« Capital de risque », vous avez dit ?

Mot de l’éditeur

Jean R. Soublière

Lorsque nous avons pensé au thème de ce quatrième numéro, nous avions en tête les nombreux entrepreneurs collectifs qui sont à la recherche de financement. Celles et ceux qui éprouvent notamment des difficultés et des frustrations dans la recherche des capitaux nécessaires au démarrage, au développement ou à la croissance de leur entreprise coopérative. 

Le financement, c’est un passage obligé, souvent récurrent et nécessaire à la réussite en affaires. Et ce, tout au long de la vie économique et sociale de la coopérative. Mais, les coopérateurs ne sont pas tous et toujours bien outillés pour relever cet important défi, qui demande un certain niveau de connaissances et d’expérience. 

Les entrepreneurs sont motivés, passionnés, engagés, fiers de leur entreprise collective, convaincus de la qualité de leurs idées et du potentiel de leurs projets. Il est souvent difficile pour eux de comprendre et d’admettre le refus des prêteurs, des organismes subventionnaires ou des institutions spécialisées en capital de risque.

Si les raisons d’un refus sont bien motivées et que les filtres d’investissement sont expliqués adéquatement, les frustrations peuvent faire rapidement place à plus de compréhension. On se retrousse les manches et on se prépare à entamer de nouvelles recherches ou négociations. Dans le cas contraire, particulièrement si le refus semble reposer sur des biais et jugements de valeur, apparents ou réels, il sera plus difficile à accepter.

Les obstacles rencontrées sont souvent le fait d’une méconnaissance des rouages de la finance et des contraintes avec lesquelles financiers solidaires, d’un côté, et coopérateurs, de l’autre, doivent composer. Il faut saluer à cet égard le travail de Pierre Charrette, du RISQ, en matière d’éducation des entrepreneurs collectifs, et l’excellent travail d’accompagnement terrain qui s’effectue par les ressources professionnelles dans tous les réseaux d’appui à l’entrepreneuriat collectif.

Ce numéro thématique sur le financement des coopératives se veut donc pédagogique, utile et pratique. Nous espérons qu’il contribuera à rehausser le niveau de compétences financières des lecteurs qui tiennent le Coopoint entre leurs mains et de ceux qui, depuis peu, le lisent maintenant en ligne sur le site Internet de la MC2M.

Puis, il y a la question de la culture d’investissement que nous abordons dans nos pages. Coopoint vous offre en effet dans ce numéro quelques points de vue qui font réfléchir et peuvent servir à faire avancer le débat.

Dans des institutions de la finance solidaire, on présente souvent le financement en « quasi-équité » comme du capital patient, censé se substituer aux instruments de capitalisation. Mais les produits substituts sont souvent décevants, car s’ils prétendent toujours aux qualités du produit original, ils ne produisent pas toujours les résultats attendus.

La « quasi-équité », c’est de la dette. Non garantie, certes, mais cela reste de la dette, avec tout le fardeau des intérêts qui l’accompagne. Pour l’entreprise collective, cette charge est souvent un excès de poids au démarrage. Les coopératives ont besoin de capital de risque et d’un accès à des investisseurs qui peuvent attendre et reporter, au bénéfice de la croissance de l’entreprise collective, le rendement attendu lié au risque d’affaires qu’ils assument.

Grandes et petites coopératives ont les moyens de solliciter leurs membres et des investisseurs par l’émission de parts privilégiées ou participantes. Pourtant, les petites, contrairement aux plus grandes, semblent se priver de ces instruments financiers qui pourraient renforcer leur structure financière.

Il est temps que ça change. Il est temps que les entrepreneurs collectifs réalisent que la structure coopérative offre des outils de financement exceptionnels. Ce numéro a également pour objectif de favoriser cet éveil.

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