Les coopératives et mutuelles dans le domaine de la santé et des services sociaux: l’innovation au service des membres!

Jean-Pierre Girard

Dans plusieurs pays, l’expérience des citoyens à l’égard de leur système de santé se résume ainsi : fragmentation des services, manque d’intégration entre les différents fournisseurs et surtout, absence de considération de la personne. On travaille en silo au plus grand détriment du principal concerné, le patient!

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est services-sociaux.png.Cela dit, en Italie dans la région du Lazio, non loin de Rome, divers types de coopératives se sont regroupées au sein d’un consortium pour les soins primaires avec l’objectif simple, mais exigeant, de travailler en complémentarité -et ce, pour le plus grand bénéfice du patient… Il s’agit d’une coopérative sociale (OSA), un chef de file national dans le domaine des soins à domicile, avec deux coopératives comptant plus de 800 pharmacies, des coopératives de médecins généralistes impliquées dans la mise en œuvre de nouveaux modèles de soins et un laboratoire de diagnostic mis en place comme une coopérative. L’expérience est à ce point concluante – voire les clients satisfaits – que l’on envisage d’étendre le modèle à l’échelle du pays.

Ailleurs, depuis plusieurs années, tant au Costa Rica qu’en Uruguay, des coopératives sont formellement reconnues par le réseau public en santé comme partenaires pour l’offre de services de santé auprès de plusieurs centaines de milliers d’usagers.

En Finlande, une coopérative développe présentement une application sur le Web pour un dossier de santé personnel. Plusieurs organismes ce sont associés à la coopérative dans ce projet avant-gardiste.

Étonnant! Il s’agit de quelques cas seulement réunis au sein de l’Étude internationale sur les coopératives et mutuelles œuvrant dans le domaine de la santé et des services sociaux produite à l’occasion du Sommet international des coopératives 2014.

Mais est-ce seulement dans les pays dits développés que l’innovation est au rendez-vous? Non, car on ne pourrait passer sous silence l’exemple très concluant du Rwanda. Dans ce petit pays d’Afrique central qui a vécu les affres d’un génocide il y a à peine 20 ans, la volonté de l’État d’améliorer la santé de la population a donné des résultats spectaculaires au point que certains parlent d’un cas unique sur le plan international depuis une cinquantaine d’années1. En soi, le déploiement réussi d’un ensemble d’établissements de santé de première ligne (centre de santé), de seconde (hôpitaux régionaux) et troisième ligne (hôpitaux spécialisés) est remarquable, mais il y a plus. Plutôt que de prendre en charge un système d’assurance maladie universel, comme la RAMQ au Québec, l’État rwandais a fait appel à des mutuelles de santé. Plus de 90% de la population adhère ainsi à ces mutuelles pour bénéficier d’une couverture d’assurance maladie et au total, c’est 98% de la population de ce pays qui bénéficie d’une couverture santé, quelque chose d’exceptionnel sur ce continent où il est fréquent d’avoir tout au plus 10% de la population couverte par un quelconque système d’assurance maladie!

Revenons au Nord. L’exemple de la Coopérative de solidarité de services à domicile du Royaume du Saguenay retient l’attention pour plusieurs raisons.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est pension.png.Cette coopérative née de la fusion de deux coopératives en 2009, en plus d’offrir les services de base d’une entreprise d’économie sociale en aide domestique, propose depuis quelques années ses services de gestion du personnel, de la gérance de cafétérias et plus globalement, du service aux résidents à l’égard de sept résidences pour personnes âgées. Elle est d’ailleurs propriétaire d’une de ces résidences, la Pension Sainte-Famille qui compte 29 unités dont 8 places en ressources intermédiaires, c’est-à-dire l’étape qui précède le placement en CHSLD. De plus, depuis 2000, la coopérative est engagée dans un partenariat avec l’Office municipal d’habitation et le CSSS pour une prise en charge de 6 résidences logeant chacune 9 personnes de 65 ans et moins, atteintes de déficiences physiques. La coopérative s’occupe du suivi quotidien sur une base de 24 heures/jour, 7 jours/semaine.

Quatre éléments sont au cœur de la réussite de cette coopérative :

  1.  L’écoute attentive des besoins grandissants des membres: depuis ses débuts, cette organisation a été au diapason des besoins évolutifs de ses membres et a adapté son offre de services en conséquence ;
  2. Une collaboration avec les autorités publiques en santé : partagée entre deux CSSS et s’appuyant sur leur ouverture d’esprit pour des partenariats, la coopérative a tôt fait d’avoir des ententes pour déployer ses services;
  3. Investir dans la formation: la coopérative a pris le pari d’investir dans la formation pour permettre à ses employés de diversifier leurs compétences; par exemple, en plus de faire le ménage, pouvoir donner un bain à une personne âgée. Les infirmières auxiliaires sont ainsi formées pour, à leur tour, former des préposés à assumer des actes confiés;
  4. Possibilités de travail supplémentaire pour ses employés: en organisant un service d’affectation sur mesure, la coopérative permet aux employés qui le désirent de faire des heures supplémentaires en sus de leur horaire régulier. Ainsi, certains cumulent un salaire annuel de près de 50000$.

 

Cette coopérative est située dans les arrondissements Jonquière et Chicoutimi de la ville de Saguenay, des- servant une population d’environ 125 000 personnes. En 2014, la Coopérative de solidarité de services à domicile du Royaume du Saguenay est considérée comme la plus grosse en son genre au Canada. Elle compte 260 employés qui offrent 300000 heures de service sur une base annuelle; l’entreprise collective génère un chiffre d’affaires de plus de 7,5 millions de dollars et s’appuie sur un sociétariat de 6500 membres.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est pension-2.png.Dernier survol de l’innovation – cette fois, principalement en Amérique centrale et du sud – où, à l’écoute de leurs membres, des coopératives œuvrant dans d’autres secteurs d’activités que la santé (épargne et crédit, production de café et même, exploitation d’une mine) déploient néanmoins des services de santé, que ce soit en engageant des professionnels ou en exploitant une clinique. Du côté du Guatemala, c’est une coopérative agricole multifonctionnelle qui se voit confier par le ministère de la Santé publique et des Affaires sociales un mandat pour offrir des ressources sociosanitaires dans huit municipalités (90 429 habitants). L’intervention sort des sentiers battus: dans chaque municipalité on retrouve des animateurs, des infirmières, des sages-femmes qui interviennent en prévention, mais aussi pour assister les naissances et fournir des soins à domicile.

En somme, ces quelques exemples démontrent la grande capacité des modèles coopératifs et mutualistes à mieux répondre aux besoins de millions de personnes dans le monde, mais surtout d’être à l’avant-garde d’actions innovantes en santé et services sociaux.

Jean-Pierre Girard est expert-conseil international en entreprises collectives et enseignant dans les programmes de second cycle en entrepreneuriat collectif à l’UQAM. Il a été mandaté par le Sommet international des coopératives pour diriger une étude mondiale sur les coopératives et mutuelles œuvrant dans le domaine de la santé et des services sociaux.

 

1. http://opinionator.blogs.nytimes.com/2012/07/03/
rwandas-health-care-miracle/

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