Développement des communautés rurales : coopératives de solidarité

Louis-David Malo

Il y a environ dix ans, les milieux ruraux de la région de Lanaudière se sont mobilisés grâce aux centres locaux de développement (CLD), à la Société d’aide au développement des collectivités (SADC), aux carrefours jeunesse-emploi (CJE) et aux centres locaux de services communautaires (CLSC), dans le but de produire des plans stratégiques visant à favoriser leur développement. Il s’agissait là d’une première étape vers leur propre prise  en charge pour le développement de leur collectivité.

Entre 2001 et 2010, dans la majorité des cas, les communautés lanaudoises se sont mobilisées en intégrant les diverses forces vives de chacune des municipalités en vue d’obtenir la meilleure représentativité du milieu. Ainsi, des citoyens, des gens d’affaires, des groupes sociocommunautaires et des élus municipaux se sont regroupés pour rêver leur communauté et mettre en place un plan d’action permettant de leur donner les moyens de leurs ambitions.

Dans tous les cas, cette mobilisation s’est faite de façon informelle; aucune organisation formelle, comme un organisme à but non lucratif (OBNL) ou une coopérative, n’a été constituée pour coordonner les efforts. Des comités de pilotage ont été créés pour répondre aux besoins, planifier et mettre l’épaule à la roue pour réaliser des activités visant le développement de leur collectivité.

Dans sa réflexion stratégique de 2011, la Coopérative de développement régional (CDR) de Lanaudière propose à ses partenaires ainsi qu’aux comités de développement de se convertir en coopérative de solidarité, ou encore d’en créer une. Le but de mettre en place une telle coopérative consiste non seulement à réaliser des projets, mais également à stimuler le dynamisme économique et social des communautés.

Cette idée prend sa source en Mauricie, dans le cadre d’un projet pilote en matière de développement local lancé par la Coopérative de développement régional (CDR) Centre-du-Québec/Mauricie. « Le développement local doit se faire par le milieu, pour le milieu. Les comités de développement locaux ne doivent pas nécessairement devenir des coopératives ou des OBNL. Ce qui est important, c’est que les projets émergents soient des projets d’entrepreneuriat collectif créateurs d’emplois, et ce, peu importe la formule privilégiée par les groupes promoteurs », précise la directrice de la CDR Centre-du-Québec/Mauricie, madame Annie Roy.

En effet, madame Roy est mandataire, depuis janvier 2009, d’un projet de développement de l’emploi par l’entrepreneuriat collectif dans les municipalités dévitalisées de la Mauricie. Ce projet vise à revitaliser des communautés par la création de comités de développement locaux desquels émergent des projets d’entreprises collectives. « Un des comités de développement a décidé de se constituer en coopérative de solidarité, principalement parce que les membres avaient une vision du développement de leur communauté par projets et le goût d’aller plus loin, de transformer leur municipalité par la création d’une entreprise collective indépendante et autonome potentiellement créatrice d’emplois. Actuellement, ils ont mis en place un projet de camping et travaillent sur un projet de magasin général. Tous ces projets seront la propriété de la coopérative, donc un bien du milieu », explique madame Stéphanie Milot, conseillère en entrepreneuriat collectif à la CDR Centre-du-Québec/Mauricie.

D’après madame Milot, les collectivités ont intérêt à créer une entreprise collective qui appartient à la communauté. « L’avantage d’une entreprise collective consiste à se donner l’occasion de créer une entreprise qui correspond aux besoins exprimés par le milieu. Par exemple, une coopérative multiservice ou un OBNL d’artistes, qui répond à la fois aux besoins du milieu et qui génère des retombées sociales, économiques et environnementales, pourrait être mis sur pied », poursuit-elle.

Le projet pilote de la CDR Centre-du-Québec/Mauricie n’est pas terminé. La directrice générale, madame Roy, émet une réserve sur lesrésultats du projet. « Notre projet est associé à une recherche, dont le rapport final sera remis à la CDR Centre-du-Québec/Mauricie seulement en mars 2012. Elle tient à dire que les intervenants de la CDR sont « très confiants des résultats. Les municipalités ciblées ont travaillé très fort sur ce projet pilote et ont le désir de poursuivre leurs actions », précise-t-elle.

Cette idée trouve écho du côté de la CDR de Lanaudière. « Un comité de développement qui se convertit en coopérative de solidarité s’engage à mettre en place des services destinés aux citoyens. Par exemple, l’accès à des infrastructures et à des services de loisirs a été très demandé dans les municipalités rurales lanaudoises, dans les démarches du Pacte rural1. Un deuxième tour de roue pourrait être de créer une coopérative qui offrirait des services de loisirs complémentaires à ceux offerts par la municipalité », explique le président de la CDR, monsieur Bertrand Laferrière.

Ces services seraient susceptibles de produire des revenus pour l’entreprise coopérative. Cependant, il serait intéressant que les surplus soient retournés à la communauté. « Pourquoi ne pas en profiter pour créer un fonds à partir des excédents? Il pourrait s’agir d’un fonds de développement économique pour soutenir financièrement le démarrage d’entreprises sur le territoire de la municipalité. Cela pourrait aussi être un fonds venant en aide à des organismes communautaires, ou même directement à des familles dans le besoin, incapables de se payer les services de la coopérative, par exemple », continue-t-il.

« Ce qui est important, c’est de comprendre que la coopérative de solidarité peut contribuer à insuffler un nouveau dynamisme social et économique dans une communauté. C’est un outil privilégié dont les citoyens, gens d’affaires, organismes communautaires, élus municipaux ainsi que nos partenaires peuvent se doter pour le développement de leur territoire », conclut monsieur Laferrière.

www.lanaudiere.coop

  1. Le Pacte rural est un dispositif qui permet à l’État et à la collectivité de joindre leurs forces pour agir de manière globale, cohérente et à long terme sur le territoire rural en tenant compte de ses particularités, de ses forces et de son potentiel. Source : ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT).

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