Financement des coopératives : l’argent ne manque pas!

Simon Van Vliet

Si les coopératives sont encore exclues de certains programmes de financement public et boudées par certains bailleurs de fonds privés, de nombreux programmes de financement, public ou privé, sont mis à la disposition des promoteurs coopératifs à divers stades de développement de leurs entreprises.

Crédit communautaire, parts privilégiées, prêts de démarrage, prêts à terme, prêts à long terme, garanties de prêt, marge de crédit, financement immobilier, capital patient, subventions… En entrepreneuriat collectif, les options de financement ne manquent pas !

« Oui, les fonds sont suffisants, lance d’emblée Marie-Claude Simard, conseillère en développement coopératif à la Coopérative de développement régional du Québec (CRDQ) Montréal-Laval. Et non, ce n’est toujours pas facile, même pour les coops ou les OBNL, de récolter des capitaux. » Madame Simard a également été conseillère à la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) Centre-Nord à Montréal durant près de 10 ans.

Pourquoi ? Parce qu’une entreprise collective doit faire la démonstration de sa viabilité économique et de sa faisabilité financière de la même manière qu’une entreprise privée. « Si le projet n’est pas solide, il sera difficile de trouver du financement. Si le projet est solide, il sera plus facile d’en trouver », résume Marie-Claude Simard. La principale différence, ajoute la conseillère, c’est que les projets coopératifs à but non lucratif sont moins séduisants aux yeux des bailleurs de fonds traditionnels, qui cherchent avant tout un rendement rapide de leur investissement… et qui sous-estiment souvent le potentiel des entreprises collectives.

Des préjugés

« Il y a encore certains préjugés », estime Luc Rabouin, directeur du développement stratégique et des communications à la Caisse d’économie solidaire, en parlant des prêteurs privés. Il souligne que si les entreprises d’économie sociale peuvent présenter des demandes de financement dans toutes les institutions financières privées, « dans les faits, elles se font toujours dire non ».

Contrairement aux banques privées, la Caisse d’économie solidaire a un « préjugé favorable » envers les entreprises collectives, explique Luc Rabouin. En plus de réaliser 95 % de ses investissements dans des entreprises d’économie sociale, l’institution contribue, avec d’autres partenaires publics et privés, au financement de projets structurants dans le secteur, comme le fonds INNOGEC (voir notre texte sur l’accompagnement) et le programme Jeunes entreprises collectives (voir encadré).

« Il y a des possibilités de financement un peu partout », assure pour sa part le directeur général de la CDRQ, Jean Gosselin, et ce, tant pour la création, la consolidation ou la croissance d’entreprises coopératives que pour le transfert d’entreprise en coopératives. Le Centre de transfert d’entreprise du Québec a d’ailleurs lancé l’an dernier un programme de reprise collective pour faire face au problème croissant de manque de relève entrepreneuriale.

De nouveaux fonds

L’an dernier, les principales coopératives et mutuelles canadiennes ont aussi annoncé la création du Fonds canadien d’investissement coopératif (FCIC), doté d’un financement 25 millions de dollars destiné au démarrage ou à la croissance des coopératives au Canada. Au Québec, des partenaires coopératifs et mutualistes se sont engagés en 2016 à bonifier de plus d’un demi-million de dollars par année l’enveloppe de 20 millions de dollars sur cinq ans associée à l’Entente de partenariat pour le développement coopératif, intervenue entre le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM) et le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI). Et, en septembre, la Caisse d’économie solidaire Desjardins s’est alliée aux fondations Saputo, Chagnon et McConnell pour créer une «garantie solidaire», qui permet à la Caisse d’agir comme endosseur dans le montage financier d’un projet présenté par une coop. Le nouveau programme est évalué à 15 millions.

Le principal défi pour les promoteurs de projets coopératifs est de trouver la bonne porte d’entrée pour accéder au financement nécessaire à la réalisation de leur projet, qu’il s’agisse des subventions offertes dans le cadre du Fonds de développement de l’économie sociale ou des programmes de capitalisation du RISQ, de la Fiducie du Chantier de l’économie sociale ou d’Investissement Québec.

Et malgré cette panoplie d’outils de financement, « il y a encore des projets qui ne se réalisent pas parce qu’il manque de petits bouts de financement », soupire Luc Rabouin. Plus optimiste, il fait remarquer qu’il y a « de nouvelles opportunités de financement », comme le sociofinancement, qui représente un levier financier intéressant pour les promoteurs.

L’effet de levier du programme Jeunes entreprises collectives (JEC)

Investissement de la Caisse d’économie solidaire : 60 000 $ en bourses pour 20 projets d’économie sociale à Montréal (10 coops, 10 OBNL)

Financement obtenu : 2,3 M $, soit 550 000 $ en subventions, 1,5 M $ en prêts et 250 000 $ en sociofinancement ou en avoir propre (parts sociales ou privilégiées, obligations communautaires, etc.)

Ratio : 1 $ pour 38 $

« Ça a tellement bien marché qu’on est en train de l’implanter à l’échelle du Québec ! » lance Luc Rabouin. Créé en 2016-2017 en partenariat avec PME MTL, le programme JEC est déployé également à Trois-Rivières, Sherbrooke, dans le Bas-Saint-Laurent, à Laval et dans Lanaudière cette année.

 

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