Accompagnement des coopératives : une meilleure stabilité

Simon Van Vliet

Les coopératives n’ont pas été épargnées par les transformations du réseau de soutien au développement économique local et régional survenues au cours des dernières années.

« Il y a eu un bouleversement dans l’écosystème, mentionne Jean Gosselin, directeur général de la Coopérative de développement régional du Québec (CDRQ). Les changements de structures et les mouvements de personnel ont eu des effets variables d’une région à l’autre. Les gens ont perdu leurs repères », analyse celui qui assume également la direction régionale de Québec-Appalaches à la CDRQ, en soulignant que, après deux ans de transition, le réseau commence tout juste à se remettre de la récente réforme.

Rappelons que, en 2015, le gouvernement du Québec a réduit de 50 % les enveloppes destinées au financement des centres locaux de développement (CLD) et des corporations de développement économique communautaire (CDEC). Ces compressions, que d’aucuns qualifient de processus d’optimisation alors que d’autres assimilent aux mesures d’austérité qui ont marqué le début du mandat du gouvernement Couillard, ont eu des impacts dans le réseau de soutien à l’économie sociale et aux coopératives. De l’avis de plusieurs, l’accompagnement en phase de prédémarrage ou de préfaisabilité est celui qui a le plus souffert.

Luc Rabouin, qui a brièvement assumé la direction de la CDEC Centre-Sud/Plateau-Mont-Royal à Montréal en 2014-2015, est catégorique : « Il y a beaucoup moins d’argent dans le système, déplore celui qui est aujourd’hui directeur du développement stratégique et des communications à la Caisse d’économie solidaire. Par conséquent, il y a moins d’accompagnement pour les entreprises collectives », tranche-t-il. Il souligne que le réseau PME MTL, qui a remplacé les CLD et les CDEC dans la métropole, compte deux fois moins de postes de conseiller en économie sociale qu’il y a deux ans.

Bouleversements

Beaucoup de gens ont « changé de chaise » dans la foulée de la refonte des structures de soutien au développement économique local et régional, note pour sa part Jean Gosselin, qui indique que 50 % du personnel actuel de la CDRQ provient d’autres organisations. « Les acteurs sont en place dans les nouvelles structures. Je pense que nous sommes mieux organisés maintenant », tempère-t-il. Selon lui, après une période d’instabilité, la réorganisation des structures a permis de se donner une vue d’ensemble, interrégionale et intersectorielle, des enjeux de développement coopératif. Elle a aussi permis de favoriser une meilleure mise en commun des ressources et des expertises pour accompagner les coopératives.

J. Benoît Caron, directeur général du Consortium de ressources et d’expertises coopératives (CREC), abonde dans le même sens. « On n’a pas restreint ou diminué l’offre de services aux coopératives. Au contraire, on l’a bonifiée », renchérit celui qui préside aux destinées de ce centre de services partagés pour les réseaux coopératifs, mutualistes et de l’économie sociale. Ce service de deuxième ligne propose aux promoteurs de projets coopératifs accompagnés par la CDRQ d’accéder, à prix abordable, aux services d’une quarantaine de spécialistes dans divers secteurs. « Je ne pense pas qu’on manque de ressources », insiste-t-il. Le défi, selon lui, c’est de s’assurer que les entreprises coopératives sont bien accompagnées par la CDRQ.

« Notre travail, c’est de préparer un bon projet », confirme Jean Gosselin. Sa collègue Marie-Claude Simard, conseillère en développement coopératif à la CRDQ Montréal-Laval, ajoute qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance du « travail en amont », qui permet aux promoteurs d’étayer la viabilité et la faisabilité financière de leurs projets d’affaires ou le potentiel de commercialisation de leurs produits et services. Il s’agit là d’une étape clé dans l’élaboration d’un montage financier crédible, qui permettra de convaincre des bailleurs de fonds d’investir dans le projet.

Problèmes dans la techno

Marie-Claude Simard déplore que certains projets achoppent à cette étape préliminaire, notamment dans le secteur technologique, où les jeunes pousses coopératives peinent par exemple à accéder aux programmes fédéraux de financement en recherche et développement, ainsi qu’en soutien à l’innovation.

À l’échelle locale, les promoteurs coopératifs peuvent toutefois financer une partie de leur prédémarrage grâce à des subventions financées à même le Fonds de développement de l’économie sociale, ou avec les prêts pour aide technique du Réseau d’investissement social du Québec (RISQ).

Le Fonds d’innovation pour la gouvernance et la gestion des entreprises collectives (INNOGEC), mis en place par le MESI, Fondaction, Filaction et la Caisse d’économie solidaire, finance quant à lui les services-conseils, notamment en matière de planification d’affaires ou d’étude de marché. Le Réseau COOP a pour sa part mis sur pied un parcours d’accompagnement spécialisé pour les entrepreneurs collectifs afin de les aider dans la rédaction de leurs plans d’affaires.

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