Coop quartier Petit Champlain : Ambiance reconnue mondialement

Stéphane Desjardins

Tout le monde connaît le Petit Champlain, cette rue commerciale nichée sous le cap Diamant. Mais peu de gens savent que c’est une coop.

Le magazine Architectural Digest l’a sacrée comme « une des plus belles rues au monde »! Elle a remporté le prix d’Entreprise touristique de l’année aux Fidéides 2019. Normal : une simple balade dans cette icône urbaine du Vieux-Québec couronne une visite dans la vieille capitale. Et la quarantaine de membres de cette coopérative de solidarité, qui s’est transformée en coopérative de producteurs en 2017, s’assure que la rue conserve une place à part dans le cœur de ses visiteurs…

La coop, un concept de gestion d’une rue commerciale en mode coopératif unique au monde, célébrera ses 35 ans l’an prochain. Mais les débuts ont été difficiles.

Au début des années 1980, l’État finance à coups de millions la rénovation de la place Royale. Tout à côté, la rue du Petit-Champlain ne paie pas de mine. Les immeubles centenaires sont débraillés, certains abandonnés à leur sort, plusieurs placardés. L’architecte Jacques de Blois et l’homme d’affaires Jerry Paré y voient pourtant un énorme potentiel et retapent intensivement les maisons une après l’autre, au prix de leur santé. Les artisans locataires fondent alors une coopérative et rachètent 29 des 40 immeubles de la rue. C’est le début de l’aventure.

« Si la coop n’avait pas été créée, la rue serait désormais pleine de boutiques ordinaires, de condos ou d’appartements de luxe, et les propriétaires seraient surtout américains, commente Pascale Moisan, directrice générale. L’ambiance unique actuelle n’aurait pas survécu. »

Les membres de la coopérative sont donc des artisans locataires des immeubles dont la coop s’occupe de l’entretien. Les étages sont occupés par 45 logements locatifs. En créant la coop, la cinquantaine d’artisans initiaux ont donc sauvé leur gagne-pain et leur quartier.

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Crédit : Quartier Petit Champlain

« Les fondateurs étaient visionnaires : ils ont décoré le quartier avec leurs
propres deniers. Ils ont rapidement financé des activités et l’animation urbaine. Ils ont rendu cette rue conviviale, maintenu la féérie. Ils ont toujours porté une attention particulière à la qualité des produits vendus dans les boutiques, surtout fabriqués au Québec, pour contrer l’implantation de magasins de souvenirs bas de gamme. Ainsi, la rue ne s’est jamais transformée en attrape-touristes. Cette philosophie a perduré jusqu’à aujourd’hui. »

La coop essuie parfois des critiques, car certaines boutiques, située dans les 11 immeubles qu’elle ne possède toujours pas (elle négociait toutefois une transaction au moment d’aller sous presse) sont en deçà de ses normes.

L’importance de l’ambiance
La coop maintient un budget d’animation considérable, comparativement aux autres rues commerciales de Québec. Les membres doivent assumer des frais d’environ 250 $ par mois, comparativement à 350 $ par… année, ailleurs. De plus, la coop dépense annuellement 400 000 $ en marketing et publicité. Un effort important est alloué aux réseaux sociaux. La rue est, à l’évidence, une vedette d’Instagram.

« Depuis six ans, nous avons investi dans les parcs, des chaises Adirondack, la décoration thématique… On a ramené le carnaval dans notre rue en organisant, notamment, un concours de sculptures de glace, explique Mme Moisan. On engage des musiciens de rue, on organise des événements comme la Nuit des galeries, l’Halloween (10 000 personnes s’entassent alors en un après-midi dans la petite rue), un royaume du père Noël avec foyer extérieur qui attire des foules impressionnantes, un plafond de parapluies sur la rue Cul-de-sac, etc. »

Harmonie chez les membres
Si les administrateurs prennent beaucoup de décisions, les délibérations de l’assemblée générale sont toujours harmonieuses. La clé réside dans la préparation minutieuse de la documentation. Le taux de participation est élevé, et les membres n’hésitent pas à s’exprimer.

La coop, qui tient chaque mois un réunion du conseil d’administration assorti d’un ordre du jour impressionnant, embauche sept personnes, soit quatre à l’administration et trois à l’entretien des immeubles. Elle dispose donc d’une équipe d’entretien à plein temps et a créé un OBNL pour encadrer certains événements. Elle mène actuellement une étude pour savoir d’où provient la clientèle, mais elle bénéficie déjà des 230 000 croisiéristes dont les paquebots accostent juste en face, de juillet à octobre. Une bonne part prend aussi le funiculaire, également situé dans le Petit Champlain.

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Crédit : Quartier Petit Champlain

Depuis quelques années, les touristes asiatiques se font très nombreux, surtout depuis la diffusion de la série télé à succès sud-coréenne Goblin, dont plusieurs scènes ont été tournées sur place, et qui sera bientôt traduite en chinois. En fait, 70 % des visiteurs sont des touristes, dont une bonne part de Montréal.

« Nous sommes une coop à succès, reconnaît Mme Moisan. Lorsqu’on nous a nommés parmi les plus belles rues au monde, et la seule au pays, la nouvelle a fait le tour du monde. En 2011, l’Institut canadien d’urbanisme nous a reconnus comme la plus belle rue au pays. En 2014, nous avons obtenu le titre de plus beau quartier au Canada. Pour nos membres, ces reconnaissances couronnent les efforts qu’ils déploient pour maintenir le cachet du Petit Champlain, et aussi leur travail, car leurs produits sont faits main et de très haute qualité. »

Le modèle coopératif colle parfaitement aux besoins des membres, soutient la DG. Car un commerçant du Quartier est davantage protégé que s’il est situé dans une rue commerciale traditionnelle : « Il bénéficie d’un service hors pair ; il peut s’exprimer, voter, décider collectivement », énumère-t-elle.

Les trop-perçus sont réinvestis dans la coopérative ou retournés aux membres sous forme de parts ou de ristournes. Un nouveau membre doit acquérir une part annuelle de qualification de 1000 $, jusqu’à un maximum de 11 000 $, qui rapporte des intérêts. Un membre qui décide de quitter la coop récupère ses parts de qualification, sociales et privilégiées.

quartierpetitchamplain.com

Publié en juin 2019