Le modèle coopératif fait des petits

Anne-Marie Tremblay

Le modèle coopératif revêt des visages multiples, en petite enfance. Coopoint présente ici des exemples inspirants.

Que ce soit pour remédier au manque de places dans les garderies d’un village ou encore pour permettre aux CPE de s’unir afin d’obtenir des services à moindre coût et réinvestir dans les services aux tout-petits, les coops font preuve d’ingéniosité.

À Saint-Ubalde, petit village situé en plein cœur de Portneuf, toute la communauté a mis la main à la pâte pour fonder la garderie coopérative Les petites pousses. « À l’époque, la municipalité a fait un sondage pour constater que plusieurs des services de garde en milieu familial du territoire allaient fermer leurs portes sous peu. Et il n’y avait aucune place en installation », se rappelle Sylviane Cauchon, membre du conseil d’administration de cette coopérative de solidarité ayant accueilli ses premiers enfants en 2017.

Cette situation touchait non seulement les parents, mais toute la communauté de ce petit village doté d’une forte fibre entrepreneuriale. En effet, 65 entreprises ont pignon sur rue dans cette petite municipalité comptant… 1400 âmes. « Or, pour continuer à attirer la main-d’œuvre et les entrepreneurs, il faut leur offrir des services », explique Sylviane Cauchon. C’est donc pour ajouter une dose de vitalité dans la communauté que la garderie a été mise sur pied, en collaboration avec la municipalité.

Le cas de Saint-Ubalde n’est pas unique en son genre. Dans le répertoire du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, on dénombre 18 garderies gérées sous forme coopérative au Québec, dont quelques centres de la petite enfance (CPE). En général, ces dernières existaient déjà sous ce modèle lors de la création des CPE et elles ont été intégrées au réseau.

Ainsi, l’histoire se répète à Maskinongé, avec la création de la coopérative Les petits bâtisseurs. Pour se modeler sur les réalités locales, l’entreprise collective offre non seulement une garderie pour les tout-petits, mais également un service de garde scolaire et un camp de jour. Cette formule originale a reçu un fort appui, souligne sa directrice générale, Sylvie Malenfant. « Quand nous avons ouvert il y a cinq ans, il n’y avait pas de service de garde scolaire. Depuis, la situation a changé, et nous proposons aussi l’aide aux devoirs aux élèves inscrits, ce qui nous différencie et qui constitue un atout pour les parents. » De même, le camp de jour estival des Petits bâtisseurs est disponible 10 semaines plutôt que sept, comme dans le cas des autres services de la municipalité.

Des projets qui mobilisent

Dans les deux cas, la coopérative de solidarité s’est imposée. « Nous cherchions une solution qui permettrait à tous les acteurs de s’impliquer et de nous soutenir », se rappelle Stéphanie Marineau, l’une des fondatrices de la garderie Les petites pousses. Cette formule, qui compte sur les parents, les travailleurs, mais aussi les acteurs du milieu, répondait parfaitement à ce besoin. « Tout le monde peut participer, mais ce sont les parents qui gèrent et qui sont propriétaires. Ils peuvent ainsi faire leurs propres choix pour leurs enfants », précise Sylviane Cauchon. La formule aura permis à ces garderies, à Saint-Ubalde comme à Maskinongé, de partir du bon pied et d’obtenir d’importants appuis, notamment de la part des municipalités, qui leur ont fourni des locaux gratuits ou à rabais.

La coopérative devient un levier intéressant pour créer des services de haute qualité calqués sur les besoins des communautés, sans toutefois tomber dans le modèle privé, explique pour sa part Sylvie Malenfant. En effet, même si les tarifs dépassent 7 $ par jour pour les parents, ces derniers reçoivent un remboursement anticipé. Et, contrairement à ceux d’une installation privée, ces services demeurent sans but lucratif. « Ainsi, tous les surplus sont réinvestis directement dans la garderie, pour les enfants », ajoute Stéphanie Marineau. Une condition sine qua non de réussite de ces deux projets.

Quand l’union fait la force

À l’autre bout du spectre, des CPE et quelques garderies coopératives sans but lucratif se sont unis pour augmenter leur force de négociation. La coopérative william.coop, un regroupement d’achats collectifs, est ainsi devenue un levier puissant pour économiser et, par le fait même, avoir la marge de manœuvre pour bonifier les services aux tout-petits. « L’an dernier, nos 634 membres se sont partagé 250 000 $ en ristournes. Une année record », s’enthousiasme Martin Grenier, directeur général, relations d’affaires.

Il faut dire que la formule, élaborée en 2005 en collaboration avec l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), fonctionne, en plus d’être unique. En passant, les membres de william.coop bénéficient de rabais instantanés applicables à leurs achats, notamment de produits nettoyants, de nourriture, de mobilier de bureau et de services de télécommunication. Au total, le regroupement compte plus de 75 fournisseurs agréés. « Nous enregistrons en moyenne 125 000 $ de transactions par jour, pour un total dépassant 31 millions de dollars à notre dernier exercice financier », calcule Martin Grenier.

Les entreprises en tirent aussi parti. « C’est avantageux pour les entrepreneurs parce que, même s’ils réduisent leurs marges, ils diminuent leur budget marketing puisqu’ils ont accès facilement à la clientèle des CPE et éliminent les mauvais créanciers », mentionne Martin Grenier. En effet, c’est william.coop qui se charge de régler la facture pour ses membres. « S’ils nous remboursent en moins de 10 jours, on leur offre aussi un escompte de 2 % », poursuit-il. Par ailleurs, le fournisseur doit payer des frais d’adhésion moyens de 5,4 %, et les CPE reçoivent une ristourne calculée au prorata de leurs achats.

 « Le coup de génie du fondateur, c’est d’avoir misé sur Internet, ce qui permet une proximité partout au Québec », explique-t-il. Ainsi, de Rouyn-Noranda à Montréal en passant par Sept-Îles, tout le monde adhère à la même formule. La coop réserve également toujours une place pour les partenaires locaux au sein du regroupement.

Une formule qui se développe

La coopérative de solidarité devrait continuer sur sa lancée, puisque william.coop est devenu le 43e membre-propriétaire du Groupe Co-operators, coopérative canadienne spécialisée en assurances et en services financiers ayant redonné 14,7 millions de dollars l’an dernier. Cette nouvelle alliance permet aux membres de william.coop de profiter de rabais applicables à certains produits d’assurance. « Nous avons vérifié et, comme les parents-utilisateurs sont propriétaires des CPE, ils pourront aussi accéder à ces avantages », affirme Martin Grenier.

Inspiré par cette association, le responsable des relations d’affaires a eu l’idée d’élargir la palette de services offerte aux parents dont l’enfant fréquente un CPE membre de william.coop (soit environ 150 000), en créant le programme Avantage W. « Nous sommes en train d’approcher plusieurs partenaires, comme Telus, Yellow ou Clément, pour qu’ils leur proposent des rabais. » Cette nouveauté prévue pour l’automne 2018 sera assortie d’une application mobile et d’une carte. Un autre exemple qui montre que la coopération… fait la force.

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