Politique de développement coopératif, le pourquoi et le comment

Jean-Claude Guérard, Président, CDR Montréal-Laval

Le premier numéro de cette revue a été centré sur la politique de développement coopératif, faisant une large place aux éléments les plus importants du Mémoire de la CDR Montréal-Laval, déposé auprès du gouvernement à l’automne 2001.

La revue de cette année fait une large place aux résultats d’une recherche commandée en 1999 par notre CDR aux chercheurs Daniel Côté de l’École des HÉC et Benoît Lévesque de l’UQÀM pour mesurer l’impact socioéconomique des coopératives dans notre région. Les résultats de cette recherche exploratoire sur les indicateurs propres aux organisations coopératives nous permettent d’identifier le pourquoi et le comment d’une politique de développement coopératif.

Monsieur Jean-Claude GuérardLe Pourquoi
Naissant toujours de la solidarité pour résoudre parfois un déséquilibre local et /ou améliorer les conditions socioéconomiques de ses membres, la coopérative se définit comme une entreprise recherchant la croissance pour mieux atteindre ses objectifs initiaux tout en évoluant avec son temps et s’adaptant aux besoins des générations.

Égalité, équité, démocratie, entraide et solidarité sont des valeurs partagées par l’ensemble des coopératives et sont des ingrédients essentiels pour toute société équilibrée. Orientées vers leurs objectifs propres, elles savent partager entre elles leur façon d’être et de faire, d’où leur nécessité d’être en réseau.

La participation des membres est forte dans les coopératives à faible membership. Cette participation plus ténue dans les coopératives à large membership est compensée par un noyau de bénévoles axés sur les objectifs de la coopérative et jouant un rôle important dans la relation coopérative-milieu. À l’échelle du Québec, ces nombreux noyaux sont fort porteurs d’objectifs socioéconomiques.

Les membres, tant au conseil d’administration qu’en assemblée générale, impliqués pour plusieurs dans leur milieu, sont capables d’harmoniser l’intérêt de chacun avec l’intérêt collectif et général. Ces arbitrages reflètent une logique différente de la simple recherche du rendement sur le capital.

La coopérative se développe par et pour les Québécoises et Québécois. Il ne faut donc pas se surprendre si dans certaines localités, ce groupuscule parfois ridiculisé au début devient avec le temps l’un des plus importants employeurs de la localité ou de la région.

Un gouvernement visionnaire désireux d’améliorer le statut socio- économique de ses concitoyens, d’accroître l’autonomie du citoyen par rapport à l’État, d’assurer une croissance économique au fil du temps, de permettre aux citoyens d’harmoniser les intérêts individuels, collectifs et généraux à leur manière et en fonction de leur milieu de vie devrait se doter d’une politique de développement coopératif. Voilà le pourquoi d’une telle politique.

Le Comment
L’offre de soutien de l’État pour un tel développement doit tenir compte de la spécificité de la coopérative. Cette spécificité se traduit par une recherche de profitabilité de l’entreprise, par l’absence de capitaux, compensée par une présence forte de bénévolat et de solidarité, par le besoin d’une marge de manoeuvre pour que la coopérative atteigne ses objectifs, par des critères d’évaluation autres que ceux existant pour les autres formes d’entreprise.

Le comment se retrouve dans une Loi sur les coopératives qui ne devient pas une contrainte imposée par rapport aux autres lois régissant le citoyen. Le comment, c’est d’assurer une équité dans les conditions d’investissement dans la coopérative par rapport aux autres lieux d’investissement. Le comment, c’est d’accepter que l’aide à l’émergence prenne sa place même si la coopérative prévoit dégager une profitabilité requise à sa croissance.

Le comment c’est de comprendre qu’on crée une coopérative avec un amalgame de personnes d’âge et de situations différentes, rendant inefficace tout programme de soutien basé sur l’âge ou sur la seule présence de prestataires de la sécurité du revenu dans un projet coopératif. Le comment, c’est de saisir l’importance que peut avoir l’État comme client privilégié pour les coopératives en situation d’émergence et de croissance.

Le comment exige surtout que l’État fasse confiance à l’honnêteté des citoyens coopérateurs en ne les écrasant pas sous des contrôles inefficaces pour la croissance de leurs entreprises, en les laissant mener leur barque à bon port en fonction de leurs objectifs et en tenant compte de l’expérimentation porteuse de formation. Le développement des coopératives s’accommode mal des fonctionnaires tatillons définissant à la place des membres le comment faire de la coopérative.

Crédit photo mise à l’avant : Markus Spiske sur Unsplash

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