Les valeurs chères au modèle ont la cote chez les jeunes montréalais

La perspective des deux jeunes leaders : Geneva Guerin et Léo Bureau-Blouin

Félix Delage-Laurin

Les jeunes Montréalais ont, plus que jamais, les valeurs coopératives à cœur. Tel est le constat qui se dégage à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université Concordia, qui ont contribué en 2011 à une vaste enquête mondiale menée par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) auprès de 8000 jeunes adultes provenant de 20 villes aux quatre coins du globe. Avec leurs collègues de Dalhousie University à Halifax et de Fordham University à New York, les chercheurs ont sondé 400 étudiants universitaires de 18 à 35 ans.

Il ressort de cette étude que « les jeunes adultes de New York, de Halifax et de Montréal rêvent d’une vie équilibrée, fondée sur des valeurs plus humaines et équitables permettant l’épanouissement sur les plans familial, professionnel et social. Pour ces jeunes, des actions plus responsables passent par une utilisation plus modérée de la voiture, par l’adoption du transport en commun pour leurs déplacements réguliers de même que par une consommation axée sur les nécessités. Ils reconnaissent la nécessité d’économiser l’eau et de réduire leur consommation énergétique. L’achat de produits locaux, le recyclage et le compostage s’ajoutent aux gestes qu’ils disent pouvoir intégrer à leurs responsabilités individuelles et ils soulignent l’importance de limiter le gaspillage sous toutes ses formes », indique l’étude. Plus particulièrement, à Montréal, les répondants souhaitent que la société intègre des objectifs de développement durable : davantage de pistes cyclables, des écocentres à proximité, de l’équipement pour produire du compost.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est key-priorities.png.Les valeurs prioritaires des jeunes Montréalais font écho à celles du monde coopératif. En ordre, ce sont la lutte à la pauvreté (57 %), l’environnement (52 %), les services sociaux (33 %) et la démocratie (21 %) qui occupent les premières positions. Coopoint a voulu savoir ce qu’en pensaient deux jeunes leaders québécois impliqués dans notre société : Geneva Guerin, fondatrice de Groupe Solutions Durables et Léo Bureau-Blouin, plus jeune député de l’Assemblée nationale du Québec.

Réjouissance prudente

D’emblée, Léo Bureau-Blouin se réjouit des résultats de l’étude. « Je suis agréablement surpris, parce que souvent, on se fait une image d’une jeunesse davantage individualiste, centrée sur ses besoins, alors qu’on constate, avec cette étude, que les jeunes désirent une société à échelle humaine. »

Cependant, Geneva Guerin se montre prudente, puisque l’échantillon de jeunes sondés pour l’étude provient du milieu universitaire. « Ce n’est pas toute la jeunesse qui est représentée ici », prévient t-elle. Et lorsque je lui dévoile les résultats de l’enquête de l’ONU, sa réponse surprend : « Il est facile de s’identifier à ces valeurs. En 2013, c’est in d’être pro-développement durable. Le green washing a fait du bon travail. La question que je me pose, en constatant cette étude, c’est surtout qui sera prêt à agir », explique t-elle.

Léo Bureau-Blouin fait la même mise en garde. « Le défi est de passer de la parole aux actes. Quand c’est le temps de poser des gestes concrets, c’est plus difficile. Par exemple, au niveau de l’environnement, il est facile de dire qu’on veut davantage recycler et plus de transports en commun, mais dès qu’il y a un changement d’horaire d’autobus et qu’on se rend compte que la voiture est plus simple et confortable, on fait souvent le choix facile. Pourtant, je ne crois pas qu’il faut en vouloir aux gens. »

Simplifier

C’est à l’humain d’innover, selon Geneva Guerin. « La nature humaine se tourne naturellement vers la simplicité. Et profondément, je crois que l’humain a un penchant pour les valeurs coopératives. Il faut arriver à simplifier le tout. Par exemple, à Montréal, les réussites de Communauto et du Bixi tiennent beaucoup au fait qu’ils sont facilement accessibles aux gens. »

De l’avis de Léo Bureau-Blouin, les outils technologiques sont un bon moyen de simplifier. « Maintenant, on peut savoir où est notre autobus, quelles seront nos correspondances. Grâce aux technologies, on peut aussi savoir l’impact environnemental des différents produits. Pourtant, je réitère qu’il faut vraiment qu’il y ait une conviction profonde des gens parce que nous sommes très attachés au matériel. »

Cette conviction, on la retrouve dans le modèle coopératif. Cela en fait, selon le député, un acteur important pour aujourd’hui et le futur. « Je pense que le modèle coopératif est une incarnation de cette conviction et je crois que la simplicité de son mode de fonctionnement lui permet de rejoindre les gens plus facilement. »

Démocratie

Un des points majeurs de cette étude est l’importance que revêt la démocratie pour les Montréalais. 21 % des jeunes sondés l’identifient comme valeur importante, tandis qu’elle préoccupe seulement 8 % des étudiants new-yorkais et 7 % des jeunes d’Halifax.

