C’est à qui, le pouvoir ?

Jean Soublière

La coopération est un univers de convictions. Comme les coopératives se déclinent en différentes formes – travailleurs, de solidarité, de consommateurs, de producteurs et de travailleurs actionnaires –, les convictions coopératives n’ont pas toujours le même sens pour tous.

« L’intelligence ne se définit plus comme la faculté de résoudre un problème, mais comme celle de pénétrer un monde partagé. »
– Francisco Varela (auteur de nombreux ouvrages et spécialiste reconnu des sciences cognitives.)

L’intelligence organisationnelle se développe dans les entreprises qui prennent avantage de la diversité et de la complémentarité des compétences. La théorie des organisations nous enseigne aussi que cette intelligence a besoin d’un leadership assumé pour développer et produire de la valeur ajoutée.

À la lecture de notre dossier RH, certains pourraient être tentés de se poser la question qui tue : « En mode coop, c’est qui, le boss ? »

Coopoint vous présente des exemples de modes d’organisation du travail avec et sans rapports d’autorité formelle. Détracteurs et promoteurs de la participation des travailleurs aux instances de décision y trouveront autant d’arguments favorables et défavorables susceptibles de renforcer ou d’ébranler leurs convictions. Bref, beaucoup de matière pour aider à mieux comprendre les enjeux…

La gestion RH en mode coop n’est pas trop différente de celle d’une inc. Normée par les Lois du travail, elle comporte son lot de responsabilités. Mais elle se distingue lorsque les salariés sont membres de la coopérative. Nous en parlons aussi dans le présent numéro.

La participation des travailleurs est souvent associée à la relance d’entreprise. Le cas du Groupe Capitales Médias, que nous abordons également, l’illustre clairement. Quand emplois et droit à l’information sont menacés en région, l’alliance entre le mouvement coopératif et les organisations syndicales tombe sous le sens.

La coopération du travail n’est pas qu’une solution de relance. Elle est aussi un mode d’organisation alternatif, un véhicule de relève entrepreneuriale ou un partenaire d’affaires au sein d’une société à capital-actions qui peut mobiliser et engager les travailleurs dans le développement et la croissance de l’entreprise inc.

Pas simple, la participation des travailleurs
Dans l’univers capitaliste, les salariés participent rarement à la propriété ou à la gouvernance. En coopération, elle ne va pas de soi non plus… Les conflits semblent inévitables si les attentes des parties ne peuvent être satisfaites simultanément. Une réduction des prix de vente serait incompatible avec l’obtention de salaires élevés ? Le lien d’usage des uns devient ainsi un système conflictuel pour les autres. À qui va donc le pouvoir : consommateurs ou travailleurs ?

La coopérative de solidarité est un monde partagé. Le pouvoir n’est pas aux mains d’une seule catégorie d’usagers, et les contraintes économiques sont gérées par un système sociopolitique. En apparence ambigüe et dissonante, sa gouvernance nous oblige à remettre en question nos convictions, à combattre nos biais et préjugés. Les intérêts des membres salariés ne sont ni moins ni plus importants que ceux des autres membres. Une gestion équitable de ces intérêts produit, en fait, l’intelligence nécessaire à l’optimisation des fonctions managériales de la coopérative.

Avant de conclure, rappelons que, au moment d’écrire ces lignes, il ne restait plus que quelques semaines aux entreprises d’ici pour adopter une politique de prévention du harcèlement sexuel et psychologique. Si ce n’est pas déjà fait, sachez qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et promouvoir le respect.

Publié en janvier 2020 — Crédit photo mise en avant : Ryoji Iwata sur Unsplash

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