Qui doit être propriétaire des structures offrant des soins de santé ?

Anne-Marie Tremblay

Voilà une question qui n’a rien de simple. Toutefois, les experts s’entendent sur une chose : il faut laisser voix au chapitre aux citoyens en matière de santé.

Selon Jean-Pierre Girard, il n’y a rien de pire que les politiques mur à mur en matière de santé. « Les enjeux ne sont pas les mêmes en région rurale ou urbaine, dans une ville où il y a une forte concentration d’aînés ou de jeunes couples », illustre-t-il.

Si certaines organisations sans but lucratif (OBNL) existent dans le domaine de la santé, le chercheur estime que la coopérative, à cause de sa forme plurielle, constitue la meilleure formule. Il se dit critique par rapport à la structure modulable de ces organismes. « Bien sûr, un OBNL peut être très démocratique, mais ce n’est pas automatique, alors que, pour les coopératives, c’est coulé dans le béton car c’est dans la loi. »

Le fait d’offrir des services sous un modèle sans but lucratif permet également de mettre de l’avant le bien commun avant le profit, ajoute-t-il. « Le modèle coopératif véhicule des valeurs de responsabilité, d’entraide et de solidarité, puisqu’on travaille ensemble pour la communauté, poursuit-il. On n’est pas là pour s’enrichir, mais pour la communauté. » Cette finalité non lucrative est extrêmement intéressante dans le contexte actuel, croit-il.  

Chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Guillaume Hébert est d’un autre avis. S’il estime aussi qu’il est primordial d’offrir une voix aux citoyens, il pense qu’il faudrait éviter l’inclusion du privé dans le système de santé actuel. « Contrairement à ce que l’on pense, il y a plus de privé dans le domaine de la santé au Québec et au Canada que dans la moyenne des pays de l’OCDE. » Il n’y a qu’à penser à l’assurance médicaments, cite-t-il.

Ainsi, selon lui, chaque nouvelle incursion du privé dans le système peut s’avérer néfaste. Et ce, même s’il s’agit d’un organisme sans but lucratif, comme une coopérative. S’il se dit favorable au modèle coopératif, il émet un bémol quant aux coopératives œuvrant en santé. « Pour moi, c’est un recul en matière d’accès aux soins. Quand on crée une coopérative, on met en place des moyens pour recruter des médecins. Mais en attirant un médecin, est-ce qu’on prive une autre région, qui a une pénurie plus grave ? »

Ainsi, en matière de répartition des effectifs en santé, il faut donc développer une vision globale de la situation, argue-t-il. « Dans des quartiers comme Montréal-Nord, il est très difficile d’attirer des médecins actuellement. Mais si on dit ’Débrouillez-vous et essayer d’en recruter, réussiront-ils ?’ De plus, la force d’attraction ne devrait pas être l’élément déterminant pour décider où concentrer ses efforts. »

Jean-Pierre Girard et Guillaume Hébert citent tous deux les CLSC comme un exemple à suivre en matière de démocratie et de soins communautaires. Ce réseau n’a jamais été déployé à son plein potentiel, mais il semble, aux yeux de ces chercheurs, une bonne solution de rechange aux maux actuels du système. Autre solution : changer le mode de rémunération des médecins pour qu’ils soient salariés plutôt que travailleurs autonomes… Autant de pistes de réflexion pour l’avenir !

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