L’intercoopération, ou l’art d’autoréguler concurrence et interdépendance

Mot de l’éditeur

Jean Soublière, Directeur général de la Maison de la coopération du Montréal métropolitain

Nous sommes des gens solidaires. C’est dans notre ADN. L’intercoopération est inscrite dans notre identité coopérative.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Jeansoubliere.png.C’est pourquoi nous proposons de l’intégrer comme une règle d’action dans nos façons d’être et de faire, justement parce que nous, nous sommes solidaires. Nous croyons, pour mieux servir les membres de nos coopératives, qu’il est utile et souhaitable de non seulement multiplier les échanges entre coops, mais aussi de travailler plus intensément au sein de structures locales, nationales, régionales et internationales de notre mouvement.

Oui ! L’union fait la force. Mais l’application et le respect du principe d’intercoopération ne sont pas si faciles à réaliser dans la vie courante. Ils sont d’autant plus difficiles si nous érigeons, de part et d’autre, nos croyances coopératives en dogme. L’intercoopération devient rapidement impraticable quand les coopératives ne trouvent pas de dénominateurs communs pour concilier leurs intérêts divergents.

Le principe de l’intercoopération nécessite que les coopératives entretiennent des relations positives dans la conduite de leurs affaires. Comme les coopératives achètent et vendent des biens et des services, ces relations positives ne se matérialiseront qu’à la condition que les coopératives réussissent à aplanir la concurrence qui existe entre elles, toujours dans le but de maximiser la satisfaction des besoins de leurs membres.

Prenons les coopératives d’habitation ! On pourrait penser que le modèle coopératif d’habitation locative et le nouveau modèle de coopérative de propriétaires s’opposent irrémédiablement. En réalité, vous lirez dans nos pages que ces deux modèles peuvent être complémentaires, tant sur le plan de la satisfaction des besoins en habitation que sur celui de la lutte contre la spéculation immobilière. Reconnaître et affirmer la complémentarité de moyens ne règle pas tous les différends qui peuvent exister entre les coopératives et fédérations du secteur, mais, nous l’espérons, cela invite à poursuivre le dialogue intercoopératif.

La coopération entre coopératives est toutefois plus qu’affaire de dialogue. Elle doit procurer une valeur ajoutée aux coopératives. C’est ce qui donne du sens à l’intercoopération. Les structures qui regroupent les coopératives doivent établir avec elles de véritables rapports d’activités économiques durables et, du même coup, créer des liens d’usage fonctionnels entre les coopératives et la structure de regroupement.

Considérons un instant notre dossier sur le secteur du tourisme coopératif. Les coopératives de ce secteur auraient tout à gagner à effectuer des mises en commun, à rechercher des économies d’échelle en marketing, publicité et négociations avec des fournisseurs. Surtout, elles devraient apprendre à travailler ensemble pour séduire une clientèle supplémentaire, notamment dans la morte saison, où touristes et visiteurs se font rares. Elles pourraient se recommander mutuellement auprès des clients qui visitent leur région ou qui transitent vers une autre. Les possibilités d’intercoopération sont presque illimitées dans une industrie où nombre de joueurs jouent un rôle majeur dans la vitalité économique de leur communauté.

Au sein du mouvement coopératif, l’intercoopération ne peut être imposée dans des rapports d’autorité ou des lignes de commandement. Elle est le résultat d’adhésions libres et volontaires dans des regroupements qui renforcent les entreprises coopératives dans leurs finalités économiques et sociales respectives.

Publié en juin 2019

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