Cette préoccupation pour la démocratie est due à la spécificité de Montréal, selon Geneva Guerin. « Montréal est une ville engagée, bercée par l’influence européenne. Nous retrouvons ici une bonne synergie entre les cégeps et les universités, qui font beaucoup d’éducation auprès des jeunes. Montréal est une ville avec beaucoup d’établissements d’enseignement sur son territoire (4 universités, plus d’une dizaine de cégeps). Cette présence de l’éducation entraîne nécessairement un questionnement des jeunes sur la gouvernance et donc sur la démocratie. »

Léo Bureau-Blouin est agréablement surpris de cette spécificité montréalaise. « Je crois que cela peut s’expliquer par le fait que le modèle coopératif est très bien implanté ici. Nous sommes des chefs de file avec Desjardins, Agropur, etc. Par contre, je persiste à croire que cela peut s’améliorer. Cela passe par plus de sensibilisation auprès des enseignants d’abord, qui doivent adhérer aux valeurs coopératives, puis auprès des jeunes, à l’école et dans les Coopératives jeunesse emploi. »

L’État doit participer

Le jeune député est convaincu que le gouvernement a un rôle majeur à jouer dans cette promotion des valeurs coopératives. « Mon gouvernement a déjà agi dans ce sens. Cette année, nous avons déposé la Loi cadre sur l’économie sociale qui permet d’outiller davantage le modèle coopératif. Également, notre gouvernement poursuit la première phase de la Stratégie d’action jeunesse lancée en 2009, en investissant, en partenariat avec le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM), dans l’implantation d’agents de promotion de l’entrepreneuriat collectif. De plus, je me promène actuellement à travers le Québec afin de sonder les jeunes en prévision de la deuxième phase de la Stratégie d’action jeunesse, prévue pour 2015 », explique t-il.

D’ailleurs, cette tournée du Québec lui permet de voir ce que sont les préoccupations des jeunes. « Je remarque beaucoup une quête de sens chez les jeunes que je rencontre. Par exemple, ils veulent davantage concilier le travail et la famille. Ils ne veulent plus faire 60 ou 70 heures de travail par semaine, ce qui était plus le cas chez les baby-boomers. Dans les prochaines années, plusieurs emplois seront disponibles et ce seront ces nouvelles valeurs sociales qui vont se refléter. Les jeunes s’identifient aux valeurs coopératives et j’ai bon espoir qu’elles vont s’intégrer de plus en plus dans notre société. »

Le monde coopératif a donc un défi stimulant qui l’attend. Engagement, accessibilité et innovation devront être au rendez-vous pour rejoindre tous ces jeunes s’identifiant aux valeurs coopératives.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est leo-BB.png.Léo Bureau-Blouin

Figure de proue du printemps étudiant de 2012, Léo Bureau-Blouin a été élu député de Laval-des-Rapides lors de l’élection du 4 septembre 2012. Symbole de l’implication politique des jeunes, il agit à titre d’adjoint parlementaire à la première ministre Pauline Marois (volet jeunesse). Il entreprend présentement une grande tournée à travers la province afin de sonder les jeunes Québécois sur leur vision du Québec de 2030. À partir de ces consultations, le député de 21 ans déposera l’an prochain son Plan d’action pour la deuxième Stratégie d’action jeunesse qui prendra effet en 2015.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est geneva-guerin.png.Geneva Guerin

Née à Montréal, Geneva Guerin a vécu à Edmonton et a grandi dans le département de philosophie de l’Université d’Alberta. « Cet endroit était fantastique, car il plaçait l’enfant et l’adulte au même pied. Cela m’a permis de développer une analyse critique des choses et un sens de la justice ». Au début des années 2000, Geneva Guerin complète une double majeure en science politique et cinéma à l’Université Concordia, s’intéressant « aux dynamiques qui sont invisibles, qui sous-tendent ce qu’on voit en surface. » Elle profite de son passage à l’université pour s’impliquer au Sierra Club (section jeunesse) et elle finit par s’intéresser au développement durable qui agit comme cadre pour lier toutes les injustices qu’elle perçoit. Depuis qu’elle a créé en 2002 avec des amis universitaires la coopérative Groupe Solutions Durables, elle agit à titre de consultante en matière de développement durable auprès des universités et des entreprises.

Visions For Change

Étude réalisée par le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) Auprès de 8000 jeunes, dont 400 jeunes étudiants de Montréal, Halifax et New York

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