Un toit participatif en France

Alexandra Lopis

Souvent perçu comme une alternative entre la construction, l’achat, la location immobilière et le logement social, l’habitat participatif séduit de plus en plus de Français. Des expériences récentes montrent que ce type d’habitation gagne du terrain, même s’il reste beaucoup à construire.

Depuis 2005, la Fédération française de Coopératives d’Habitants (Habicoop) accompagne les projets de coopératives d’habitation: «Nous avons créé la Coordin’action nationale de l’Habitat participatif, regroupant tous les acteurs du milieu, peu importe leur structure, pour promouvoir et développer l’habitat participatif. Nous avons travaillé avec le ministère du Logement du gouvernement de 2012 sur l’article 47 de la loi ALUR», explique Pete Kirkham, coprésident de la Fédération et membre fondateur de Coordin’action.

Cette loi sur l’accès au logement, adoptée en 2014, a fixé les règles juridiques qui manquaient à l’habitat participatif. Elle a notamment créé deux structures adaptées: la société dite «d’attribution et d’autopromotion» et la coopérative d’habitants (ou coop d’habitation).

« En Norvège, les coopératives représentent 20% des logements du pays. À Zurich, en Suisse, c’est 23%. En France, on n’est même pas à 1%! ». Si ce chiffre est négligeable, c’est en raison des logements sociaux créés après la Seconde Guerre mondiale. Ils ont si bien été développés qu’ils représentent plus de 18% des logements. «La coopérative n’a pas eu à s’occuper de ce secteur d’habitats abordables, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays.»

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Les toits de Paris, Crédit : Carole Duhaime

Difficultés et financement

Les étapes que doivent traverser les futurs occupants sont souvent longues et compliquées. Le financement, d’abord, est un problème majeur: « Il y a une frilosité du monde bancaire à accorder des prêts pour des projets collectifs. Souvent, les banques ne cherchent pas à comprendre, car c’est trop différent de ce dont ils ont l’habitude.»

Aussi, la notion d’espace partagé n’était jusque-là pas prévue dans la loi, car le système français associe le loyer d’un logement à la surface qu’il occupe et «personne ne savait comment financer ces mètres carrés ». Actuellement, dans l’habitat participatif français, les habitants qui financent les mètres carrés qu’ils occupent et les pourcentages des espaces collectifs. Ils engagent des prêts individuels, puis mettent l’argent en commun.

Dans une coopérative, ils amènent un apport personnel, environ 20% du coût du bâtiment. Pour les 80% restant, c’est la coopérative elle-même qui engage des prêts, généralement limités à 25 ans.

Cartographier l’habitat participatif

Depuis 2015, les projets fleurissent sur le territoire français: «C’est difficile d’obtenir un logement à prix raisonnable, en location ou en achat. Pour des raisons économiques, il y a une évolution de la société au niveau de la notion de partage.»

En début d’année, Coordin’action a créé la première base de données cartographique nationale, pour rendre visible les projets existants ou en cours de création: « C’était important de montrer que ce n’est pas un petit truc de quelques personnes, mais qu’il y a un vrai mouvement. »

Près de 470 projets d’habitat participatif – toutes structures confondues – y sont répertoriés: 125 sont aboutis, 76 sont actuellement en travaux, 148 sont en étude et une centaine sont en réflexion. Plus de 45 d’entre eux sont des coopératives.

En comparaison, au 31 décembre 2016, selon les chiffres du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, il y avait 1300 coopératives d’habitation au Québec, dont la moitié (600) se retrouvait dans la région métropolitaine de Montréal. Notons que la superficie de la province est 2,60 fois plus grande que celle de la France.

Des projets phares

Parmi les projets, on retrouve Les Naïfs,situé à Meylan en Isère: un peu avant-gardiste, le groupe qui en est à l’origine a été créé en 1979 sous forme d’association.

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Le Village Vertical, Crédit: Pete Kirkhan

Le Village Vertical, situé à Villeurbanne, dans le Rhône, est une coopérative d’habitants dont le projet a été initié en 2005 et concrétisé en 2010. Quatorze ménages vivent dans ce bâtiment considéré comme un laboratoire d’écologie urbaine en raison de sa conception (isolation, chauffage, panneaux solaires) et du mode de vie des membres (gestion des déchets, compostage, limitation de la voiture, achats groupés, échanges de services).

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Charamel, Crédit: Pete Kirkhan

Charamel – Les Barges est le projet le plus récent, puisqu’il a été livré au cours de l’été 2017. Situé à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, il s’agit de la première coopérative d’habitants pour personnes vieillissantes. Ce projet est tellement inspirant que la banque a accordé à ces sexagénaires un prêt sur 50 ans.

La démocratie au quotidien

Comme au Québec, les membres d’une coopérative d’habitants sont à la fois locataires de leur logement et collectivement propriétaires de l’immeuble, dans le cadre d’une gestion démocratique interdisant toute spéculation. Les décisions concernant la vie collective sont prises en assemblées, sur le principe d’une personne, une voix: «C’est important que ce ne soit pas une voix par foyer, mais bien une voix par personne adulte », souligne Pete Kirkham.

Il rappelle également l’importance de faire l’historique des décisions prises par le groupe: « Il faut qu’il y ait des documents de vie de la coop pour permettre aux nouveaux arrivants de s’informer sur le vécu du lieu. S’intéresser à leur intégration est primordial.»

Aborder le logement autrement

Régulièrement, la Fédération organise des réunions publiques afin d’informer des possibilités et des avantages de ce mode de vie. Pour Pete Kirkham, les citoyens doivent se défaire de la notion de propriété individuelle, trop ancrée dans les mentalités: « Il faut arrêter d’imaginer que le modèle de réussite, c’est d’avoir une maison individuelle à la campagne, avec les voitures garées devant et une haie autour. Pour des questions écologiques, c’est un désastre et comme modèle, ça ne rime pas à grand-chose. Un habitat participatif, ce n’est pas juste avoir un toit sur la tête, c’est aussi un endroit agréable et un lieu de partage qu’on va valoriser.»

« Il faut documenter la vie de la coop pour permettre aux nouveaux arrivants de s’informer sur le vécu du lieu. Faciliter leur intégration est primordial », dit Pete Kirkham.

Publié le 15 octobre 2017

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