Femmes immigrantes au Québec, expérience de relève en agriculture

ENTREVUE RÉALISÉE AVEC MADAME CHRISTINE PUMBU, PRÉSIDENTE DE LA COOPÉRATIVE DES MARAÎCHÈRES AFRICAINES AU QUÉBEC (CMAQ)

Abderrahim Izirri

Abderrahim Izirri : D’où est venue l’idée de faire la culture maraîchère au Québec?

Christine Pumbu : La Coopérative des maraîchères africaines au Québec (CMAQ ) est un projet qui émane d’une expérience que j’ai vécue, depuis 1997, dans le cadre d’activités socioculturelles, dont les jardins communautaires, dans le quartier Saint-Roch, à Québec. C’est dans ce contexte d’échange socioculturel qu’a surgi l’idée de faire la culture maraîchère. J’ai expérimenté pour la première fois la culture de légumes africains, dont les amarantes, l’oseille, la morelle, et d’autres variétés asiatiques et latino-américaines, comme le haricot rouge ou le légume asiatique appelé liseron d’eau ou onchoy.

Le rêve de produire et de commercialiser les légumes du Sud en sol québécois s’est imposé en l’an 2000. L’idée de démarrer une entreprise agricole de femmes immigrantes du Québec commençait à se concrétiser en 2001, quand nous l’avons partagée avec Laval Technopole, qui nous a accompagnées dans l’élaboration du plan d’affaires. Nous avons aussi trouvé une portion de terre auprès de la ferme Qualité de vie. Nous y avons vécu une expérience concluante; les grains d’amarante, d’oseille et de morelle semés avaient donné de belles plantes qu’on a savourées en famille. Mais il fallait trouver un terrain à exploiter.

A. I. : Pour quelles raisons avez-vous démarré ce projet?

C. P. : Le but était et reste de faire face à la précarité de la vie, d’atteindre l’autonomie financière et de créer des emplois pour des femmes immigrantes. Comme nous n’avions pas de terrain à exploiter, le projet a été mis sur la glace jusqu’en 2010. Entre-temps, j’étais partie travailler comme coopérante volontaire en Afrique dans des projets de développement avec des Africaines jusqu’en 2009.

A. I. : Comment avez-vous relancé votre projet?

C. P. : Le projet de faire la culture maraîchère a concrètement pris une nouvelle forme quand nous avons frappé à la porte de la Coopérative de développement régional (CDR) Montréal-Laval, en avril dernier, et y avons rencontré son équipe. C’était une rencontre émouvante et pleine d’espoir. Nous sommes passées de Femmes maraîchères universelles à Coopérative des maraîchères africaines au Québec, une coopérative de travail ayant pour objectifs de créer des emplois aux immigrantes, d’assurer leur autonomie financière et de produire localement des légumes traditionnellement importés. À moyen terme, nous comptons transformer et conserver nos produits.

Dès que nous avons trouvé un terrain à Laval, avec l’aide de la CDR, nous avons entamé les démarches de constitution légale. Le soutien technique et moral fourni par la CDR Montréal-Laval nous a non seulement tonifiées, encouragées, mais nous a surtout permis de réaliser notre rêve. Grâce aux conseils de la CDR, nous avons obtenu un prêt d’Investissement-Femmes-Montréal, qui nous a permis de louer et d’acheter l’outillage nécessaire pour démarrer les activités de la coopérative.

Par ce projet, nous avons pu prouver que les semences de légumes africains sont cultivables et commercialisables chez nous, au Québec. Malgré un retard considérable dans le démarrage des activités, toutes les semences ont germé. La récolte des amarantes, de l’oseille, des feuilles de patate douce, des feuilles de courge et de la morelle se fait présentement à merveille.

A. I. : Quelles sont les forces et faiblesses du projet?

C. P. : Quand nous avons commencé nos opérations, en juin dernier, la saison agricole était déjà bien entamée. En raison de ce retard, nous n’avons pu exploiter qu’une petite portion de terre. Par contre, nous avons consacré le quart du terrain à la production de la semence des légumes de l’Afrique utiles pour la prochaine saison agricole et que nous n’aurons pas besoin d’importer.

Bien que le réseau de distribution reste à développer auprès des marchands de fruits et légumes exotiques, les communautés africaine et congolaise, en particulier celles vivant à Montréal, constituent notre principal marché.

A. I. : Quelles sont vos perspectives pour l’avenir?

C. P. : Amorcer la saison agricole à temps, défricher le terrain et préparer le champ pour les semis afin d’augmenter la production de légumes africains, obtenir un système moderne pour mélanger la terre et le fumier, ainsi qu’un système d’arrosage approprié.

Trouver un local et des équipements nécessaires pour le conditionnement et la livraison de légumes. Signer formellement des ententes avec les grossistes pour écouler les produits de la coopérative et trouver les moyens financiers pour soutenir nos ambitions de développement!

 

Sur la photo : 

1. Deux des promotrices de la CMAQ autour de plats préparés à partir de légumes cultivés par la coopérative.
2. Les promotrices de la CMAQ à l’œuvre dans le champ lavallois en compagnie de monsieur Froylan, bénévole. De gauche à droite : mesdames Antoinette Makusana Kabuku, Mariane Kanyiki et Christine Pumbu.
3. Madame Christine Pumbu, une des membres fondatrices de la Coopérative des Maraîchères africaines au Québec (CMAQ ) en compagnie de monsieur Abderrahim Izirri, directeur général de la CDR Montréal-Laval.

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