La gouvernance coopérative à l’heure de la démocratie numérique

Éditorial

Pierre-Alain Cotnoir, président

Maison de la coopération du Montréal-métropolitain

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Cotnoir.png.Le mouvement coopératif évolue au diapason des forces vives du monde contemporain, comme l’illustre la présente édition du Coopoint. Que ce soit en ce qui concerne les nouvelles formes que peut emprunter la gouvernance coopérative à l’heure de la démocratie numérique, que ce soit au chapitre de l’innovation sociale, alors que le marché du travail se trouve bousculé par de nouvelles avancées technologiques, particulièrement avec l’intrusion de l’intelligence artificielle chambardant pour bon nombre de travailleurs la définition même de l’emploi. Ces transformations peuvent déboucher sur la précarisation, l’accroissement des inégalités et l’accaparement de la richesse par quelques-uns, comme sur une société de partage où la valeur d’usage des biens importe plus que leur seule appropriation individuelle.

 

De par sa nature même, le coopératisme offre une réponse bien adaptée pour composer avec de telles mutations. Car depuis longtemps, le bien commun y constitue une valeur de partage. Par exemple, en habitation, la possession collective des bâtiments est mise au service de l’usage des membres. Individuellement, ils en possèdent l’usufruit et non pas la propriété. Maintenant, dans de nouvelles formes d’entreprises coopératives, l’utilisation commune de biens ou de services vient se substituer au désir de ne les détenir que pour soi. Dans ce cas, les membres peuvent être autant producteurs de biens ou de services, qu’utilisateurs de ceux-ci. Ce qui oblige à revoir le cadre juridique de telles organisations coopératives pour l’adapter à ces nouvelles formes de membrariat.

Le monde de l’emploi se trouvant dorénavant chamboulé par l’innovation technologique dans des secteurs professionnels que l’on considérait jusqu’à maintenant à l’abri de tels changements, il y a nécessité d’innover socialement pour apporter des réponses qui soient autres que l’exclusion. Là aussi, la formule coopérative a fait ses preuves en inventant de nouvelles formes de solidarité dans la recherche de solutions: les coopératives de solidarité, les coopératives de travailleurs actionnaires, les sociétés coopératives d’intérêt collectif, les coopératives d’activités et d’emploi. Certains voient même dans l’économie collaborative une partie de la solution. Mais le coopératisme appliqué à ce nouveau cadre se heurte à des limites, comme la nécessité d’instruments financiers plus performants permettant d’investir au sein de telles entreprises.

Heureusement, les initiatives visant à trouver pour ces enjeux les meilleures réponses coopératives sont en marche. Ainsi, la Maison de la coopération du Montréal métropolitain, en partenariat avec le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, Polytechnique et le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec, a mis sur pied le Laboratoire de l’économie collaborative et coopérative, dont la mission vise à développer les meilleurs outils pour soutenir le coopératisme de plateforme, forme émergente de l’économie collaborative. Les Rencontres du Mont-Blanc, en décembre 2017, sont une autre occasion de réflexion pour rendre encore plus efficaces les pratiques de l’économie sociale face aux défis sociaux, environnementaux, civiques, tout autant qu’économiques lancés au monde coopératif.

Ce ne sont ici que deux exemples du foisonnement d’initiatives contribuant à la vitalité du coopératisme, lequel, plus que jamais, apparaît comme la réponse la plus opportune aux défis de ce siècle. À nous maintenant de mieux la faire connaître par cette nouvelle édition de la revue Coopoint.

Bonne lecture!


Publié le 15 octobre 2017

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