Grenier Boréal : l’agroforesterie durable en milieu nordique

Stéphane Desjardins

Le Grenier Boréal produit, récolte, transforme et met en marché des produits forestiers non ligneux, sans intrants chimiques, cueillis en milieu sauvage.

De son vrai nom « Coop de solidarité agroforestière de Minganie », Le Grenier Boréal a été fondé en 2013 et compte 128 membres travailleurs, de soutien et corporatifs. La coop emploie sept salariés et une quinzaine de travailleurs à forfait, qui s’activent lors des cueillettes.

Mais qu’est-ce qu’on entend par « produits forestiers non ligneux » ? « Nous récoltons des petits fruits, des plantes, des feuilles, différentes matières en milieu sauvage, notamment forestier ou en bordure de mer, explique Josée Bélanger, directrice générale. Ça ne date pas d’hier que les gens font la cueillette, car ça a longtemps été une question de survie sur la Côte-Nord. Ils vendent le fruit de leur cueillette depuis toujours. La coopérative vient donc d’une volonté de structurer cette activité économique, pour en faire une mise en marché collective. »

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Crédit : Grenier Boréal

Auparavant, les cueilleurs dépendaient d’acheteurs itinérants. La stabilité et la fiabilité n’étaient pas au rendez-vous, et les prix fluctuaient considérablement. « Nous voulions améliorer les conditions de travail des cueilleurs, qui varient selon la ressource, en plus de valoriser le terroir local, de stabiliser les prix et de mettre en commun la mise en marché : c’est un modèle bien connu en agriculture coopérative, reprend la DG. La coop permet également d’améliorer l’accès à des produits frais et de qualité, à un prix accessible, et de participer, du coup, à de saines habitudes de vie. De plus, on offre un produit dont on connaît la provenance et qui est biologique, car il pousse dans la nature… »

Sur la Côte-Nord, l’accès à des produits frais est un enjeu, à cause des coûts en transport. Et l’environnement économique est dominé par les industries minière et forestière. La coop vient diversifier un environnement mono-industriel, afin de contrer les effets des cycles économiques qui modulent inévitablement ce type d’industrie.

Or, l’agriculture est une réalité récente sur la Côte-Nord, même si la cueillette de petits fruits nordiques y est une activité connue depuis longtemps. « Leur caractérisation a révélé que ces fruits sont très intéressants du point de vue de la santé, reprend madame Bélanger. Ils ont souvent des propriétés neutraceptiques. »

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Crédit : Grenier boréal

La coop récolte bleuets, airelles, camarine (ou graines noires), champignons forestiers, chicoutée (un fruit qui pousse dans les tourbières et avec lequel on produit une boisson alcoolique), thé du Labrador, thé des bois, myrique beaumier, ainsi que pousses de sapin et d’épinette. Les clients sont avant tout la population locale, dont plusieurs personnes âgées qui ne peuvent ou ne veulent plus faire leur propre cueillette. Le Grenier Boréal vend aussi à plusieurs visiteurs et touristes, ainsi qu’à des distilleries et des microbrasseries,qui cherchent des saveurs particulières pour créer des recettes. Un des clients est la microbrasserie St-Pancrace, de Baie-Comeau. La coop vend aussi ses compétences techniques en environnement à des entreprises comme Rio Tinto, qui doivent respecter certaines règlementations. Elle offre également son expertise en aménagement de jardins et en agriculture : « Car faire pousser des fruits et des légumes, c’est tout un défi dans notre environnement. »

Ses propres installations

Le Grenier Boréal dispose d’une terre et de ses propres serres, dont une serre éducative gérée en collaboration avec l’école de Longue-Pointe-Mingan.

La coop a aussi développé des activités en agrotourisme. Elle a aménagé des sentiers avec panneaux d’interprétation sur son site, une terre semi-boisée de deux hectares qui surplombe la mer. On y organise, à grands efforts, une production maraîchère et fruitière qui fait appel à une diversité des cultures, notamment pour lutter contre le vent. Le bassin d’irrigation est aussi entouré de bandes fleuries destinées aux insectes pollinisateurs.

Les visiteurs apprécient ce site surprenant. Certains touristes viennent d’aussi loin que d’Europe. « Nos visiteurs s’étonnent de voir nos aménagements productifs, reprend Josée Bélanger. Notre région semble hostile, mais on utilise des technologies adaptées à notre environnement, comme des tunnels chenille pour conserver la chaleur, des toiles Hybertex (utilisées dans les vignobles) et des filets anti-insectes. »

La saison est assez courte, et les hivers sont longs et neigeux. « Nos particularités climatiques nous compliquent la vie, reprend madame Bélanger. On a souvent du gel au sol jusqu’à la Fête nationale et de la neige en juin dans les champs. Il a fallu arracher deux fois nos plants de fraises pour arriver à trouver un moyen de les faire survivre à l’hiver. »

Le Grenier Boréal envisage de se lancer dans la transformation et le développement de nouveaux produits, comme des tisanes ou des produits fins. On a créé un comité de goûteurs pour tester les recettes. « La demande, notamment au sein de la population locale, est très forte dans tous nos secteurs d’activités, ajoute madame Bélanger. Plusieurs chefs veulent développer certains produits avec nous et les ajouter à leurs menus. »

Sentiment d’appartenance

La coopérative n’aurait pu survivre sans l’apport de dizaines de bénévoles. Elle a déjà comptabilisé entre 1500 et 3500 heures de travail bénévole annuel, soit environ 17 000 depuis le lancement.

« On a organisé plusieurs corvées au fil des ans, explique-t-elle. Un fort sentiment d’appartenance s’est développé dans la région autour de notre projet : il y a beaucoup de jus de bras derrière une seule fraise ! Et la rentabilité autour d’une seule culture peut survenir seulement au bout de nombreuses années. »

Plusieurs cueilleurs vieillissent. La coop joue ainsi le rôle de transmission de la connaissance entre générations. Il y a même une cohabitation et un partage harmonieux avec les Innus qui habitent dans la région et qui participent à certaines activités de la coop.

Enfin, Le Grenier Boréal a remporté une dizaine de prix en développement rural, développement durable et économie sociale, notamment comme lauréat national, Est du Canada, du Défi national Coop de Co-operators 2014, comme lauréat national en excellence et innovation aux Grands prix de la ruralité 2014, et, surtout, le Prix Action David Suzuki 2016, remis sur place, à l’été 2017, par monsieur Suzuki lui-même.

grenierboreal.coop

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