Mettre en commun pour mieux prospérer

Véronique Chagnon

Quand elles ont choisi de racheter, en 2000, l’ancien presbytère de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, à Joliette, pour en faire leur bureau, quatre entreprises de développement régional souhaitaient d’abord partager des locaux, et des équipements de bureau et d’informatique. Le Groupe d’aménagement de logements populaires de Lanaudière (GALOP), la Coopérative de développement régional (CDR) de Lanaudière, la Société de logements populaires de Lanaudière (SLOP) et Gesta, une coopérative de travailleurs qui se spécialise dans la comptabilité administrative, ne se doutaient pas qu’une dizaine d’années plus tard, elles voudraient donner à leur Maison de la coopération un tout nouvel édifice écoresponsable qui pourrait regrouper tous les organismes de Lanaudière voués au développement.

SIXIÈME PRINCIPE : COOPÉRATION ENTRE LES COOPÉRATIVES

Pour apporter un meilleur service à leurs membres et renforcer le mouvement coopératif, les coopératives œuvrent ensemble au sein de structures locales, régionales, nationales et internationales.

Aux puristes qui clament que l’intercoopération ne peut se faire qu’entre coopératives, Frédéric Plante, directeur général de la CDR de Lanaudière et président de la Maison de la coopération de Lanaudière, répond qu’il faut cesser de « trébucher sur la définition ». Entreprises d’économie solidaire, organismes à but non lucratif (OBNL) et coopératives devraient marcher main dans la main. « Pour moi, l’intercoopération est une attitude, une volonté de travailler ensemble », résume-t-il.

La Maison de la coopération de Lanaudière, une coopérative de producteurs, compte deux OBNL et deux coopératives. Pourtant, une fois la roue de la synergie lancée, difficile de l’arrêter. Après avoir constaté le succès de leur partenariat actuel, les quatre organismes cultivent l’idée d’un haut lieu de l’intercoopération régionale : le projet MC21. « MC21, c’est pour Maison de la coopération du 21e siècle, explique Frédéric Plante. On veut en faire un lieu de développement écosolidaire, on veut partager les principes de gestion collective des ressources humaines et matérielles qu’on a développés pour les exporter dans toutes les organisations qui se joindront à nous. » Et pour financer le projet, le groupe discute depuis peu avec la Caisse d’économie solidaire de la région. Tant qu’à intercoopérer… « Avec le temps, on a développé des outils de gestion collective pour nos bureaux communs, mais on fait aussi de plus en plus de partage d’expertise entre organisations », raconte monsieur Plante. Ainsi, Gesta effectue maintenant la comptabilité pour les trois autres organismes de la boîte, en plus de prendre en charge quelques-unes des nouvelles coopératives que la CDR aide à mettre sur pied. Et quand le GALOP met sur pied une coopérative d’habitation, celle-ci cogne à la porte de la CDR pour du soutien sur le plan de la structure coopérative.

L’intercoopération est inscrite en toutes lettres à la sixième ligne de la liste des principes coopératifs établis par l’Alliance coopérative internationale (ACI). Pourtant, elle reste le talon d’Achille de bien des coopératives. « C’est comme si c’était la pointe de la pyramide ; il faut que le reste de la coopérative fonctionne bien, qu’il y ait une bonne démocratie, que la rentabilité soit assurée, avant que les coopératives ne songent à intercoopérer », croit Julien Levac, président de la coopérative Ensemble.coop.

C’est pourquoi monsieur Levac a fondé, en 2010, Ensemble.coop, une entreprise qui guide les coopératives qui cherchent à se donner les moyens pour concrétiser le sixième principe. Avec l’aide d’Ensemble.coop, les coopératives peuvent organiser des événements 100 % coopératifs, du service de traiteur à l’impression des documents. Elles peuvent aussi remplir une grille d’analyse en indiquant leurs besoins, en service de papeterie comme en vêtements corporatifs, au personnel d’Ensemble. coop. La coopérative se charge ensuite de trouver d’autres coopératives qui pourraient répondre aux besoins du client.

La Caisse Desjardins du Plateau-Montcalm s’est prêtée au jeu et se réjouit des résultats. « On a toujours le souci de faire affaire le plus possible avec des coopératives, mais parfois, ça nous échappe. C’est bien qu’un service externe puisse nous aider à trouver des fournisseurs qu’on ne connaissait pas », affirme Caroline d’Anjou, agente à la vie associative et communications. Après une brève analyse que la Caisse souhaite poursuivre, Ensemble.coop a pu dénicher un service de traiteur coopératif, une coopérative de café, et même un regroupement de taxis.

À la Maison de la coopération, il existe aussi un système de gradation pour l’achat de biens ou de services auprès des fournisseurs. « Si c’est possible, a priori, on y va avec une coopérative. Sinon, on regarde du côté de l’économie sociale. Et si ce n’est pas encore possible, est-ce qu’on peut au moins acheter localement? », expose Frédéric Plante.

Pour Julien Levac, il faut absolument que les coopératives s’appuient davantage sur l’intercoopération, même si certains choix peuvent engendrer des coûts plus élevés. « À la longue, si on fait tous affaire entre nous, on sera en mesure de se permettre de payer le café plus cher, par exemple, en sachant que cette même coopérative va faire appel à nos services quand elle en aura besoin. »

www.ensemble.coop

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