Quand efficacité économique rime avec équité sociale

Groupe Up

Alexandra Lopis

C’est dans les années 60, lorsque le concept de «bons-repas » fait son apparition en France que Groupe Up lance son produit désormais historique, le « Titre Restaurant » : une aide financière destinée aux salariés pour manger correctement pendant les pauses.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est up.png.Fondée en 1964 sous le nom de Chèque Déjeuner, la coopérative se développe considérablement dès 1967 : « Après avoir convaincu les pouvoirs publics d’encadrer cette aide, une loi lui confère le caractère davantage social et associe aux Titres Restaurants des exonérations », explique Catherine Coupet, présidente du groupe.

Sous forme de carnet de chèques, cartes ou désormais dématérialisé avec une application mobile, le principe reste le même: le détenteur dispose d’une somme prépayée, pouvant aller jusqu’à 19€ par jour, à utiliser pendant la semaine dans les restaurants et la grande distribution. Ces titres permettent aux entreprises de ne pas payer de charges sociales, patronales et salariales, et aussi aux employés de ne pas payer d’impôts sur cet avantage.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est caroline-coupet.png.Contribuer à l’amélioration des conditions de travail

Jusque dans les années 90, l’activité de Chèque Déjeuner reste dédiée à ce seul produit. Le groupe s’interroge ensuite sur sa diversification : « On fait l’acquisition de sociétés comme Cadhoc, Chèque Lire, et on crée le Chèque Domicile pour concilier vie privée et professionnelle en payant des heures d’une assistante maternelle, quelqu’un pour s’occuper des enfants, du ménage, jardinage ou des personnes âgées dépendantes ».

La coopérative gère des comptes préfinancés et fournit aujourd’hui tout une gamme de produits. Il y a les avantages aux salariés, avec des services facilitant l’accès à l’alimentation, la culture, les loisirs, l’éducation et l’aide à domicile. Mais aussi l’accompagnement aux entreprises, pour développer leurs activités et améliorer leur gestion de frais professionnels avec des cartes-carburant, ainsi que des programmes pour récompenser leurs employés (cartes-cadeaux).

L’expérience française à l’étranger

Le groupe décide ensuite de partir à l’international. En Europe d’abord avec l’Espagne, l’Italie, la République Tchèque et la Slovaquie, puis outre-Atlantique avec le Mexique et le Brésil.

En 2015 Chèque Déjeuner, jugé trop réducteur, devient Groupe Up, un nouveau nom reflétant son dynamisme : « Notre expérience nous donne envie d’exporter nos produits, et avec nos acquisitions, nous découvrons des activités qui n’existent pas en France. Nous voulons enrichir les offres de chaque pays grâce à l’expérience et l’expertise des uns et des autres ».

Cependant, beaucoup ne possèdent pas de législation adéquate : « Soit le pays dispose d’un encadrement dans lequel on peut s’inscrire, parce qu’il y a déjà des exonérations, comme en Amérique du Sud. Soit ce n’est pas le cas, comme aux Etats-Unis et au Canada. Mais si le terrain est propice, nous pouvons décider d’y aller quand même et travailler avec les acteurs du pays à la construction d’une loi permettant l’accès à des produits comme le Titre Restaurant ».

Dynamisme, stabilité et croissance

Aujourd’hui, Groupe Up est présent dans 17 pays. Et avec un chiffre d’affaire de 347,4 millions d’euros en 2015, la coopérative peut se vanter d’être le numéro 3 mondial de l’émission de titres de paiement, derrière les géants Accor et Sodexo Alliance.

Elle possède 1 million de clients et 21,3 millions de bénéficiaires, pour 6,6 milliards d’euros de volumes d’émission. Avec ses acquisitions au Brésil, elle est passée de 2600 salariés en décembre 2015, à 3100 en juin 2016. Les employés de la coopérative sont des actionnaires à parts égales et se partagent 45% des bénéfices, les 45% autres vont aux provisions pour investissement.

En 52 ans d’existence, le groupe n’a connu que trois présidents, « une belle démonstration de stabilité ! » reprend Catherine Coupet. Georges Rino a été le premier, en fondant la coopérative avec près de 1500 euros. Fils d’immigrés portugais, syndicaliste auprès de Force Ouvrière et fidèle à ses valeurs, il est parti à la retraite en 1991 uniquement avec sa part sociale, soit 10000 euros. Jacques Landriot a ensuite été élu, « il avait dit qu’il partirait le jour de ses 65 ans, c’est-à-dire en septembre 2014», c’est à ce moment-là que Catherine Coupet, administratrice depuis 12 ans, a pris la relève.

Un modèle économique difficilement exportable

La plupart des acquisitions de Groupe Up faites en France et à l’international ont gardé leurs statuts de sociétés. Parmi les salariés, beaucoup ne sont donc pas sociétaires. Pour s’établir en coop ils doivent racheter leurs entreprises et certains n’y sont pas prêts.

« Un grand projet a été ouvert en 2014 concernant la transformation des filiale en coop et l’exportation du modèle. La première étape a été la fusion en juin 2015 de trois sociétés françaises avec la coopérative : 249 nouveaux employés sont désormais associés au capital, et portent à près de 700 le nombre de salariés sociétaires ». Le groupe est ainsi devenu la 2e plus grande coopérative en France en termes de chiffres d’affaires et de sociétaires.

D’ici 2018, elle souhaite élargir son modèle à l’ensemble de ses filiales: un véritable défi compte tenu des spécificités sociales, culturelles, juridiques et financières de chacun des pays. «Il n’y a pas de loi coopérative partout, nous savons qu’on ne pourra peut-être pas toutes les transformer. Mais nous avons la volonté d’appliquer les principes du modèle : gouvernance, avantages sociaux identiques à ceux du holding, et principe financier, à savoir comment partager la valeur ».

En 2015 Chèque Déjeuner, jugé trop réducteur, devient Groupe Up, un nouveau nom reflétant son dynamisme.

Ambassadeur de l’économie sociale

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est argent.png.Cette volonté de transformer ses filiales est nourrie par une ambition : promouvoir un modèle économique durable et faire de Groupe Up un ambassadeur de l’économie sociale. La coopérative participe à des instances nationales, européennes et internationales « pour partager des réflexions et expliquer qu’entreprendre différemment et réussir économiquement, c’est possible ! Il est plus facile de traverser des périodes compliquées et prendre une décision quand il y a des salariés au conseil d’administration, plutôt que des fonds d’investissement qui ne voient qu’une rentabilité à court terme » de conclure la dirigeante.

www.up-group.coop/fr

 

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