Villes collaboratives: apprendre à coopérer tous ensemble

Anne-Gabrielle Ducharme

À une époque où la moitié de la planète habite en ville, on peut considérer ces dernières comme les écosystèmes du 21e siècle. Leur saine gestion est donc plus importante que jamais. Les « Sharing cities », ou « Villes collaboratives », sont basées sur un mode d’organisation qui a de quoi intriguer. Leur capacité à faire plus avec moins, et ce, tout en maximisant les habiletés citoyennes, est de plus en plus documentée.

« Une ville collaborative en est d’abord une ville intelligente, explique la sociologue urbaine Monica Bernardi. C’est une ville qui sait utiliser les outils à sa disposition, qui connaît ses ressources, et qui croit au partage pour répondre à des problèmes sociaux, environnementaux et économiques », poursuit la chercheuse. 

Pour définir ce concept, Bernardi insiste sur l’importance de la participation, tant des acteurs de la société civile que des pouvoirs publics. « Pour se mettre en place de façon efficace, une ville collaborative nécessite une administration prête à chapeauter des initiatives en provenance de la base », ajoute la doctorante à l’Université de Milano-Bicocca en Italie. Notons qu’il existe plusieurs façons d’organiser une ville collaborative. Elle découle soit de mesures dictées par la municipalité, soit de suggestions issues de la population.

« À Milan et à Amsterdam, ce sont des groupes de la société civile qui ont proposé à leurs administrations des idées (…) »

« Dans le cas de Séoul, ce sont les autorités municipales qui ont déclenché des audiences publiques sur le thème du partage, afin d’élaborer des mesures en ce sens. Par contre, à Milan et à Amsterdam, ce sont des groupes de la société civile qui ont proposé à leurs administrations des idées où les nouvelles technologies et les valeurs collectives étaient mises de l’avant », illustre Bernardi.

Pourquoi partager?

La volonté de villes comme Séoul d’intégrer des pratiques de partage découle avant tout d’impératifs liés à l’efficience. Cette capitale asiatique était en effet confrontée à des problèmes de plus en plus communs pour les centres urbains, soit le manque de ressources et d’espace, et la croissance démographique rapide.

« On sait aujourd’hui pertinemment que l’État n’est pas capable de combler tous les besoins de sa société. Faire appel aux citoyens et à une logique de partage permet aux gouvernants de faire plus avec moins, d’allouer de meilleures conditions de vie aux habitants et de réduire l’empreinte écologique de leurs activités », affirme la sociologue.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est wooboo.png.Pensons aux nombreuses innovations en transport collectif. Les bornes de partage de vélos, ou des applications telles Uber et Lyft, offrent des services complémentaires aux systèmes de transport public traditionnels, afin de pallier les lacunes de ces derniers. Or, le partage remplit aussi des besoins d’ordre personnel. « Des applications de « social eating », comme Zip-bob en Corée et Gnammo en Italie, ont vue le jour afin de rebroder un sens de la communauté », mentionne la chercheuse qui s’intéresse aux conséquences de la société de l’information sur la santé. Beaucoup d’applications ne limitent en effet pas le partage à des espaces virtuels, et donnent lieu à des interactions humaines.

« Alléger les processus décisionnels permet aux citoyens de croire qu’un vrai changement est opérable »

Quoi faire pour y arriver

Quelles actions peut poser une ville pour transiter vers le modèle des «Villes collaboratives »? « Alléger les processus décisionnels permet aux citoyens de croire qu’un vrai changement est opérable », débute Bernardi. Une vision lourde de la bureaucratie alimente de fait le cynisme, limitant l’éclosion de projets citoyens.

« Elle peut aussi créer des fonds pour financier les initiatives qui s’inscrivent dans l’économie collaborative, créer des entités dont le but est de recruter des acteurs externes prêts à documenter et élaborer des innovations, mettre à disposition une plateforme répertoriant les services de partage existants, etc.», énumère-t-elle.

La Maison de la collaboration de Milan est un exemple incarnant bien les services offerts par une « sharing city ». « Cette institution met l’accent sur l’éducation citoyenne : on y apprend comment lancer une campagne de sociofinancement, articuler une idée en projet concret, mettre sur pied un événement communautaire et travailler en équipe », exemplifie la passionnée de ce nouveau paradigme de gestion.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est seoul.png.Or, un point sur lequel les villes dont le processus de conversion est déjà enclenché doivent davantage insister est la conscientisation des citoyens. « Les gens sont encore très peu au courant que ce phénomène est en cours. À Séoul, même si le Manifeste pour une ville de partage a été entériné en 2012, les citoyens n’optimalisent pas les instruments disponibles», souligne la chercheuse. Les pouvoirs publics gagneraient donc à mener de bonnes campagnes de communication.

Quel écho à Montréal?

Déjà sur les rails de l’économie collaborative, Montréal fait preuve d’ouverture aux nouveaux axes de la gestion urbaine. Son accueil du « New Cities Summit », tenu en juin dernier sur le thème de « The Age of Urban Tech », ou « L’âge des technologies urbaines », en témoigne d’ailleurs.

Monica Bernardi, bien que n’étant pas spécialiste du dossier montréalais, lègue ce conseil à nos dirigeants: « Il faut adopter une attitude ouverte à l’expérimentation et aux nouvelles façons de faire. Il y a en effet un coût à ne pas joindre le mouvement de l’économie du partage, car celle-ci regorge de potentiel».

Elle suggère aussi aux résidents de la métropole québécoise de prendre les devants, et de soumettre des projets à leurs élus si la cadence de ces derniers les laisse sur leur faim. Des villes comme Milan et Amsterdam sont d’ailleurs la preuve de l’acuité de ce conseil: elles opèrent activement le virage grâce aux aspirations entrepreneuriales de regroupements citoyens.

 

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