Camping Coop des Érables : Investir collectivement dans l’avenir

Louis d’Or

Voici l’histoire de citoyens qui fondent une coop pour diriger la destinée de leur terrain de jeu familial préféré.

Un camping qui cherche un repreneur. Une coop qui prend le relais. Ce scénario se répète de plus en plus souvent au Québec. Le Camping Coop des Érables, à Montmagny, s’inscrit justement dans ce mouvement qui modifie tranquillement le portrait d’un secteur de l’économie en pleine croissance.

En 1983, plusieurs campeurs de la région de Québec apprennent avec stupeur la faillite de leur terrain de camping favori. Pas question que ferme leur petit coin de paradis ! Ils créent alors l’Association de camping de Montmagny L’Islet. La Caisse populaire de Saint-Michel, qui exploite le camping depuis sa faillite, contacte l’association, qui entame rapidement une campagne de recrutement de membres d’une éventuelle coopérative. Cinquante-neuf personnes répondent à l’appel.

« Nous étions tous déjà sur le terrain ; on connaissait parfaitement les enjeux, explique Madeleine Lachance, vice-présidente et cofondatrice de la nouvelle coopérative de services. La formule coop avantageait tout le monde, puisqu’elle permettait aux campeurs de racheter le camping et de s’impliquer dans son fonctionnement. Le côté collectif l’a emporté. »

Avant la fin de la présente saison, le camping comptera 345 emplacements, dont 192 terrains saisonniers et 155 destinés à des gens de passage (selon la formule « pull thru » 3 services).

L’industrie québécoise du camping est un plein essor : « C’est un excellent moyen de voyager de manière abordable, commente Lyne Jobin, présidente du conseil d’administration. Tout comme pour les gens qui s’installent ici pour la saison. Ils apprécient le fait d’être dehors et que tout, ici, est conçu pour la sécurité des usagers. Les enfants sont rois et maîtres. Les rues leur appartiennent. Et elles sont pavées, ce qui est idéal pour les parents qui promènent leurs tout-petits en poussette. »

En croissance
La demande en emplacements connaît une croissance soutenue. Il a fallu augmenter le nombre d’emplacements saisonniers en rognant sur ceux qui peuvent recevoir des campeurs de passage. Or, si les saisonniers apportent une stabilité financière, le marché des campeurs de passage génère une part importante du chiffre d’affaires. « Nous ne voulions pas nous couper de cette clientèle, explique Mme Jobin. Nous avons donc décidé d’aménager de nouveaux terrains. On ne manque pas d’espace, puisque 20 % du domaine n’est pas exploité. »

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Crédit : Camping Coop des Érables

Le camping s’est doté d’un plan de développement oscillant entre 3 et 4 M$. Sa direction procède toutefois prudemment, par étapes. Le camping réinvestit tous ses trop-perçus dans la réfection de ses infrastructures. Il vient tout juste de refaire ses installations septiques, ce qui a entraîné une facture s’approchant du million. La coop finance ses dépenses avec ses économies ainsi qu’avec l’appui de Desjardins Capital de risque et d’Investissement Québec.

La direction doit bientôt trancher entre deux projets : celui d’ajouter une deuxième piscine avec un parc pour enfants ou d’installer des jeux d’eau dans la piscine existante. Le camping comprend quatre blocs sanitaires, qui doivent être rafraîchis, et on envisage d’en construire un cinquième. Trois disposent d’une buanderie, tous ont des douches, et l’un d’eux est jumelé à une salle multifonctionnelle qui permet de tenir des activités en cas de pluie, comme des soupers communautaires. Il est question de bâtir une deuxième salle.

L’avenir
« On croit fermement en l’avenir, assure Mme Jobin. On réinvestit continuellement dans l’entreprise pour rénover nos infrastructures par phases. Les membres s’impliquent beaucoup dans la gestion et l’organisation d’activités. Ils développent ainsi un fort sentiment d’appartenance. Ils prennent ça à cœur. La propreté, la sécurité, l’harmonie, c’est important. Les campeurs négligents se font rapidement avertir ! »

Mme Jobin le reconnaît : l’industrie du camping va mieux que jamais. Elle croit en l’avenir.

La clientèle du Camping Coop des Érables provient principalement de la région de Québec et de la Beauce, de même que de l’Estrie, du Saguenay et de la Gaspésie. Parmi les campeurs de passage, on compte une majorité en
provenance de Montréal, mais aussi beaucoup de l’Ontario et des États-Unis.

Le camping se différencie notamment par ses terrains, dont la superficie est plus grande qu’ailleurs. Et par l’esprit d’entraide qui règne parmi ceux qui le fréquentent. Il emploie une dizaine de personnes, auxquelles s’ajoutent quatre surveillants de piscine. Un seul compétiteur — un camping municipal — est situé tout près. Sinon, le prochain est à 40 km, et l’écart de prix est important. « Notre tarification est l’une des moins élevées sur le marché, malgré la qualité de nos services, reprend Lyne Jobin. Certains clients nous disent que nous ne facturons pas assez cher ! Nous, on voit ça comme un avantage pour nos membres. »