: on ne cherche pas le rendement maximisé à court terme. On cherche l’efficience à moyen/long terme. »

Il ajoute que si une coopérative soumettait un projet d’exploitation d’un gisement de pétrole, Fondaction n’y investirait tout simplement pas. Même si c’était rentable ? « Financièrement, ce serait peut-être intéressant à court terme. Mais ça rapporterait beaucoup moins à long terme en tenant compte de tous les impacts, y compris du point de vue économique. »

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