Entre amour et pouvoir

DÉMOCRATIE ET SOLIDARITÉ

Michel Venne

Une coopérative réunit des personnes qui ont la conviction
qu’ensemble, on peut faire plus et mieux qu’en restant chacun de son
côté. La coopération est fondée sur la solidarité.

La solidarité est une idée toute simple : nous sommes tous dans le même bateau. Nous partageons les risques. Nous affrontons ensemble les mêmes périls. Les défis sont collectifs. C’est pourquoi les solutions sont  collectives. Les solutions sont citoyennes.

Un citoyen, c’est d’abord quelqu’un qui a le souci des autres et qui a conscience d’appartenir à une collectivité, une communauté, une nation dans laquelle il a des responsabilités. Cette conscience s’étend de plus en plus à l’échelle mondiale, car nombre d’enjeux se définissent désormais à cette échelle. Mais si nous sommes citoyens du monde, nous sommes tous enracinés quelque part. La solidarité naît dans la proximité.

La solidarité, c’est l’amour. L’amour est cette pulsion à travailler ensemble pour définir un bien commun et contribuer au progrès partagé.

L’amour ne suffit jamais pour produire du changement parce que l’être humain est aussi dévoré par une autre passion : celle de se réaliser soi- même, se dépasser individuellement et conquérir de nouveaux espaces, franchir de nouvelles frontières. C’est la passion du pouvoir. Le pouvoir de réaliser des choses. Le pouvoir de changer le monde. Le pouvoir de décider.

L’appétit du pouvoir fait contrepoids à l’amour. Dans toutes les sociétés comme dans toutes les organisations, des gens sont tentés d’accaparer le pouvoir. Parfois, ils le font de manière égoïste pour servir des intérêts particuliers. D’autres fois, ils le font de bonne foi, par altruisme véritable, croyant simplement posséder la vérité.

L’amour ne suffit pas. Le pouvoir non plus. Qu’est-ce qui permet d’établir l’équilibre entre les deux? C’est la démocratie. La démocratie est l’ensemble des mécanismes qui contiennent le pouvoir dans des limites acceptables pour la collectivité tout en permettant d’agir de manière efficace.

Comme la solidarité, la démocratie est au cœur du principe coopératif. Le pouvoir y est partagé. Chacun peut, dans les limites des règles établies, en exercer une parcelle. Mais la démocratie empêche un individu en particulier de nuire à l’efficacité du groupe parce que la structure établit les mécanismes qui assurent qu’au moment opportun, une décision sera prise.

La démocratie sans la solidarité est vaine. Car il est facile de s’en remettre aux autres pour exercer le pouvoir et assumer la responsabilité qui vient avec lui. Le pouvoir sans l’amour est dangereux, car il peut mener au despotisme, à l’autoritarisme et à l’exclusion. Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin.

La solidarité sans la démocratie perd en efficacité. Car il faut des mécanismes qui permettent, à des moments charnières, de faire des choix et de décider. L’amour qui ne tient pas compte du pouvoir, qui ne prend pas en compte le besoin des êtres humains de se réaliser, d’aller de l’avant pour que le changement survienne, est tout autant voué à l’échec. Des hommes et des femmes solidaires qui tournent en rond ne vont pas bien loin.

La démocratie permet enfin aux membres solidaires de se rendre mutuellement des comptes. La solidarité s’exerce dans la vérité. La démocratie, dans la transparence. Vérité et transparence sont les deux faces d’une même réalité. La solidarité est garante de la démocratie. La démocratie, gardienne de la solidarité.

La coopération n’est-elle pas un régime idéal pour réconcilier amour et pouvoir, en combinant solidarité et démocratie ?

Michel Venne est un écrivain, un journaliste et un éditorialiste québécois. Il est une des personnalités du journal Le Devoir. Il est également directeur général et fondateur de l’Institut du Nouveau Monde (INM).1, 2

1. WIKIPEDIA. 2011. Michel Venne. [En ligne. http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Venne. Consulté le 8 septembre 2011].
2. L’Institut du Nouveau Monde (INM) est une organisation non partisane dont la mission consiste à favoriser la participation citoyenne et le renouvellement des idées au Québec.

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