Être le vent qui propulse la voile

Écovoile Baie-des-Chaleurs

Félix Delage-Laurin

Après dix ans d’études à Québec en développement régional – loin de Carleton-sur-Mer et de sa Gaspésie natale -, Antoine Audet avait hâte de se remettre à la pratique de la voile. Un plaisir avec lequel il a pu renouer lorsqu’il est revenu à Carleton en 1999, même s’il a constaté qu’il était très difficile pour les gens de la communauté de pouvoir pratiquer la voile. « On savait que le plan d’eau devant Carleton était exceptionnel pour la pratique de la voile et pourtant, il était très peu accessible pour les gens, particulièrement pour les jeunes. »

Avec sa position avantageuse tout au fond d’une immense baie, Carleton-sur-Mer bénéficie en effet de vents constants et d’une eau particulièrement chaude, ce qui a inspiré à l’explorateur français Jacques Cartier le nom de Baie-des-Chaleurs lorsqu’il découvre l’endroit, en juillet 1534. « Quand Jacques Cartier est passé ici, c’était à la mi-juillet, l’eau était chaude. Je peux te dire que s’il était passé au mois de mars, ça aurait été différent. Je ne suis pas sûr qu’il l’aurait baptisé comme ça!», rigole Antoine Audet. On sent que l’homme est fier de « sa » baie.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est ecovoile.png.Du Club nautique à la formule coopérative

De fil en aiguille, Audet et une dizaine de citoyens réfléchissent sur la question. Ils s’unissent avec le Club nautique de Carleton à l’été 2006 pour offrir les premiers cours de voile. « Dès la première année, 50 personnes se sont inscrites aux cours. Par contre, on a rapidement fait le constat que si on voulait vraiment se développer, il fallait le faire par nous-mêmes, la priorité du Club étant de gérer un havre de plaisance pour ses membres et non de développer nécessairement une école de voile. On voulait créer un projet répondant à nos aspirations: encourager la pratique de la voile et promouvoir l’écologie marine. »

C’est ainsi qu’est constituée à l’été 2007 Écovoile Baie-des-Chaleurs, coop de solidarité. « Nos valeurs et nos priorités ont pu davantage s’exprimer en adoptant le modèle coopératif. Les caractéristiques d’une coopérative de solidarité nous ont permis d’intégrer plusieurs types de membres, soit des membres consommateurs, des membres travailleurs et des membres de soutien. »

Écovoile offre aux jeunes et aux adultes la formation pour apprendre les rudiments de la voile. Les cours sont donnés par des instructeurs qui doivent se conformer aux normes strictes de la Fédération de voile du Québec. Le volet sur l’écologie marine reste le plus difficile à appliquer. « C’est un défi, même si nous avons des activités très populaires comme les trajets de navigation sur les méduses et la récolte périodique de ce que ramasse un vivier qu’on a placé dans le fond de l’eau. C’est un pêcheur avec qui nous avons une entente qui nous l’a installé et qui le sort de l’eau pour nous. »

Et si Écovoile est une coop à succès, avec 350 membres, c’est peut-être parce que l’innovation est dans ses gènes. L’an dernier, les membres ont mis sur pied la première mouture d’un projet de récupération en deux volets. D’abord, la coopérative récupère des livres spécialisés sur la voile, le nautisme, la sécurité en mer, la navigation, la plongée ou encore l’écologie marine, destinés à garnir une nouvelle section de la bibliothèque publique de Carleton-sur-Mer. Le deuxième volet du projet consiste en l’envoi de planches à voile inutilisées à des pêcheurs honduriens. « Nous avons un membre qui se rend au Honduras durant l’hiver et il a eu l’idée de montrer aux pêcheurs honduriens le bienfait de l’utilisation de la voile lors de la pêche… c’est plus économique et écologique pour eux. » Cinq voiles ont été envoyées l’automne dernier et le projet reprendra toutes voiles dehors cet automne…

Écovoile Baie-des-Chaleurs

Membre de la CDR Gaspésie-Les Îles

 

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